Le 15 avril 2025, Nvidia a annoncé une charge exceptionnelle de 5,5 milliards de dollars (environ 5,1 milliards d’euros) au titre du premier trimestre de son exercice fiscal 2025. Une annonce qui s’inscrit dans le cadre des nouvelles restrictions imposées par l’administration Trump sur les exportations de puces électroniques américaines.
Nvidia prise de court par l’administration Trump
En moins d’une semaine, la première capitalisation technologique américaine s’est retrouvée frappée de plein fouet par la réorientation économique engagée par l’administration Trump. Le 9 avril 2025, le président américain a notifié à Nvidia que sa puce H20 — conçue spécifiquement pour répondre à la demande chinoise sans enfreindre les précédentes sanctions — serait désormais soumise à une licence d’exportation obligatoire, applicable dès le 14 avril, et ce, pour une durée indéterminée. Cette notification, transmise à Nvidia par le département du Commerce, laissait moins de cinq jours à l’entreprise pour adapter ses flux logistiques et commerciaux.
Moins de vingt-quatre heures plus tard, Nvidia a officialisé une provision comptable de 5,5 milliards de dollars, reflet de l’ampleur du choc industriel. Cette charge exceptionnelle, annoncée le 15 avril 2025, vise à anticiper les pertes à venir pour la multinationale : produits devenus invendables, contrats de vente suspendus, engagements d’achat irréalisables. L’entreprise, dirigée par Jensen Huang, fait face à une situation inédite : sa principale stratégie de contournement des sanctions américaines contre la Chine—la conception d’une puce dégradée mais toujours compétitive—vient de s’effondrer sous une nouvelle salve réglementaire. En Bourse, la sanction est immédiate : le titre décroche de 6,3 % dans les échanges prolongés.
Relocaliser et ralentir la Chine
Bien qu’elle demeure incomprise par certains observateurs et qu’elle soit vivement critiquée par les entreprises visées, Donald Trump — qui a eu toute la durée du mandat de Joe Biden pour peaufiner sa politique économique, et qui fait suite à la politique de son prédécesseur— ne fait pas mystère de ses intentions : il s’agit d’une offensive mûrement réfléchie et délibérément ciblée. Le 2 avril 2025, le 47e locataire du bureau ovale a annoncé la couleur en imposant des droits de douane réciproques à l’égard de ses partenaires commerciaux, dénonçant ce qu’il qualifie de déséquilibres structurels persistants, dont la Chine occupe le premier rang. Pékin a répliqué dans la foulée en majorant ses propres tarifs douaniers sur certains composants technologiques américains, en particulier les puces destinées à l’intelligence artificielle. D’autres acteurs majeurs du secteur, comme AMD, ont également été ciblés : la puce MI308, développée pour contourner les restrictions précédentes, est désormais elle aussi soumise à licence.
La stratégie protectionniste américaine relève, de fait, d’un calcul géopolitique structuré. Le durcissement des règles d’exportation imposé à l’encontre de Nvidia vise explicitement à empêcher la Chine d’accéder à des technologies stratégiques, susceptibles d’être intégrées à des programmes avancés dans des domaines sensibles — au premier rang desquels figurent l’intelligence artificielle et la défense. L’objectif recherché est sans ambiguïté : freiner l’autonomisation industrielle de la Chine dans les secteurs clés que sont les semi-conducteurs et l’IA, deux piliers devenus centraux sur l’échiquier mondial.
La H20, puce phare de Nvidia, exportée en Chine — pourtant spécifiquement conçue pour rester en deçà des précédents seuils réglementaires, grâce à des performances volontairement bridées par rapport à sa version haut de gamme, la H100 — n’a pas échappé à la logique de containment instaurée par Washington. En effet, bien que spécifiquement conçue pour rester en deçà des seuils réglementaires précédemment fixés, la puce H20 est désormais considérée comme encore trop performante par les autorités américaines. En imposant une licence d’exportation obligatoire et sans durée déterminée, le département du Commerce entend empêcher son utilisation dans des domaines jugés sensibles, notamment ceux liés à l’intelligence artificielle. En imposant une licence d’exportation obligatoire et sans limitation de durée pour ce composant, l’administration américaine entend verrouiller, tant que faire se peut, tout canal technologique susceptible de renforcer la capacité d’innovation de Pékin dans des secteurs jugés stratégique par les États-Unis.
Un changement de cap déjà amorcé
Dans ce contexte, Nvidia amorce un repositionnement radical. Le groupe californien a confirmé son intention d’investir 500 milliards de dollars sur quatre ans afin de rapatrier une partie de sa production aux États-Unis. Ce virage industriel, mené en partenariat avec TSMC, Foxconn et Wistron, s’inscrit dans l’agenda présidentiel de relocalisation des filières technologiques critiques.
Pour l’exécutif américain, l’ambition est limpide : garantir la souveraineté industrielle et technologique des États-Unis par la contrainte.


