La population mondiale, estimée à 8,2 milliards de personnes d’après les Nations Unies, pourrait en réalité être bien plus élevée que ce que disent les statistiques officielles. Une étude récente menée par Josias Láng-Ritter, chercheur postdoctoral à l’université d’Aalto en Finlande, met ce point en lumière. Publiée dans la revue Nature Communications, cette recherche montre que les zones rurales sont très souvent oubliées dans les recensements mondiaux, ce qui a des répercussions notables sur la distribution des ressources et la planification des politiques publiques.
Une méthode innovante qui en dit long
Cette étude s’appuie sur l’analyse de 300 projets de barrages ruraux répartis dans 35 pays entre 1975 et 2010. Ces projets ont offert une opportunité unique de recenser précisément les populations locales déplacées, grâce aux indemnités versées par les sociétés chargées des barrages. En confrontant ces données locales avec les totaux fournis par d’autres organismes, on découvre que les populations rurales ont été sous-estimées de 53 % à 84 % pour la période étudiée.
Même pour l’année 2010 – considérée comme la moins biaisée –, les recensements ont oublié entre 32 % et 77 % de la population rurale. Les chiffres des années 2015 et 2020 confirment également cette tendance à la sous-évaluation.
Les galères du recensement en zone rurale
Recenser correctement les populations rurales n’est pas une mince affaire. Environ 43 % de la population mondiale vit dans ces zones souvent isolées, où le manque d’infrastructures rend la collecte de données bien plus compliquée. Les méthodes habituelles de recensement peinent à toucher ces endroits reculés, et même les technologies satellitaires peuvent passer à côté de zones sans électricité.
Josias Láng-Ritter rappelle que « la population réelle vivant dans les zones rurales est bien plus élevée que ce que racontent les chiffres officiels ». Les estimations issues des projets de réinstallation offrent ainsi une vision plus complète, évitant les biais liés aux frontières administratives.
Des répercussions majeures sur la gestion des ressources
La sous-estimation des populations rurales peut entraîner de sérieuses erreurs dans la répartition des ressources telles que l’eau potable, l’éducation ou les soins de santé. Cette faille dans les chiffres peut aussi compliquer la distribution des médicaments et des aides en cas de besoin dans ces régions vulnérables.
Les cartes démographiques mondiales sont indispensables pour organiser la gestion des risques face aux catastrophes naturelles ou autres crises humanitaires. Sans une évaluation précise du nombre d’habitants, planifier et réagir efficacement en cas d’urgence devient un vrai casse-tête.


