Fuite du premier “plan de paix américain” : une opération d’intoxication russe avant l’ouverture de négociations

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Fuite du premier “plan de paix américain” : une opération d’intoxication russe avant l’ouverture de négociations | journaldeleconomie.fr

Selon des informations publiées par le site spécialisé sur les questions de défense Enderi le “plan de paix américain” divulgué à partir du 18 novembre ne relevait d’aucune démarche diplomatique officielle. Le document aurait été récupéré et instrumentalisé par Moscou pour créer un effet de désorganisation chez les alliés occidentaux au moment même où la Russie renforçait ses préparatifs militaires. Cette analyse éclaire l’une des opérations d’influence les plus structurées de la phase pré-offensive hivernale.

Un document officieux transformé en levier stratégique

Le texte présenté comme un “plan de paix américain” n’était lié à aucun processus formel du Département d’État ou de la Maison-Blanche. Il provenait de discussions exploratoires menées en marge des circuits institutionnels, impliquant notamment l’homme d’affaires américain Steve Witkoff et Kirill Dmitriev, dirigeant du Fonds russe d’investissement direct. Aucun service diplomatique américain n’avait été associé et le Congrès n’en avait jamais eu connaissance. L’absence totale de référence à ce texte dans la déclaration Rubio–Yermak du 23 novembre confirme qu’il ne relevait pas de la diplomatie officielle américaine. Ce document informel est ainsi devenu un vecteur idéal pour une opération d’influence.

Une fuite parfaitement orchestrée selon les méthodes russes

La chronologie du 18 au 21 novembre correspond en tout point aux tactiques d’influence russes déjà largement documentées. Une première fuite partielle via Axios crée un début de récit. Deux jours plus tard, la diffusion intégrale du texte fixe l’attention médiatique. Puis l’intervention de Vladimir Poutine le 21 novembre sert de validation politique et donne l’illusion d’une dynamique diplomatique crédible. Pendant ce temps, les réactions américaines s’avèrent hésitantes, parfois contradictoires, certains responsables admettant avoir découvert le texte dans la presse. Cette incapacité à contrôler le récit offre à Moscou un avantage narratif immédiat.

Un contenu conforme aux objectifs du Kremlin

L’examen du document montre qu’il ne reflète aucune position américaine, mais qu’il épouse parfaitement les exigences russes formulées depuis 2022 : reconnaissance des gains territoriaux, réduction majeure de l’armée ukrainienne, exclusion durable de toute présence militaire occidentale. Il s’agit d’un schéma de reddition, non d’un plan de paix. La fuite intervient alors que la Russie intensifie ses opérations : frappes contre les infrastructures énergétiques, montée en cadence de la production de drones, progression dans le Donbass et consolidation autour de Pokrovsk. La simultanéité entre ces actions et la diffusion du document suggère un accompagnement informationnel destiné à affaiblir la perception de la résilience ukrainienne.

Déstabilisation américaine et désorientation européenne

Aux États-Unis, l’impact se fait immédiatement sentir : confusion interne, demandes de clarification du Sénat, divergences de communication au sein de l’administration. En Europe, les capitales sont prises au dépourvu. Aucune d’entre elles n’avait été informée en amont, ce qui provoque des réactions improvisées, parfois même des initiatives envisagées sans consultation préalable de Kyiv. Pour le président Zelensky, ce décalage constitue un signal psychologiquement déstabilisant. Moscou capitalise sur ces fissures et nourrit l’idée d’un affaiblissement du soutien occidental.

Une pièce d’un dispositif hybride plus vaste

Comme le souligne l’analyse précise publiée par Enderi la fuite s’inscrit dans une séquence hybride plus large : exploitation médiatique d’affaires de corruption en Ukraine, sabotages en Pologne, pressions militaires autour de l’OTAN, intensification des campagnes de désinformation. Ce faisceau d’actions vise à créer un climat de doute, à accentuer les divisions internes et à perturber la préparation occidentale avant une nouvelle phase offensive. Dans ce dispositif, le faux “plan de paix américain” constitue le volet informationnel le plus visible, mais il s’intègre dans une stratégie globale d’affaiblissement des alliés.

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