Tandis que le conflit entre les taxis et l’exécutif continue de faire rage, une réunion décisive est prévue au sommet de l’État. L’enjeu ? Une réforme tarifaire du transport sanitaire qui a mis le feu aux poudres. La mobilisation des chauffeurs, entre opérations escargot et blocages stratégiques, semble désormais impossible à ignorer.
Taxis en grève : une mobilisation qui s’intensifie autour de la réforme du transport sanitaire
Depuis le lundi 19 mai 2025, la colère des chauffeurs de taxi ne faiblit pas. Au cœur de la contestation : une réforme de la Sécurité sociale, validée par un arrêté du ministère de la Santé et de la Prévention en date du 16 mai 2025, qui bouleverse les règles de prise en charge des transports médicaux. Avec un plafond unifié fixé à 13 euros pour les trajets en zone rurale et 28 euros dans les grandes agglomérations, les syndicats dénoncent une perte nette pour nombre de chauffeurs, notamment en périphérie, où ces trajets représentent jusqu’à 80 % de leur chiffre d’affaires selon plusieurs organisations professionnelles.
Selon les chiffres de la Caisse nationale d’Assurance maladie (CNAM), les dépenses de transport sanitaire ont atteint 6,74 milliards d’euros en 2024, dont 3,07 milliards pour les taxis conventionnés, soit une hausse de 45 % depuis 2019. L’intersyndicale ne mâche pas ses mots, affirmant que cette mesure « pénalise les zones sous-dotées en transports » et « favorise une logique de volume au détriment de la qualité ». Le mouvement a culminé le jeudi 22 mai 2025, avec 1 700 taxis mobilisés dans tout le pays, dont 960 à Paris, selon la Préfecture de police. À Paris, le boulevard Raspail a été bloqué, et un barrage filtrant a été installé à l’entrée de l’aéroport Charles-de-Gaulle. À Marseille, des opérations escargot ont fortement ralenti la circulation dans plusieurs arrondissements.
Le gouvernement tente de reprendre la main, sans reculer
Face à cette montée en tension, le gouvernement a annoncé le jeudi 23 mai 2025 l’organisation d’une réunion de crise prévue pour le samedi 24 mai 2025, au ministère des Transports, en présence du Premier ministre François Bayrou. Celui-ci « ouvrira » la séance, selon son entourage, comme rapporté par Le HuffPost dans son article du 23 mai. Ce geste symbolique marque la reconnaissance d’une crise qui secoue le secteur depuis une semaine. Pourtant, l’exécutif reste droit dans ses bottes. « On ne va pas faire machine arrière. Il s’agit de faire entre 100 et 150 millions d’économies sur 6,3 milliards. Donc c’est 2 % d’économies qui seront faites sur l’efficacité, pas sur le service aux malades », a martelé Sophie Primas, porte-parole du gouvernement, citée par Le Monde, le 23 mai 2025.
De son côté, Thomas Fatôme, directeur général de l’Assurance maladie, cherche à rassurer : « La très grande majorité des taxis seront gagnants avec ce nouveau modèle, car il s’appuie sur une logique de transporter davantage de patients ». Il défend un système « vertueux : économiquement pertinent pour eux et soutenable pour l’Assurance-maladie », dans une interview accordée au Parisien, reprise par Le HuffPost le 23 mai 2025. Mais cette rhétorique peine à convaincre sur le terrain, où les chauffeurs dénoncent un modèle de rentabilité incompatible avec la logique du service public. À Pau, ville d’origine de François Bayrou, plusieurs centaines de chauffeurs se sont rassemblés, renforçant la pression sur l’exécutif.

