Hollywood face à OpenAI : quand la bataille de l’IA menace aussi les petits porteurs

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Hollywood face à OpenAI : quand la bataille de l’IA menace aussi les petits porteurs © journaldeleconomie.fr

Depuis la présentation de Sora 2, le nouvel outil vidéo d’OpenAI, la Silicon Valley et Hollywood s’observent en chiens de faïence. La start-up américaine, déjà à l’origine de ChatGPT, a dévoilé un programme capable de générer des vidéos photoréalistes où apparaissent de vraies personnes, réelles ou fictives. En quelques clics, un utilisateur peut faire rejouer une scène à une star ou placer un personnage sous licence dans un décor inédit. Une prouesse technologique… mais une bombe juridique.

Les studios en ordre de bataille

Les réactions à Los Angeles ont été immédiates. La Creative Artists Agency (CAA), l’une des plus grandes agences de talents, a dénoncé le « risque significatif » que Sora 2 fait peser sur les droits des créateurs (Reuters, 9 octobre 2025). Le syndicat SAG-AFTRA, qui représente les acteurs américains, a de son côté rappelé que « la créativité doit rester centrée sur l’humain », après l’apparition d’acteurs numériques entièrement générés par IA (Reuters, 1ᵉʳ octobre 2025). Les majors — Disney, Warner Bros., Universal — envisagent déjà des actions collectives. Leur objectif : faire reconnaître que la reproduction de visages ou de voix par une IA constitue une violation du droit d’auteur et du droit à l’image.

Une jurisprudence en plein essor

La bataille ne part pas de zéro. En février 2025, Thomson Reuters a remporté son procès contre Ross Intelligence, la cour estimant que l’utilisation de contenus protégés pour entraîner un modèle d’IA ne relevait pas du fair use — une première décisive dans le domaine juridique américain (Reuters, 11 février 2025). Le Copyright Office américain, dans son rapport 2025, a précisé qu’aucune œuvre créée sans intervention humaine ne peut être protégée par le droit d’auteur. Ces décisions renforcent la position d’Hollywood : toute utilisation non autorisée d’une image ou d’un contenu protégé engage la responsabilité de l’éditeur de l’IA. En parallèle, la bulle spéculative sur l’intelligence artificielle atteint des sommets. La valorisation d’OpenAI — estimée à 150 milliards de dollars selon Bloomberg — repose sur la promesse d’une exploitation massive des contenus générés. Mais si les tribunaux imposent un cadre strict, cette rentabilité pourrait se réduire. Au Milken Asia Summit 2025Bryan Yeo, directeur des investissements du fonds souverain singapourien GIC, a averti : « Toute start-up estampillée IA se voit attribuer des valorisations démesurées, sans rapport avec ses revenus réels. Les attentes du marché dépassent probablement ce que la technologie peut délivrer. » (Reuters, 3 octobre 2025) Cette surchauffe concerne directement les fonds technologiques mondiaux : un encadrement juridique plus strict pourrait freiner la rentabilité et entraîner une correction de marché.

Un risque global pour l’écosystème financier

Les décisions américaines ont un impact immédiat sur les places européennes. De nombreux fonds accessibles en France — comme BNP Paribas Disruptive TechnologyPictet Digital ou Thematics AI & Robotics — détiennent d’importantes positions dans MicrosoftNvidiaMeta ou Alphabet, toutes exposées à l’intelligence artificielle générative. Si les contentieux sur le droit d’auteur réduisent les perspectives de croissance du secteur, les petits porteurs français pourraient subir une correction indirecte de leurs placements technologiques. L’issue du bras de fer entre Hollywood et OpenAI ne décidera pas seulement du futur du divertissement : elle redéfinira la frontière entre innovation technologique et propriété intellectuelle. L’équilibre sera délicat : protéger les artistes sans étouffer la recherche. Mais pour les investisseurs comme pour les créateurs, la conclusion est la même : l’âge d’or de l’IA ne sera durable que s’il repose sur un cadre clair et accepté.

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