À l’occasion de la parution de son essai Insécurité en France, Jean-Jacques Richard dresse un constat sans détour : le sentiment d’insécurité, autrefois cantonné à certains territoires, s’est généralisé, touchant désormais toutes les classes sociales. Pour lui, la sécurité ne devrait pas être une question partisane, mais un enjeu de cohésion nationale. Dans cet entretien, il revient sur les racines de cette crise, les blocages idéologiques qui paralysent l’action publique, et le rôle décisif que peuvent – ou ne peuvent pas – jouer les élus locaux.
Vous évoquez une insécurité qui touche toutes les classes sociales. Cela a-t-il toujours été le cas ?
Non, cela n’a pas toujours été le cas. Il fut un temps où les personnes les plus aisées étaient en quelque sorte protégées, notamment en raison de leur lieu d’habitation, et parce que rares étaient les délinquants qui osaient s’aventurer dans certains quartiers. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, car dans les faits les délinquants n’ont plus aucune limite. Cette forme de démocratisation de l’exposition à l’insécurité contribue à faire émerger une angoisse nationale, désormais largement partagée.
Vous rappelez que la sécurité devrait être un sujet transpartisan. Pourtant, elle reste très politisée. Est-ce une fatalité ?
Ce n’est pas une fatalité, mais c’est un symptôme de notre incapacité collective à dépasser les postures idéologiques. La sécurité devrait relever du bon sens commun, au même titre que la santé ou l’éducation. Le problème, c’est que chaque camp y projette ses obsessions : répressives pour les uns, compassionnelles pour les autres et obligatoirement au détriment de l’efficacité. La politisation nuit à la lucidité. Il est temps d’aborder la sécurité comme un chantier de salut public, loin des discours partisans. Qui peut encore tolérer les agressions gratuites ou les pillages, comme ceux observés récemment lors du sacre du PSG ou pendant la fête de la musique ?
Pensez-vous que les élus locaux ont les moyens – ou le courage – de changer les choses sur le terrain ?
Certains le peuvent, beaucoup le voudraient, mais beaucoup n’en ont pas les moyens. Il faut aussi reconnaître que l’échelon local est souvent contraint : par les textes, par des budgets qui s’amenuisent comme peau de chagrin. Pourtant, certains maires ont démontré qu’avec de la volonté et des ressources, il est possible d’agir au travers d’une présence humaine renforcée, de moyens de vidéoprotection et autres actions de coordination avec les acteurs sociaux… Encore faut-il avoir le courage de briser quelques tabous et résister à la peur du conflit.

