L’Italie vient de poser une pierre lourde dans la lutte contre le piratage audiovisuel. Cette fois, ce ne sont plus les plateformes illégales qui sont visées, mais les utilisateurs eux-mêmes. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : 2 282 Italiens, 154 euros chacun, pour avoir utilisé un service IPTV illégal.
2 282 utilisateurs sanctionnés pour l’IPTV : un signal fort
En mai 2025, la Guardia di Finanza a déclenché une vague de sanctions sans précédent. Objectif : appliquer la loi 93/2023, en vigueur depuis deux ans, qui permet de sanctionner directement les consommateurs de services de streaming pirate, sans recours systématique au pénal.
Concrètement, 2 282 utilisateurs identifiés ont reçu une amende forfaitaire de 154 euros. Une mesure rendue possible par les bases de données récupérées lors d’enquêtes menées à Lecce et dans d’autres juridictions. Mails, historiques, coordonnées : les preuves s’empilent, les contraventions tombent.
Cette opération n’est qu’un début. Trois autres parquets sont déjà à l’œuvre pour préparer de nouvelles séries de sanctions. Et les autorités l’assurent : la récidive coûtera beaucoup plus cher. Jusqu’à 5 000 euros, selon les termes de la loi.
Ce changement de paradigme vise un objectif clair : décourager une consommation de contenus illégaux devenue trop banale. Le cadre juridique s’est renforcé avec la mise en place de Piracy Shield, un outil de blocage instantané, et la possibilité de réprimer les consommateurs comme les distributeurs. Une méthode que certains voient déjà comme un modèle pour d’autres pays européens.
Une stratégie répressive qui pourrait s’élargir à l’Europe
Si cette offensive judiciaire mobilise autant d’acteurs (police, justice, régulateur) c’est parce que les enjeux financiers sont colossaux. Le piratage par IPTV prive les détenteurs de droits de centaines de millions d’euros chaque année. En Italie, les pertes pour la seule Serie A sont estimées à 300 millions d’euros.
Pour Claudio Lotito, sénateur et président de la Lazio, l’heure n’est plus à la tolérance : « Fini de plaisanter ». Paolo Scaroni, président de l’AC Milan, réclame une application stricte de la loi. Même son de cloche pour Beppe Marotta, patron de l’Inter Milan, qui évoque un passage du « carton jaune » au « carton rouge » pour les fraudeurs.
Ce choix de cibler l’utilisateur final est inédit en Europe, mais il pourrait faire école. En France, les sites peuvent être bloqués, mais les utilisateurs ne sont pas encore directement sanctionnés. En Grèce, une réforme similaire est à l’étude.
Mais la résistance du piratage reste solide. Les flux changent de nom, les VPN masquent les connexions, les boîtiers se vendent toujours. L’amende à 154 euros suffira-t-elle à briser cette économie parallèle ? Rien n’est moins sûr. Mais une chose est claire : pour les autorités italiennes, le coût de l’illégalité vient de changer.

