Les Français acceptent l’impôt pour une raison simple et profondément légitime : être protégés et vivre dans un pays doté d’institutions solides. Hôpital public, armée, police, justice, infrastructures essentielles constituent le socle implicite du consentement à l’impôt. Or l’examen attentif du budget de l’État révèle un décalage vertigineux entre ce que les citoyens croient financer et l’usage réel de leur argent. Ce décalage n’est pas une simple erreur de perception : il constitue un abus de confiance politique.
Ce que les Français pensent financer
Dans l’esprit de la majorité des contribuables, l’impôt sert d’abord à garantir la sécurité collective et la continuité des services régaliens. Lorsqu’on interroge les Français sur la structure du budget de l’État, beaucoup pensent que la santé, la défense, la police et la justice représentent l’essentiel de la dépense publique. Cette représentation est intuitive, presque morale : on paie pour être soigné, protégé, défendu, jugé équitablement. C’est le contrat implicite entre l’État et le citoyen. Sans ce contrat, le consentement à l’impôt s’effondre, car l’impôt cesse d’être perçu comme une contribution collective et devient une ponction arbitraire. Or cette perception est factuellement fausse : les grandes fonctions régaliennes ne constituent qu’une part minoritaire de la dépense publique totale, très loin derrière d’autres postes bien moins visibles politiquement.
La réalité budgétaire : dilution, dispersion et gabegie
La réalité du budget de l’État est celle d’une dilution massive des ressources. L’argent public se disperse dans une multitude de dépenses sociales, de mécanismes de redistribution mal contrôlés, de subventions à des associations dont l’utilité publique est parfois marginale ou inexistante, d’avantages accordés à des structures ou à des individus sans lien direct avec l’intérêt général. Pris isolément, chaque poste peut sembler modeste, presque anodin. Mais l’accumulation produit une gabegie structurelle. À cela s’ajoutent des coûts invisibles mais lourds : une administration pléthorique, des strates de hauts fonctionnaires, de conseillers, d’anciens responsables politiques bénéficiant de régimes et d’avantages spécifiques, une gestion des retraites d’une complexité coûteuse, sans oublier la fraude fiscale et la fraude sociale, tolérées ou insuffisamment combattues. L’État ne dépense pas trop sur un point précis : il dépense mal partout, par sédimentation, sans hiérarchie claire ni pilotage stratégique.
Un abus de confiance politique
Le cœur du problème n’est pas seulement budgétaire, il est moral et politique. Le contribuable paie en croyant financer sa protection et l’avenir collectif, alors que son argent est massivement redirigé vers des usages qui ne correspondent ni à ses priorités ni à l’urgence stratégique du pays. Cette dissonance repose sur un abus de confiance. Les responsables politiques entretiennent l’illusion que l’impôt protège, alors même que l’hôpital est en tension permanente, que la justice manque de moyens, que la police est épuisée et que l’armée peine à se projeter dans la durée. Ce système tient tant que la complexité budgétaire empêche la prise de conscience collective. Mais à mesure que les services essentiels se dégradent, le mensonge devient visible. Le risque est alors majeur : lorsque les citoyens comprennent que l’impôt ne finance plus ce pour quoi ils l’acceptaient, ce n’est pas seulement la politique budgétaire qui est contestée, c’est la légitimité même de l’État qui vacille.
| Grand poste de dépenses | % |
| Dépenses sociales totales (Sécurité sociale + prestations) | 56% |
| ↳ Retraites (vieillesse-survie) | 25% |
| ↳ Santé (Assurance maladie) | 20% |
| ↳ Famille, logement, minima sociaux, chômage | 11% |
| Fonctionnement des administrations publiques | 13% |
| Éducation (hors retraites des enseignants) | 9% |
| Collectivités locales (hors social) | 7% |
| Charge de la dette (intérêts) | 5% |
| Défense | 3% |
| Sécurité intérieure & justice (Intérieur + Justice) | 3% |
| Soutien à l’économie, emploi, recherche, subventions | 3% |
| Culture, environnement, sport, autres politiques publiques | 1% |
| TOTAL (Hors social) | 44% |


