Le riche, bouc émissaire d’une démocratie fatiguée

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Réflexions philosophique sur notre actualité | journaldeleconomie.fr

On parle des riches comme on parle d’une espèce à part, d’un groupe homogène dont les privilèges justifieraient l’hostilité. Ce mot, « les riches », revient dans le discours public avec une charge émotionnelle disproportionnée. Il évoque à la fois le pouvoir, l’injustice, l’arrogance. Pourtant, derrière ce mot, il n’y a ni classe sociale cohérente ni condition fixe. Être riche n’est pas un statut, c’est un résultat. C’est le fruit d’un parcours, d’un choix de vie, d’un risque pris ou d’un travail accumulé. La gauche, en faisant de cette catégorie un symbole du mal social, commet un abus de langage. Elle fige la réussite dans une caricature morale. Or, la réalité est bien plus complexe : derrière chaque fortune, il y a souvent une histoire de création, de transmission, d’effort ou de responsabilité.

I. L’abus de langage et la simplification du réel
Le mot « riche » est devenu un signifiant commode, un écran sur lequel se projettent les frustrations collectives. Il désigne moins une réalité économique qu’une fonction politique : celle du bouc émissaire. Car en désignant un coupable, on évite d’affronter la complexité du réel. Ce que la gauche nomme « riche » n’est bien souvent qu’un entrepreneur, un investisseur, un héritier qui a su préserver et faire fructifier un patrimoine productif. La richesse, dans sa vérité, n’est pas un état mais une dynamique. Elle n’existe que parce qu’elle se déploie : elle finance, elle emploie, elle réinvestit. La réduire à un compte en banque, c’est nier la chaîne d’actes, de risques et de décisions qui l’ont rendue possible. C’est aussi refuser de voir que toute création de valeur suppose une responsabilité : celle d’employer, de transmettre, de produire. En niant cela, on confond la conséquence et la cause. L’entrepreneur est vu comme un dominant, alors qu’il est d’abord un créateur. Cet abus de langage, répété sans cesse, finit par devenir une paresse de pensée.

II. Le discours politique comme manipulation des affects
La haine des riches est devenue un instrument politique. Elle ne repose pas sur l’analyse mais sur la pulsion. La gauche en a fait un outil rhétorique pour mobiliser les émotions : elle flatte à la fois la frustration, l’envie et le ressentiment. Frustration de ne pas avoir ce que d’autres possèdent ; envie d’accéder à cette réussite perçue comme injuste ; ressentiment envers celui qui, par sa réussite, rappelle à chacun sa propre limite. Ce triple mouvement nourrit une politique du confort moral : si les riches sont coupables, alors les autres sont innocents. Si les riches paient, les autres seront dispensés de l’effort. C’est une promesse implicite : celle de la justice sans mérite, du soulagement sans responsabilité. Ce discours fonctionne parce qu’il parle aux affects les plus primitifs de l’homme, ceux que la civilisation essaie d’apprivoiser depuis toujours — l’envie, la jalousie, le besoin de trouver un responsable à son malheur. Il transforme la complexité du monde en récit simple : d’un côté les victimes, de l’autre les profiteurs.

III. Retrouver le sens du mérite et de la complexité
Ce que révèle cette haine des riches, ce n’est pas un problème de richesse, mais une crise du sens. L’argent est devenu le seul langage commun d’une société qui ne croit plus à la valeur du travail, de l’effort ou du don. En perdant la capacité d’admirer, nous avons aussi perdu la capacité de comprendre. Car la réussite n’est jamais pure : elle est faite de risque, d’intelligence, de chance parfois, mais aussi d’une forme de contribution à la collectivité. Le riche, dans son acception concrète, est souvent celui qui a créé des emplois, investi, bâti, transmis. On ne peut pas réduire cela à une statistique ni à une morale binaire. Refuser cette complexité, c’est refuser la vérité de la vie économique elle-même. Il faudrait au contraire apprendre à penser la richesse non comme un scandale, mais comme une responsabilité. Ce serait le signe d’une maturité retrouvée : celle d’une société capable de préférer la reconnaissance à l’envie, et la justice à la jalousie.

Conclusion
La haine des riches n’est pas un cri de justice, mais une forme d’aveuglement. Elle traduit moins un excès de conscience morale qu’un déficit de lucidité. En abusant du mot « riche », on finit par appauvrir la pensée. En opposant les classes, on détruit le lien social. Et en flattant les bas instincts, on condamne la société à se replier sur elle-même. Il est temps de réhabiliter la complexité, d’accepter que la réussite n’est pas un privilège honteux, mais souvent le visage discret du courage et du travail.

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