Maroc, projection à l’épreuve de la Coupe d’Afrique des Nations, CAN 2025–2026

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À l’approche de la Coupe d’Afrique des Nations 2025–2026, que le Maroc accueillera du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, et à cinq ans de la Coupe du monde 2030 qu’il co-organisera, le Royaume apparaît comme un acteur géopolitique singulier.

Une stratégie d’intermédiation

L’un des ressorts de la stratégie marocaine est sa capacité à se positionner comme interface entre Europe et Afrique, entre Méditerranée et Atlantique, entre Occident et Sud global.
Le pays s’appuie sur des infrastructures clés : le port de Tanger Med, devenu hub incontournable pour le commerce euro-africain ; un réseau autoroutier et ferroviaire étendu ; des zones industrielles intégrées. Cette architecture n’est pas spectaculaire, mais cohérente car elle répond à une vision d’ensemble plutôt qu’à une addition de projets. Dans un contexte régional instable, cette capacité à offrir un point fixe compte davantage que la puissance brute.

CAN 2025–2026, une mise à l’épreuve en temps réel

La CAN sera le premier test grandeur nature de cette cohérence. Au-delà des enjeux sportifs, elle permettra d’évaluer trois dimensions essentielles à à savoir : la fluidité logistique (transports, mobilités, sécurité, coordination), la capacité d’accueil (infrastructures hôtelières, flux touristiques, services), la gestion des flux régionaux (afflux de supporters, exposition médiatique, circulation continentale). La réussite de cet événement conditionnera une grande partie de la préparation vers la Coupe du monde 2030, dont la portée sera évidemment plus vaste. Pour le Maroc, la CAN est donc un moment clé, un point de passage, un test opérationnel, une démonstration de capacité à organiser, synchroniser et absorber.

Une politique d’infrastructures sur le long terme

Depuis plus d’une décennie, le Royaume a investi massivement dans les énergies renouvelables (solaire Noor, éolien), les ports, les corridors industriels (automobile, aéronautique) et les projets urbains et touristiques. Ces projets répondent à une logique de long terme, où l’objectif n’est pas d’accroître la visibilité internationale par des “grands gestes”, mais de bâtir une économie résiliente et connectée. Le Maroc s’inscrit ainsi dans une tendance de fond qui consiste à miser sur l’ingénierie territoriale pour renforcer l’attractivité.

Une trajectoire perçue différemment à l’intérieur et à l’extérieur

Sur le plan interne, des réserves existent quant au coût des investissements et à leur répartition perçue entre les régions et les catégories sociales. Ces tensions ne doivent pas être minimisées car elles témoignent d’un débat réel sur le rythme et la forme de la transformation économique.
À l’international, en revanche, le Maroc apparaît comme un acteur stable, capable de porter des projets à grande échelle et d’assumer des responsabilités régionales. Cette différence de perception est classique dans les pays en mutation rapide car la transformation se lit plus vite depuis l’extérieur que depuis le quotidien des citoyens.

Le Maroc , un pays qui compte

Le Royaume a su capitaliser sur trois atouts déterminants ; à savoir : la stabilité politique dans une région volatile, les investissements logistiques et énergétiques sur le long terme, la position géographique stratégique, valorisée par une politique d’équilibre entre Europe, Chine, Golfe et Afrique subsaharienne.

Le Maroc n’est pas dans une logique de puissance classique car il cherche avant tout à asseoir une cohérence — ce qui, dans un contexte mondial d’incertitudes, devient un facteur de robustesse.

La CAN 2025–2026 sera un test essentiel et l’occasion pour le Maroc de montrer en temps réel la solidité de son modèle et la capacité de ses infrastructures. Il s’agit moins d’un enjeu d’image que d’une épreuve de fonctionnement pour tenir une trajectoire stable à long terme.

Agnès BOSCHET

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