Loin d’être anodins, les choix des consommateurs en matière de paiement dessinent une nouvelle cartographie des usages économiques. En 2025, la carte bancaire domine, les espèces déclinent, le mobile progresse, et l’intelligence artificielle peine à convaincre.
Paiement : des usages profondément segmentés
Les dernières données recueillies par SumUp montrent une répartition nette des préférences de paiement en France : 66 % des consommateurs favorisent la carte bancaire, 12 % utilisent encore les espèces, et 11 % optent pour le mobile. Mais cette répartition masque une réalité plus complexe. Les comportements varient fortement selon l’âge, la localisation et le niveau de familiarité numérique.
Ainsi, 77 % des plus de 65 ans utilisent la carte comme moyen principal, alors que les 18-24 ans ne sont que 43 % à le faire. Dans cette tranche plus jeune, 22 % plébiscitent le mobile, contre 4 % chez les seniors. Ces chiffres confirment une fracture générationnelle persistante, qui impose une stratégie différenciée d’équipement et de communication selon les segments clients.
Une accessibilité aux espèces de plus en plus problématique
La raréfaction des distributeurs automatiques, notamment en zones rurales, transforme la gestion du cash en contrainte logistique. Cette évolution, documentée par SumUp, concerne 21 % des Français, qui estiment difficile de retirer de l’argent à proximité de leur domicile.
Cette contrainte pousse mécaniquement vers des moyens numériques, même chez des publics initialement réticents. Pour les entreprises locales, commerçants indépendants ou structures multisites, ne pas proposer d’alternative au liquide équivaut désormais à exclure une partie de la clientèle, ou à forcer une transition parfois mal vécue.
Régionalisation des usages et pression urbaine
L’usage du paiement numérique reste très inégal selon les régions. À Paris, 27 % des consommateurs ont changé de méthode de paiement au cours des douze derniers mois, un taux qui atteint 50 % à Marseille, 39 % à Toulouse, 38 % à Lyon. Ces mutations sont accélérées par la densité des équipements, la culture technologique et la pression concurrentielle dans les zones urbaines.
Les régions moins denses, en revanche, conservent une forte préférence pour les espèces, souvent pour des raisons structurelles. Pour les acteurs économiques, cela implique une cartographie affinée des comportements, et un maillage d’offres adaptées au contexte local, y compris pour les chaînes de retail ou les services de proximité.
Numérique : croissance continue, adhésion mesurée
Si le paiement numérique progresse, il ne fait pas l’unanimité. 55 % des Français le préfèrent, mais un quart restent inquiets quant à la sécurité de leurs données. Selon SumUp, 48 % des clients ont modifié leur méthode de paiement en un an, principalement pour des raisons de simplicité ou de praticité.
Toutefois, la facilité d’utilisation ne suffit pas à lever les réticences structurelles. La confiance dans l’infrastructure, la stabilité des interfaces, la lisibilité des conditions d’usage sont des leviers clés, notamment chez les 35-55 ans, qui représentent un segment d’achat stratégique mais critique face à l’innovation.
IA et paiements : scepticisme et promesses
L’intelligence artificielle appliquée aux paiements reste marginale dans les usages. D’après SumUp, 70 % des Français ne souhaitent pas déléguer leurs paiements à une IA, même partiellement. Seuls 11 % l’accepteraient pour des paiements récurrents. Ce rejet est encore plus net chez les plus de 65 ans (83 % opposés), alors que les 25-34 ans y sont plus ouverts (55 % d’acceptation relative).
Les cas d’usage concrets – détection de fraude, planification budgétaire, recommandations de canal de paiement – suscitent de l’intérêt, mais ne parviennent pas encore à basculer dans un usage de masse. Pour les acteurs bancaires et les fournisseurs de solutions de paiement, la pédagogie et la transparence seront décisives pour enclencher la transition.
Comment s’adapter aux nouvelles préférences de paiement ?
Pour les entreprises, ces mutations sont loin d’être anecdotiques. Adapter les canaux de paiement aux usages clients n’est plus un simple bonus, mais une condition de fluidité transactionnelle et de fidélisation. Selon Gabriel Destremaut, porte-parole chez SumUp, « Adapter les options de paiement aux nouvelles habitudes numériques peut améliorer l’expérience d’achat et fidéliser la clientèle, en plus de répondre à leurs attentes initiales ».
Cette adaptation passe par plusieurs leviers : intégrer les terminaux sans contact dans tous les points de vente, inclure les portefeuilles numériques dans les canaux e-commerce, proposer des systèmes hybrides incluant carte, mobile et espèces, et surtout, ne pas sous-estimer la perception de sécurité ou de contrôle chez le consommateur.
La flexibilité devient un facteur clé de résilience. Elle permet de capter les jeunes consommateurs technophiles, sans exclure les publics fidèles aux modes traditionnels. Cette hybridation est particulièrement stratégique dans les secteurs à forte fréquence d’achat (restauration, transport, commerce alimentaire) et dans les zones touristiques, où l’attente de paiement fluide est souvent déterminante.

