Le 24 février 2026, Netflix faisait face à une surenchère de Paramount dans le dossier Warner Bros Discovery. Depuis, la compétition s’est transformée en véritable bras de fer financier. Car, au-delà des montants, l’opération engage l’avenir des studios, la consolidation du streaming et l’équilibre des bilans de deux groupes déjà très exposés aux marchés.
Netflix confronté à une surenchère à plus de 100 milliards d’euros
Dans un premier temps, Netflix a proposé 27,75 dollars par action pour reprendre des actifs stratégiques de Warner Bros Discovery, soit environ 82,7 milliards de dollars. Convertie, cette proposition équivaut à près de 76 milliards d’euros. Toutefois, Paramount a immédiatement contre-attaqué avec une offre à 30 dollars par action, valorisant l’ensemble autour de 108,4 milliards de dollars, soit environ 100 milliards d’euros. Dès lors, Netflix s’est retrouvé face à une prime significative susceptible de modifier l’arbitrage du conseil d’administration.
Ensuite, la pression s’est accrue lorsque Paramount a soumis une offre révisée. Par ailleurs, Warner a accordé à Paramount un délai de sept jours pour présenter une offre dite « meilleure et finale ». En conséquence, Netflix doit désormais évaluer le coût d’une contre-surenchère. Car, même si le conseil d’administration de Warner avait initialement recommandé l’offre de Netflix, une amélioration substantielle de Paramount pourrait inverser la dynamique.
Netflix face à un dilemme stratégique et financier
D’un point de vue industriel, l’intérêt de la plateforme pour Warner est évident. Les studios Warner Bros, HBO et la plateforme HBO Max représentent un portefeuille d’actifs premium, générateurs de flux récurrents et dotés de franchises internationales. En intégrant ces studios, Netflix renforcerait son pouvoir de négociation sur les droits mondiaux et sécuriserait un pipeline de contenus à forte valeur. Cependant, cette expansion s’accompagnerait d’un endettement accru ou d’une mobilisation massive de trésorerie, ce qui interroge la discipline financière du groupe.
En parallèle, les analystes estiment qu’« une offre d’environ 34 dollars par action mettrait fin à la guerre d’enchères ». À ce niveau, la valorisation dépasserait 120 milliards de dollars, soit plus de 110 milliards d’euros. Un tel montant impliquerait une prime considérable sur les valorisations précédentes du secteur. Or, Netflix doit arbitrer entre conquête stratégique et rentabilité à moyen terme. D’autant que Paramount s’est engagé à payer 2,8 milliards de dollars de frais de rupture si Warner choisissait finalement Netflix. Ce mécanisme, supérieur à 2,6 milliards d’euros, complexifie l’équation en intégrant un coût additionnel pour l’éventuel acquéreur.
Netflix et la recomposition capitalistique du streaming
Au-delà des chiffres, la confrontation entre Netflix et Paramount révèle une mutation profonde du marché. Historiquement, Netflix a bâti son modèle sur l’agilité et l’expansion internationale. Toutefois, face à la montée des coûts de production et à la fragmentation des droits, la logique de consolidation s’impose. Acquérir Warner pourrait permettre à Netflix de devenir un acteur intégré, maîtrisant production, catalogue et distribution. Cependant, cette intégration transformerait aussi son profil de risque et son exposition aux cycles hollywoodiens.
Inversement, si Paramount devait l’emporter, le secteur évoluerait plutôt vers une concentration autour de groupes combinant studios historiques et plateformes numériques. Ainsi, la bataille dépasse de loin la simple logique de streaming. Elle engage également la hiérarchie des studios mondiaux. En outre, un vote des actionnaires de Warner est prévu le 20 mars 2026, selon Reuters. Ce calendrier impose une décision rapide. Car, en effet, chaque semaine d’incertitude pèse sur les cours de Bourse et sur la visibilité stratégique.
Netflix, en particulier, doit démontrer qu’il peut croître sans compromettre sa solidité financière. À ce stade, le marché observe moins la surenchère elle-même que la capacité des prétendants à absorber une opération de plus de 100 milliards d’euros sans déséquilibrer durablement leurs comptes.
