Pouvoir d’achat et acceptabilité fiscale : le budget Bayrou face à un rejet massif

Les choix budgétaires du gouvernement pour 2026 soulèvent une alerte sociale qui fut rarement aussi claire. Le signal ? 87 % des Français estiment que les mesures annoncées dégraderont leur pouvoir d’achat.

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Pouvoir d’achat et acceptabilité fiscale : le budget Bayrou face à un rejet massif | journaldeleconomie.fr

Présenté le 17 juillet 2025 par François Bayrou, le projet de budget 2026 ambitionne de maîtriser les dépenses publiques sans augmenter les impôts. Mais un sondage Odoxa révèle que cette stratégie est massivement rejetée. Pour 87 % des Français, ces ajustements risquent d’aggraver la pression sur leur pouvoir d’achat.

Fiscalité record, rendement marginal décroissant

Le taux de prélèvements obligatoires français reste l’un des plus élevés de l’OCDE (plus de 45 % du PIB selon les dernières données comparatives). En théorie, cela garantit un socle social robuste. En pratique, chaque étude montre le délabrement des services publics, et le pouvoir d’achat des Français est si faible qu’ils ne peuvent que difficilement recourir au privé pour combler les lacunes de l’Etat

Les mesures envisagées – réduction des jours fériés, coupes ciblées dans la santé, réduction du nombre de fonctionnaires – visent à contenir la dépense sans modifier l’assiette… Au détriment du pouvoir d’achat des Français. Mais 80 % des Français préféreraient un gel global de la dépense publique, et 72 % estiment que l’effort est inégalement réparti. Ces signaux traduisent une perte de crédibilité du narratif gouvernemental sur la maîtrise budgétaire.

Pouvoir d’achat : le seuil de tolérance est franchi

La crise inflationniste de 2022-2023 a déjà fortement entamé le pouvoir d’achat des ménages et leur capacité à absorber des chocs budgétaires. Aujourd’hui, 4 Français sur 10 se déclarent à découvert dès la moitié du mois, un indicateur critique pour les conjoncturistes. Le pouvoir d’achat est devenu non seulement une donnée économique, mais aussi une variable politique structurante.

Le rejet des mesures Bayrou est transversal : 66 % des électeurs de la majorité présidentielle expriment eux aussi leur inquiétude, ce qui invalide l’idée d’un rejet uniquement partisan. Chez les professions intermédiaires et les indépendants, la défiance est particulièrement forte. L’hypothèse d’un “effort partagé” ne convainc plus, car elle se heurte à une réalité de services publics en dégradation continue, sans contrepartie tangible pour les contributeurs qui voient leur pouvoir d’achat s’amenuiser.

Dépenses publiques et consentement fiscal : vers une rupture de modèle ?

L’impasse budgétaire française ne réside pas uniquement dans le montant des dépenses, mais dans leur composition. Or, le débat public reste focalisé sur des symboles (jours fériés, franchises médicales) sans traiter des arbitrages structurels. Ce manque de lisibilité montre un État dépensier et peu réformateur, que l’on n’a guère envie de suivre.

L’inquiétude exprimée dans ce sondage pourrait être interprétée comme une exigence de rationalisation profonde plutôt qu’une simple hostilité à l’austérité.

Comparaison européenne : un modèle français à bout de souffle ?

Dans les pays de l’Union européenne aux niveaux de dépenses publiques comparables — Danemark, Suède, Belgique — le taux de satisfaction citoyenne vis-à-vis des services publics reste supérieur, notamment en matière de santé et d’éducation. En France, cette corrélation est en panne : les dépenses atteignent 58,1 % du PIB (INSEE, 2024), mais la perception de leur efficacité continue de se dégrader.

Les Français expriment dans ce sondage une forme de ras-le-bol qualitatif : ils paient plus, pour moins. Or, le budget 2026, tel qu’annoncé, ne propose pas de réformes structurelles sur la gouvernance des dépenses, ni de recentrage sur les fonctions régaliennes ou d’investissement productif. Le message envoyé — économies sans transformation — semble amplifier une fracture cognitive entre contribuable et financeur public.

Un climat d’instabilité latente

Ce rejet massif du budget alimente une défiance généralisée : 44 % des Français se disent favorables à une dissolution, et 59 % souhaitent un changement de Premier ministre. Ces chiffres révèlent une instabilité institutionnelle croissante qui pourrait impacter la trajectoire macroéconomique. En contexte de taux d’intérêt élevés, la moindre incertitude politique accroît le coût de la dette souveraine, ce qui réduit encore les marges budgétaires futures.

Ce sondage dépasse le champ de la popularité politique. Il pose des questions fondamentales sur le rapport des Français à leur État : quels services sont encore jugés légitimes ? Quelle part des dépenses reste socialement acceptée ? Et, surtout, le gouvernement parviendra-t-il à entendre la demande des Français, à réduire ses dépenses, à libérer les entreprises, les agriculteurs, les indépendants, à réduire la fiscalité ?

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