Depuis le 23 juillet 2025, la retraite progressive est officiellement accessible dès 60 ans, selon un décret publié au Journal officiel. Cette disposition, attendue de longue date par de nombreux actifs, transforme en profondeur les règles de fin de carrière en permettant de cumuler emploi à temps partiel et pension partielle avant l’âge légal. Cette avancée réglementaire entre en vigueur à partir du 1er septembre 2025.
Un décret décisif pour adapter la fin de carrière au travail réel
L’élément déclencheur réside dans le décret n° 2025‑681, signé le 15 juillet 2025 et publié le 23 juillet au Journal officiel. Ce texte abaisse à 60 ans l’âge minimal requis pour bénéficier de la retraite progressive, alors qu’il était auparavant fixé à 62 ans, soit deux ans avant l’âge légal de départ (64 ans).
Le principe de la retraite progressive reste inchangé : elle permet à un assuré de réduire son activité professionnelle tout en percevant une fraction de sa pension, calculée proportionnellement au taux d’activité. Cela implique un contrat à temps partiel, validé par l’employeur, et un minimum de 150 trimestres cotisés (environ 37,5 années de carrière).
L’exécutif justifie cette décision par la volonté d’offrir une sortie d’activité plus souple, sans rupture brutale avec le monde du travail. Selon les termes d’Astrid Panosyan-Bouvet, ministre déléguée chargée du Travail et de l’Emploi, cette réforme vise à briser une alternative trop rigide :
« La fin de carrière ne doit plus être angoissante et strictement binaire, temps plein ou rien, mais au contraire s’adapter aux envies et besoins de chacun tout en favorisant le maintien dans l’emploi le plus longtemps possible » (20 Minutes)
À 60 ans, une porte de sortie modulable
Jusqu’ici, la retraite progressive restait peu utilisée : en 2024, à peine 30 000 actifs en bénéficiaient chaque année, sur environ 700 000 à 750 000 départs à la retraite, selon les chiffres rapportés par Le Figaro.
L’abaissement du seuil à 60 ans pourrait élargir considérablement l’accès à ce dispositif, notamment pour les salariés usés par des carrières longues ou pénibles.
Cette réforme intervient également dans un contexte social tendu, un an après l’adoption très contestée de la réforme des retraites relevant l’âge légal à 64 ans. Elle cherche à rétablir une forme de flexibilité consentie dans un système durci.
L’impact sera toutefois variable selon les statuts. Tous les régimes sont concernés — salariés du privé, fonctionnaires, professions libérales — mais à condition de disposer d’un contrat à temps partiel, ce qui reste moins fréquent dans certains secteurs ou pour les fonctions à forte responsabilité.
Une mesure pensée comme un levier d’emploi senior
Au-delà des trajectoires individuelles, l’exécutif affiche un objectif économique : favoriser le maintien en emploi des seniors, tout en évitant les effets d’éviction ou de précarisation. La retraite progressive permet à l’entreprise de conserver des compétences expérimentées à temps réduit, et à l’assuré d’aménager ses dernières années de carrière.
D’après les documents ministériels consultés, cette mesure s’inscrit dans une stratégie globale visant à revaloriser le travail des plus de 60 ans, dans une France où le taux d’emploi des 60–64 ans reste en deçà de la moyenne européenne. Il s’agit aussi de réduire le recours aux dispositifs de sortie anticipée (arrêts longue durée, inaptitude, rupture conventionnelle), plus coûteux pour les finances publiques.
Cette réforme traduit donc une nouvelle philosophie de la retraite : non plus un passage figé, mais un glissement organisé, contractuel et individualisé. Pour qu’elle fonctionne, encore faut-il que les employeurs jouent le jeu du temps partiel, que les salariés soient informés, et que les caisses de retraite accompagnent les démarches avec fluidité.
Un jalon social discret mais stratégique
Le décret du 23 juillet 2025 ne bouleverse pas l’ensemble du système, mais il modifie en profondeur la manière de penser la transition emploi-retraite. En permettant un accès à 60 ans à la retraite progressive, il réintroduit de la latitude, de l’autonomie et du choix dans des trajectoires souvent perçues comme subies. Reste à savoir si les entreprises, les branches et les gestionnaires de carrière sauront saisir cette opportunité de souplesse.

