La Sécurité sociale française, véritable pilier du système de protection sociale, traverse en ce moment une période de remous financiers et structurels. Créée juste après la Seconde Guerre mondiale, elle fêtera ses 80 ans en 2025, mais se heurte à des défis importants qui pourraient changer son fonctionnement. Avec un déficit attendu de 21,9 milliards d’euros en 2025 (soit 0,7 % du PIB), les inquiétudes sur sa viabilité à long terme se font de plus en plus sentir.
Une histoire faite de réformes structurelles
Instaurée par les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945, la Sécurité sociale a d’abord été conçue comme un régime général d’assurance sociale géré principalement par les salariés. À l’époque, le conseil d’administration comptait trois quarts de représentants des salariés et un quart de ceux du patronat. En 1967, une réforme a instauré le paritarisme en équilibrant à parts égales les représentants des salariés et du patronat, mettant ainsi fin aux élections internes. Puis, avec les ordonnances Juppé de 1996, le contrôle de l’État sur l’institution a été renforcé.
On peut aussi rappeler quelques réformes marquantes comme :
- la mise en place du minimum vieillesse en 1956,
- la création des branches maladie, vieillesse et famille en 1967,
- l’introduction de la Contribution sociale généralisée (CSG) en 1991.
Toutes ces modifications étaient destinées à adapter le système aux évolutions démographiques et économiques.
Des finances en dents de scie
Le déficit actuel dépasse les 20 milliards d’euros, avec des dépenses totales qui culminent à 666 milliards d’euros, contre des recettes de 644 milliards d’euros. Dans le détail, la branche maladie devrait enregistrer un déficit de -16 milliards d’euros, tandis que celui de la retraite est estimé à -7,5 milliards d’euros. Ironie du sort, la branche famille et autonomie affiche un léger excédent.
Un point à ne pas négliger : les exonérations de cotisations sociales représentent un coût considérable, et la modulation des remboursements pourrait être une solution envisagée. La Cour des comptes tire la sonnette d’alarme en évoquant une « crise de liquidité » prévue pour 2027.
Des défis démographiques et économiques de taille
Le vieillissement de la population s’annonce comme un vrai défi. Le nombre de personnes de plus de 80 ans devrait tripler d’ici 2050, ce qui entraînera une hausse notable des dépenses de soins médicaux. Par ailleurs, le rapport entre actifs et retraités glisse progressivement en dessous de deux actifs pour un retraité aujourd’hui.
Sébastien Lecornu invite à « repenser notre modèle social » pour qu’il puisse tenir la route à l’avenir. Parmi les pistes de réforme, on retrouve une réforme du financement visant à alléger les prélèvements sur le travail tout en améliorant le pouvoir d’achat des salariés.
Une gestion compliquée de la dette
Contrairement à l’État, la Sécurité sociale n’est pas censée accumuler une dette trop importante. Pourtant, depuis la création de la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades) en 1996 pour gérer cette dette, six reprises ont été réalisées pour un total avoisinant les 400 milliards d’euros. La reprise la plus récente, en 2020, s’élevait à 136 milliards d’euros et doit être remboursée en 2033.
Les projections actuelles indiquent que, sans intervention forte, le déficit pourrait atteindre jusqu’à 24 milliards d’euros en 2028 et représenter jusqu’à 8,6 points du PIB en 2070.



