Pour tenter de calmer la colère des taxis, le ministère des Transports a dévoilé un plan de renforcement des contrôles ciblant les VTC. Mais le 22 mai 2025 encore, des centaines de chauffeurs étaient dans la rue, persuadés que ces annonces ne répondent pas aux enjeux économiques du secteur. Décryptage.
Des rues bloquées, des klaxons en rafale, et un message clair : les mesures annoncées ne suffisent pas. Depuis lundi, la mobilisation des taxis s’étend dans plusieurs grandes villes françaises. À Paris, Marseille et Pau, les chauffeurs dénoncent la pression des plateformes VTC et une réforme du transport sanitaire qu’ils jugent dévastatrice pour leurs revenus.
Un plan de contrôle centré sur les dérives des VTC
Le ministère des Transports mise sur une réponse réglementaire. Objectif : renforcer les contrôles sur les pratiques illégales dans le secteur des VTC. Les préfets sont invités à intensifier les vérifications visant les maraudes, le racolage, l’exercice illégal de la profession. Pour y parvenir, l’exécutif s’appuie sur une expérimentation d’amendes forfaitaires délictuelles, pouvant atteindre 1 000 euros, censées accélérer la répression des fraudes.
Autre levier activé : la lutte contre certains montages de gestion de chauffeurs, où des sociétés intermédiaires emploient des conducteurs de façon opaque. Le ministère entend également mieux filtrer l’accès à la profession, en révisant le système dit « par équivalence », qui permet actuellement à des professionnels ayant un an d’expérience de devenir chauffeurs VTC sans formation complète.
Si le gouvernement espère rassurer les taxis, c’est un autre dossier qui cristallise l’inquiétude : la réforme du transport sanitaire. Portée par l’Assurance maladie, cette réforme prévoit une nouvelle grille tarifaire pour les trajets médicauxeffectués par les taxis conventionnés. Ces trajets représentent une source majeure de revenus pour la profession, estimée à 6,3 milliards d’euros en 2023 selon les chiffres du ministère de la Santé.
Pour de nombreux chauffeurs indépendants, les nouveaux tarifs seraient intenables. Moins de recettes, mêmes charges, et une rentabilité en chute libre. « Les tarifs qu’ils vont nous proposer vont faire baisser mon chiffre d’affaires de plus de la moitié« , témoigne Angéline, taxi conventionné, sur BFMTV. Le scénario est clair pour elle : fermeture d’activité.
Taxis : des ajustements insuffisants pour un secteur en tension
Face aux tensions, le ministre des Transports Philippe Tabarot a proposé une rencontre avec les représentants des taxis. Mais l’intersyndicale a décliné l’invitation. Le rendez-vous n’aurait pas été organisé de manière satisfaisante, selon la FNDT (Fédération nationale du taxi). « La moindre des choses, c’est de nous prévenir une petite heure avant d’en parler à la télévision« , a réagi sa présidente, Emmanuelle Cordier.
De son côté, le gouvernement dit regretter ce refus, tout en assurant vouloir continuer le dialogue. Mais le manque de confiance s’installe. « Nous ne refusons pas le débat à partir du moment où on nous apporte des réponses« , estime Bernard Crebassa, président de la Fédération nationale des artisans du taxi. Pour l’instant, les réponses ne viennent pas.
Les annonces gouvernementales sont donc accueillies avec scepticisme. Si elles marquent une volonté de reprendre la main sur les pratiques VTC, elles laissent de côté la question centrale de la viabilité économique des taxis. La profession réclame des garanties sur ses revenus, et non des promesses de surveillance.
En toile de fond, c’est toute la concurrence entre taxis réglementés et VTC plus flexibles qui reste non résolue. Et la crainte d’une précarisation accélérée du métier, déjà fragilisé par l’inflation, les charges fixes et l’évolution des usages.


