Le PDG de Telegram, Pavel Durov, mis en examen pour complicité d’activités criminelles, promet de renforcer la modération sur sa plateforme. Des révélations qui interrogent sur la responsabilité des applications dans la lutte contre les contenus illicites.
« Une fraction minime, mais croissante »
Mis en examen en août dernier, Pavel Durov, cofondateur de Telegram, s’est exprimé sur les accusations visant son application. Lors d’une audition en décembre relayée par l’AFP, il a reconnu avoir pris la pleine mesure des faits reprochés à la messagerie. Selon les juges d’instruction, Telegram abrite des groupes liés à des activités criminelles, notamment la pédocriminalité, la vente de stupéfiants et d’armes, ainsi que des escroqueries.
Pavel Durov a toutefois tenu à nuancer : les utilisateurs engagés dans ces pratiques ne représenteraient qu’« une fraction minime » des membres de Telegram. Fondée en 2013 avec son frère, l’application n’a, selon lui, jamais été conçue pour les criminels. Malgré cela, il concède que leur présence « a aussi augmenté » au fil des ans.
Confronté aux critiques sur la facilité d’accès à ces contenus illicites, Durov s’est dit en désaccord avec l’idée que Telegram serait plus accessible que le dark web. Il a mis en avant les efforts de modération de la plateforme, affirmant que chaque mois, 15 à 20 millions de comptes et jusqu’à 2 millions de groupes et chaînes sont supprimés.
Cependant, les autorités restent sceptiques face à ces chiffres. Interrogé sur des groupes publics proposant des substances illicites, le PDG a expliqué que certains termes argotiques, comme « shit » pour désigner de la drogue, échappaient encore à ses algorithmes. « Nous nous engageons à améliorer nos processus de modération », a-t-il déclaré, tout en reconnaissant que Telegram s’est concentré jusqu’à récemment sur d’autres marchés plus populaires que la France.
Des engagements pour une meilleure modération sur Telegram
Malgré les promesses de Pavel Durov, les magistrats pointent des insuffisances dans la coopération judiciaire. En France, seulement quatre requêtes ont été satisfaites par Telegram au premier trimestre 2024, contre 673 au dernier. À l’échelle mondiale, ce chiffre atteint 10.000 utilisateurs identifiés sur six mois, un chiffre jugé dérisoire face aux 950 millions d’utilisateurs actifs.
Basée à Dubaï, Telegram a enregistré son premier bénéfice net annuel en 2024, malgré une dette estimée à 2 milliards de dollars. Cependant, cette mise en examen ternit l’image de l’entreprise. Face aux critiques, Pavel Durov a rappelé que ses équipes, comme lui, « respectent la loi » et intensifient leurs efforts.
Si Telegram affirme coopérer avec les autorités judiciaires depuis 2018, ces déclarations peinent à convaincre. La gestion des contenus illicites sur la plateforme reste un enjeu crucial pour garantir sa crédibilité et répondre aux attentes des gouvernements. Pavel Durov est désormais sous pression pour prouver que ses engagements ne se limitent pas à des mots.

