En 2025, le tourisme français n’a pas seulement confirmé son rebond post-pandémie : il a atteint un nouveau sommet. Avec 102 millions de visiteurs internationaux, la France conserve son rang de première destination mondiale en nombre d’arrivées. Ce chiffre, légèrement supérieur à celui de 2024 — année marquée par l’effet exceptionnel des Jeux olympiques de Paris — témoigne d’une dynamique désormais structurelle.
Les recettes liées au tourisme augmentent
La performance est d’autant plus notable qu’elle s’inscrit dans un environnement économique contrasté. La croissance mondiale ralentit, le pouvoir d’achat reste contraint dans plusieurs pays européens, et les tensions géopolitiques persistent. Pourtant, l’Hexagone continue d’attirer. Les clientèles européennes représentent toujours près des trois quarts des flux, mais la progression la plus spectaculaire provient des marchés long-courriers. Les arrivées en provenance des États-Unis ont progressé d’environ 17 % sur un an, dépassant les 5 millions de visiteurs, tandis que les marchés asiatiques amorcent un rattrapage progressif, encore incomplet par rapport aux niveaux de 2019.
Sur le plan financier, la consolidation est tout aussi marquante. Les recettes internationales du tourisme atteignent environ 77,5 milliards d’euros, en hausse d’environ 9 % par rapport à 2024. Au premier semestre seulement, elles s’élevaient déjà à plus de 37 milliards d’euros, soit une progression à deux chiffres sur un an. Le tourisme contribue ainsi fortement à la balance des paiements française, avec un excédent estimé à plus de 20 milliards d’euros.
L’évolution des nuitées confirme cette vitalité. Durant la saison estivale, les hôtels ont enregistré plus de 90 millions de nuitées, tandis que les campings ont dépassé 124 millions, confirmant l’attrait croissant pour l’hôtellerie de plein air. Sur l’ensemble de l’année, les nuitées hôtelières du troisième trimestre ont progressé de plus de 4 %, tirées principalement par la clientèle internationale, dont la fréquentation a bondi de plus de 11 % sur la période. Le segment du plein air atteint environ 148 millions de nuitées sur l’année, soit un niveau supérieur à celui de 2019.
Le poids du tourisme dans l’économie française
Cette dynamique révèle un phénomène plus qualitatif qu’il n’y paraît. Si la France demeure numéro un en volume, l’enjeu est désormais celui de la valeur. Le panier moyen progresse, notamment dans l’hôtellerie haut de gamme et les établissements urbains premium. Toutefois, comparée à certains concurrents européens comme l’Espagne, la dépense moyenne par visiteur reste légèrement inférieure. La compétition ne se joue plus uniquement sur l’attractivité patrimoniale, mais sur la capacité à capter une clientèle à fort pouvoir d’achat et à allonger la durée des séjours.
La géographie touristique évolue également. L’Île-de-France demeure un pôle central, mais les régions littorales et alpines affichent des performances solides. La Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’Auvergne-Rhône-Alpes ou encore la Bretagne bénéficient d’une fréquentation soutenue, notamment étrangère. Cette diversification territoriale permet de mieux répartir les flux, même si certains sites emblématiques restent confrontés à des phénomènes de surfréquentation.
Le tourisme représente désormais environ 7 à 8 % du PIB français en incluant les effets directs et indirects, et près de 2 millions d’emplois. Il constitue l’un des rares secteurs où la France dispose d’un avantage comparatif historique durable. Mais ce leadership pose une question stratégique : comment transformer un record quantitatif en modèle pérenne ? La pression environnementale, la gestion des infrastructures, la saisonnalité et la montée en gamme de l’offre deviennent des enjeux structurants.
L’année 2025 marque ainsi une forme de maturité. La France démontre sa capacité à attirer massivement, à générer des recettes croissantes et à consolider son excédent touristique. Mais le défi des prochaines années sera d’arbitrer entre volume et valeur, entre attractivité mondiale et soutenabilité locale. À mesure que la concurrence internationale s’intensifie et que les attentes des voyageurs évoluent vers des expériences plus durables et personnalisées, le tourisme français entre dans une nouvelle phase : celle d’un leadership à réinventer plutôt qu’à simplement préserver.

