Le 5 mai 2025, une étude de l’institut OpinionWay a dévoilé un chiffre qui n’est pas passé inaperçu : 63 % des Français aimeraient recevoir leur salaire plus souvent que chaque fin de mois. Dans la foulée, une proposition de loi portée par le député Jean Laussucq envisage d’assouplir l’accès aux acomptes. Si elle est adoptée, cette mesure pourrait faire voler en éclats la sacro-sainte mensualisation… avec des conséquences concrètes sur la manière dont nous consommons, dépensons, épargnons.
Quand la mensualisation structure toute une consommation
Depuis les années 1970, le paiement du salaire en une seule fois, généralement en fin de mois, rythme la vie financière des ménages français. Qu’il s’agisse de régler le loyer, de rembourser un crédit, ou de remplir son frigo, tout est structuré autour de ce versement unique.
Ce modèle, hérité de la présidence de Georges Pompidou, a longtemps été perçu comme un progrès social. Mais aujourd’hui, dans une économie dominée par la dépense immédiate, le système montre ses limites. Un quart des Français est à découvert dès le 16 du mois. Autrement dit, la moitié du mois se joue à crédit. Et si cette instabilité venait simplement d’une inadéquation entre le rythme de la rémunération et celui des dépenses ?
Paiement hebdomadaire : un pouvoir d’achat réparti autrement
La proposition de Jean Laussucq est claire : permettre aux salariés d’obtenir plusieurs acomptes dans le même mois, sans justification. Le député du groupe Ensemble pour la République évoque, dans Femme Actuelle, un modèle où le versement pourrait avoir lieu chaque semaine, à la carte.
En rendant les revenus plus réguliers, cette évolution pourrait :
- lisser les tensions budgétaires en fin de mois ;
- réduire le recours au crédit à la consommation ou aux découverts bancaires ;
- encourager des achats plus raisonnés, moins concentrés sur quelques jours.
De nombreux salariés vivent aujourd’hui avec des pics et des creux financiers. En fragmentant la rémunération, le pouvoir d’achat ne serait pas augmenté, mais mieux réparti. Et cela change tout.
Nouvelles habitudes, nouveaux réflexes
Recevoir son salaire chaque semaine, c’est aussi bouleverser ses réflexes : plus question d’attendre le 28 pour faire les courses ou payer les factures. Cela implique une redéfinition de la temporalité de la dépense.
Comme le souligne l’article de Capital, certaines entreprises ont déjà testé des dispositifs proches dans les secteurs de la restauration ou du transport : les employés peuvent consulter leur solde de paie en temps réel et décider quand retirer une partie de leur dû. Cela s’apparente à un système de salaire à la demande, déjà répandu aux États-Unis ou au Royaume-Uni.
Mais ce modèle a une contrepartie : il exige une discipline budgétaire renforcée. Lorsqu’on est payé chaque semaine, il faut anticiper les dépenses fixes — loyer, mensualités de prêt — qui, elles, ne bougent pas.
Le passage d’un salaire mensuel à une rémunération à la demande ou hebdomadaire ne modifierait pas le montant gagné, mais tout le reste : manière de consommer, de s’endetter, d’épargner, de planifier. Si la proposition de loi portée par Jean Laussucq est adoptée, les entreprises devront s’adapter… mais les consommateurs aussi. Et pour la première fois depuis 50 ans, ce sont leurs habitudes financières qui seront au cœur d’un débat politique.


