15 % des Français regrettent leur déménagement après la crise sanitaire

Les mouvements résidentiels et déménagements observés après la pandémie ont révélé de nouveaux comportements de mobilité. Une étude récente en dresse le bilan et soulève des questions économiques structurantes pour les territoires, les entreprises et les ménages.

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Les mouvements résidentiels et déménagements observés après la pandémie ont révélé de nouveaux comportements de mobilité. Une étude récente en dresse le bilan et soulève des questions économiques structurantes pour les territoires, les entreprises et les ménages.

Le 31 mai 2025, une enquête menée par l’entreprise Les Déménageurs Bretons et diffusée dans Le Parisien, a mis en évidence que 15 % des Français ayant déménagé depuis la crise sanitaire regrettent ce choix. Derrière cette donnée se cache une dynamique économique plus complexe : celle d’une mobilité résidentielle accélérée, souvent guidée par des aspirations personnelles, mais parfois mal synchronisée avec les réalités structurelles des territoires. L’analyse de cette tendance offre des enseignements utiles pour les acteurs de l’immobilier, les collectivités locales, les entreprises et les décideurs publics.

Une mobilité amplifiée par la crise, entre opportunité et précipitation

Le choc du Covid-19 a agi comme un catalyseur sur les choix de logement. La généralisation du télétravail, la réévaluation des priorités de vie, et les limites du logement urbain ont poussé de nombreux ménages à envisager un déménagement. Selon les données collectées, environ un Français sur quatre a déménagé depuis 2020. Plus notable encore : un tiers de ces déplacements n’était pas envisagé avant la crise.

Cette rupture avec les schémas traditionnels de mobilité résidentielle s’est traduite par une croissance du nombre de départs des métropoles vers des zones moins denses, avec des critères orientés vers le confort, l’espace et la qualité de vie. Ce phénomène a eu un impact immédiat sur les marchés immobiliers secondaires, les flux de consommation locale et l’équilibre entre bassin d’emploi et lieu de résidence.

Des effets secondaires économiques sous-estimés

Si 15 % des personnes interrogées déclarent regretter leur déménagement, ce chiffre traduit aussi une friction entre les projections personnelles et les contraintes économiques de leur nouveau cadre de vie. Parmi les facteurs avancés figurent le coût de la vie plus élevé que prévu, la faible densité de services, ou la difficulté à maintenir un équilibre vie privée/vie professionnelle en l’absence d’un tissu local dynamique.

L’éloignement des bassins d’emploi peut entraîner un surcoût logistique en cas de retour partiel en présentiel. De même, certaines zones rurales ou périurbaines ne disposent pas des infrastructures nécessaires pour absorber durablement l’arrivée de nouveaux ménages. Ces limites engendrent un surcroît de dépenses individuelles (transports, équipements, connexions numériques), mais aussi une tension sur les services publics locaux.

Sur le plan macroéconomique, cette réorganisation géographique remet en cause certains modèles d’aménagement du territoire. La concentration des activités économiques en zone urbaine entre en collision avec une volonté croissante de résidentialisation en dehors des grandes villes.

Le rôle des entreprises : adaptation et fragilités organisationnelles

Pour les entreprises, cette évolution pose plusieurs défis. La dispersion des collaborateurs impose de repenser les modalités d’organisation du travail, en particulier pour les postes nécessitant une présence partielle ou des interactions fréquentes. La cohésion des équipes, la logistique interne, et les politiques de ressources humaines doivent désormais intégrer cette nouvelle donne géographique.

Par ailleurs, les choix résidentiels effectués sans concertation ou sans anticipation peuvent fragiliser la relation employeur-employé. Le déménagement d’un salarié vers une zone excentrée, initialement toléré dans un contexte de télétravail généralisé, peut devenir problématique en cas de retour au bureau partiel ou de révision des accords de flexibilité.

Ces transformations interrogent la manière dont les entreprises doivent intégrer les paramètres résidentiels dans leur stratégie managériale, non seulement en termes de mobilité interne, mais aussi de recrutement, de fidélisation et de qualité de vie au travail.

Des impacts asymétriques selon les profils et les territoires

Les effets économiques de cette mobilité ne sont pas homogènes. Les Franciliens, surreprésentés parmi ceux qui ont déménagé, ont souvent bénéficié d’un gain financier initial (coût du logement plus bas, cadre de vie amélioré), mais rencontrent des difficultés d’adaptation ou d’intégration locale. Les familles nombreuses et les profils en reconversion professionnelle sont également davantage sujets aux désillusions.

Du côté des territoires, l’arrivée de nouveaux habitants peut être bénéfique à court terme (redynamisation économique locale, hausse de la demande immobilière), mais génère aussi des tensions (saturation des services, montée des prix, pression sur les équipements collectifs). Sans accompagnement public ciblé, ces déséquilibres risquent de s’accentuer, notamment dans les zones déjà fragiles.

Enjeux d’avenir : vers une gouvernance intégrée de la mobilité résidentielle

Le déménagement post-pandémie n’est pas seulement un phénomène conjoncturel. Il pose les bases d’une réflexion de fond sur l’articulation entre emploi, logement, infrastructures et qualité de vie. Pour les collectivités territoriales, il s’agit d’anticiper et de planifier cette mobilité afin d’éviter les effets de saturation ou d’abandon.

Pour l’État, les enjeux concernent aussi bien l’aménagement du territoire que l’investissement dans les infrastructures numériques, les transports interrégionaux et les politiques de soutien à l’habitat. L’objectif : créer les conditions d’une mobilité équilibrée, économiquement viable et socialement soutenable.

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