« Gérer mes biens immobiliers » : une plateforme défaillante qui coûte cher à l’État

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« Gérer mes biens immobiliers » : une plateforme défaillante qui coûte cher à l’État | journaldeleconomie.fr

Un rapport accablant de la Cour des comptes met en lumière les nombreux dysfonctionnements de la plateforme numérique « Gérer mes biens immobiliers » (GMBI). Entre bugs techniques, erreurs de taxation et communication ratée, ce projet mal piloté a non seulement coûté plus d’un milliard d’euros, mais a aussi généré une série de remboursements massifs à la charge de l’État.

Une conception et un pilotage à revoir

La plateforme « Gérer mes biens immobiliers », mise en place par la Direction générale des finances publiques (DGFiP), visait à permettre aux propriétaires de déclarer leurs résidences principales et secondaires. Initialement prévue pour réformer les « valeurs locatives » obsolètes, la plateforme a dû être réadaptée à mi-parcours pour répondre aux évolutions fiscales, notamment la suppression de la taxe d’habitation pour les résidences principales.

Cependant, selon la Cour des comptes, ce changement de cap a perturbé la conception de l’outil, aggravée par une gouvernance fragmentée et une coordination inefficace. Dès son déploiement, GMBI a rencontré de multiples problèmes : indisponibilité fréquente du site, lenteur pour les multipropriétaires et surcharge des services fiscaux, mal préparés à gérer l’afflux de demandes. Résultat : une campagne déclarative « chaotique » en 2023, où seuls 73 % des contribuables ont rempli leurs obligations.

Les erreurs de taxation, notamment sur les résidences secondaires, ont alourdi la facture. L’exemple le plus médiatisé concerne des enfants mineurs faussement associés à des résidences secondaires. Mais c’est surtout l’imposition erronée liée à des déménagements non déclarés qui a entraîné des remboursements dépassant 1,3 milliard d’euros.

Une communication et un coût hors de contrôle

La communication autour de GMBI a été un autre point noir. La DGFiP, en privilégiant une approche 100 % numérique, a ignoré les besoins des contribuables âgés ou éloignés d’Internet. Les informations fournies, souvent imprécises, ont accentué la confusion et l’anxiété des propriétaires. Un courrier papier, envoyé tardivement, a également laissé de nombreux usagers dans l’ignorance, compliquant encore leur démarche.

Le coût du projet, estimé initialement à 12,7 millions d’euros, a finalement triplé pour atteindre 37,2 millions, sans compter les 56,4 millions supplémentaires dépensés en mesures d’urgence. La mobilisation de prestataires privés et les primes attribuées aux agents pour pallier les ratés n’ont fait qu’alourdir la facture.

Au-delà des dysfonctionnements techniques, ce fiasco illustre les carences récurrentes de l’État dans le pilotage de ses grands projets numériques. La Cour des comptes appelle désormais à un contrôle renforcé et à une meilleure prise en compte des besoins des usagers pour éviter de reproduire de tels échecs.

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