Invité d’Europe 1 et de CNews ce vendredi 7 mars 2025, le Premier ministre François Bayrou s’est exprimé sur les grands enjeux nationaux et internationaux auxquels la France doit faire face. Entre la montée en puissance de la Russie, la réélection de Donald Trump et les tensions croissantes avec l’Algérie, il défend une ligne alliant fermeté et pragmatisme. Retour sur ses déclarations marquantes.
Le retour de « la loi du plus fort » depuis la guerre en Ukraine
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, le paysage géopolitique a profondément changé. Pour François Bayrou, cette guerre marque un tournant historique, révélant un changement de paradigme dans les relations internationales, avec le passage de « la force de la loi » à « la loi du plus fort ». Selon lui, la Russie, qu’il rappelle être membre du Conseil de sécurité de l’ONU, c’est-à-dire censée être garante de la loi internationale, agit aujourd’hui comme les régimes totalitaires des années 1930 et 1940 en s’emparant de territoires voisins : « Si vous avez l’armée, l’aviation, toutes les menaces que la guerre moderne réunit, alors vous pouvez conquérir le voisin ».
Face à ce constat inquiétant, le Premier ministre adhère à la nécessité de renforcer les capacités militaires de la France, tout en consolidant l’autonomie stratégique de l’Union européenne face à d’éventuelles menaces russes. Il estime en effet qu’avec la hausse des taxes annoncée par Donald Trump sur les produits de ses alliés (Mexique, Canada et Union européenne), la France ne peut plus, ou du moins ne devrait plus, compter sur les États-Unis pour assurer la sécurité du Vieux Continent.
« On ne peut pas partager la dissuasion nucléaire »
Alors que le président Emmanuel Macron a ouvert le débat sur la possibilité d’une protection nucléaire élargie à certains alliés européens, François Bayrou se montre catégorique : « On ne peut pas partager la dissuasion nucléaire ».
Ce dernier s’est voulu rassurant en réaffirmant que « le patron, ça reste le président de la République » et que la décision de recourir à l’arme nucléaire appartient exclusivement à la France.
Donald Trump veut le « renversement des alliances »
Avec le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, François Bayrou s’inquiète d’un « rtenversement des alliances » bouleversant l’équilibre international et contraignant la France ainsi que l’Union européenne à s’interroger : « Un allié qui vous déclare une guerre commerciale et qui prétend annexer des territoires appartenant à des pays libres… Est-il encore un allié ? »
Le Premier ministre pointe du doigt les prises de position radicales de Donald Trump : retrait du soutien à l’Ukraine, velléités d’expansion au Groenland, sur le canal du Panama, Gaza, guerre commerciale avec l’Europe. « Si l’on ne voit pas que ceci est un déstabilisateur de toute la vie de la planète, on ne voit rien », affirme-t-il.
Pour lui, ce désengagement américain doit inciter l’Europe à prendre son destin en main, notamment en matière de défense. « L’Europe doit se défendre elle-même », martèle-t-il, c’est-à-dire être en capacité d’assurer sa sécurité sans dépendre de l’OTAN.
Le financement du réarmement : deux options sur la table
Si l’ensemble de l’échiquier politique s’accorde sur la nécessité de réarmer la France, une question cruciale demeure : comment financer cet effort et avec quels moyens ? Si Emmanuel Macron a évoqué l’idée de mobiliser l’épargne des Français pour soutenir l’augmentation des dépenses militaires, François Bayrou, lui, préfère temporiser et ne pas trancher pour l’instant.
Il faut dire que l’équation s’annonce complexe, car elle doit concilier plusieurs impératifs : porter le budget de la défense à 100 milliards d’euros, éviter d’aggraver la dette publique et ne pas recourir à une hausse des impôts. Pour répondre à ce défi, le Premier ministre envisage deux pistes : un emprunt national ou la création d’un livret d’épargne dédié à la défense. « Rien n’est décidé », a-t-il tenu à souligner, insistant sur la nécessité d’une réflexion approfondie avant toute décision.
Tensions avec l’Algérie : une ligne diplomatique ferme
Autre sujet brûlant : les relations franco-algériennes, qui se sont fortement dégradées après la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.
Le Premier ministre rappelle que la France entretient des « accords privilégiés » avec l’Algérie, mais il dénonce la « politique agressive menée par Alger contre la langue française ». Il accorde un ultimatum de 4 à 6 semaines aux autorités algériennes pour améliorer les conditions de délivrance des laissez-passer consulaires. Si aucune avancée n’est constatée, il a affirmé qu’il pourrait suspendre les accords de 1968, qui encadrent l’immigration algérienne en France.
Pour une grande réforme administrative
Dans un contexte budgétaire tendu, François Bayrou fait de la simplification administrative l’une de ses grandes priorités. Il reconnaît en effet la nécessité de réformer l’État pour éviter d’aggraver encore davantage la dette publique, constatant que les « finances publiques sont dans un état de délabrement » .
Le Premier ministre souhaite mettre « l’usager en situation de décideur » en inversant le fonctionnement actuel : « Ce sont les administrations qui doivent remplir les papiers et les usagers qui doivent contrôler », explique-t-il. Reste à voir de quelle manière cette simplification sera mise en œuvre et quand.



