Le médiateur national de l’énergie vient d’épingler Wekiwi, Primagaz et JPME dans son rapport annuel 2024. Au cœur des critiques : démarchages agressifs, défauts de service et retards de paiement. Des constats récurrents, qui posent la question de la fiabilité des acteurs du marché.
Contrats non sollicités, factures introuvables, producteurs d’électricité non payés : les griefs s’accumulent contre plusieurs fournisseurs d’énergie. Trois d’entre eux viennent de recevoir un carton rouge officiel du médiateur national.
Wekiwi, un fournisseur récidiviste
Le rapport annuel 2024 du médiateur national de l’énergie, Olivier Challan Belval, publié le 19 mai 2025, dresse une nouvelle fois un constat préoccupant : certains fournisseurs continuent d’accumuler les manquements vis-à-vis de leurs clients. Trois d’entre eux, Wekiwi, Primagaz et JPME, ont été formellement sanctionnés pour des pratiques jugées contraires aux intérêts des consommateurs.
Malgré un contexte global légèrement plus apaisé, le nombre de saisines en médiation ayant baissé de 17 % entre 2023 et 2024, ces trois fournisseurs concentrent à eux seuls un grand nombre de litiges graves, révélateurs de dysfonctionnements structurels.
Pour la troisième année consécutive, Wekiwi se voit attribuer un carton rouge. Le rapport évoque notamment des démarchages abusifs, des souscriptions non sollicitées et une opacité tarifaire. Le fournisseur, actif depuis 2020, détient un taux de saisine de 0,81 %, soit 25 fois la moyenne nationale selon les données officielles. Il a d’ailleurs été sanctionné par une amende de 130 000 euros par la DGCCRF.
Le médiateur souligne même que certains clients n’ont jamais reçu de communication sur le prix de leur contrat, malgré des relances. Une situation inacceptable sur un marché aussi sensible que celui de l’énergie.
Primagaz : une migration informatique aux lourdes conséquences
Autre cas mis en cause : Primagaz, fournisseur de gaz de pétrole liquéfié (GPL). Depuis une bascule informatique ratéeà l’automne 2023, de nombreux clients ont rencontré des problèmes graves : factures non envoyées, retards de livraison, service client défaillant. Entre 2023 et 2024, le nombre de saisines le concernant a été multiplié par cinq, passant de 89 à 441.
Et la tendance ne faiblit pas : 200 nouvelles plaintes ont été enregistrées au premier trimestre 2025. Le médiateur rappelle que changer de fournisseur de GPL reste difficile et coûteux, avec des frais de résiliation pouvant dépasser 1500 euros, ce qui limite les marges de manœuvre des clients lésés.
Le troisième fournisseur sanctionné est JPME, qui propose de racheter l’électricité produite par les particuliers via des installations photovoltaïques. Selon le médiateur, l’entreprise est coupable de défauts systématiques de paiement, avec 188 saisines en 2024, et déjà 250 au premier trimestre 2025.
L’entreprise aurait même tenté de détourner les réclamations en renvoyant ses clients vers un autre service de médiation, sans statut officiel. Face à la persistance des dysfonctionnements, le médiateur a demandé le retrait de l’autorisation d’achat pour revente d’électricité de JPME.
Vers un renforcement de la protection des consommateurs ?
Face à ces abus, le médiateur appelle à une évolution législative. Il espère notamment l’interdiction du démarchage téléphonique sans consentement, actuellement examinée par le Parlement.
En 2024, les fournisseurs et gestionnaires de réseaux ont versé plus de 15 millions d’euros aux clients à la suite de la médiation, soit 90 % des recommandations du médiateur. Une preuve de l’efficacité du dispositif, mais aussi de la persistance des litiges.
Pour les consommateurs, une vigilance accrue reste indispensable. Avant de souscrire un contrat, il est possible de consulter le taux de saisine des fournisseurs sur le site du médiateur. Un outil encore trop méconnu, mais essentiel pour faire un choix éclairé sur un marché de plus en plus concurrentiel.

