La question de taxer davantage les plus aisés en France fait régulièrement l’objet de discussions animées sur les politiques fiscales à suivre. Alors qu’Emmanuel Macron, qui préside le pays depuis 2017, s’est montré réticent à augmenter ces taxes pour redresser les comptes publics, le nouveau Premier ministre, Michel Barnier, paraît lui ouvert à l’idée.
L’économie et les impôts en revue
Les chiffres des derniers mois montrent que les Français les plus fortunés ont engrangé 230 milliards d’euros entre mars 2020 et octobre 2021. Ces gains viennent surtout des bénéfices non distribués des entreprises, comme les actions et dividendes. Une étude de l’Institut des politiques publiques, publiée en juin 2023, relève que cette frange de la population est proportionnellement moins taxée que le reste des contribuables.
De plus, l’idée de remettre sur le tapis des impôts visant spécifiquement les personnes fortunées ou certaines entreprises refait parler d’elle. D’après le cinquième baromètre Ademe-Crédoc datant du 23 septembre, 30 % des Français souhaitent voir les revenus élevés être taxés davantage, ce qui pourrait être influencé par la réforme de l’épargne.
Exemples à l’étranger et répercussions
On cite souvent la Norvège dans ce genre de débats. En 2021, suite à la mise en place de nouvelles mesures fiscales, 33 ultrariches ont choisi de s’expatrier en Suisse, illustrant comment une taxation plus forte peut pousser certains à quitter le pays. En France, sous le mandat de François Hollande en 2012, l’introduction d’une tranche à 45 % pour les plus nantis a entraîné une hausse notable du nombre de contribuables soumis à l’impôt sur la fortune (ISF), passant de 555 en 2011 à 907 en 2014.
Pourtant, après l’annonce de la suppression de l’ISF en 2017, on a constaté une baisse des départs, phénomène confirmé en 2018.
Au niveau mondial et idées à l’étude
Sur la scène internationale, le président brésilien Lula milite pour un impôt de 2 % sur la fortune des quelque 3 000 milliardaires dans le monde.
Ici en France, le gouvernement envisage de revoir l’ISF pour éviter que cet impôt ne pousse les plus riches à quitter le pays, une réflexion qui pourrait inclure un impôt minimal différentiel. Edouard Philippe a d’ailleurs déclaré que « les riches quittent la France depuis quinze ans », bien que le lien direct avec l’ISF ne soit pas clairement établi, comme le souligne Thomas Piketty, qui qualifie cette exposition à ce que certains appellent « hémorragie fiscale » de « mensonge factuel ».
Exil fiscal : mythe ou réalité ?
L’exil fiscal est souvent évoqué par ceux qui redoutent le retour de l’impôt sur la fortune. Quelques fiscalistes avancent que plusieurs centaines de milliards d’euros auraient quitté la France pendant quarante ans d’application de l’ISF. Entre 2008 et 2017, malgré un léger solde net moyen de 0,1 %, les départs ont largement été supérieurs aux retours parmi les contribuables français. Depuis que l’ISF a été en partie transformé en Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) en 2018, on remarque une diminution significative du nombre annuel moyen de départs à l’étranger.


