Il est rare qu’une montre accessible suscite une émotion aussi immédiate, presque instinctive. Avec la Tsuyosa revisitée par Seconde/Seconde/, Citizen ne propose pas seulement une variation esthétique : elle ouvre une brèche. Derrière son cadran bleu soleillé, vibrant et profond, se joue une scène inattendue où le temps n’est plus une mesure, mais une matière à questionner, à détourner, à ressentir.
Une collaboration entre horlogerie et irrévérence. La rencontre entre Citizen et Seconde/Seconde/ relève presque du paradoxe. D’un côté, une manufacture japonaise connue pour sa rigueur et sa constance. De l’autre, un artiste français qui s’est fait une réputation en bousculant les codes, parfois avec une ironie mordante. Une anecdote circule parmi les collectionneurs : seconde/seconde/ aurait commencé en modifiant ses propres montres, simplement pour corriger ce qu’il appelait “l’ennui du cadran parfait”. Là où l’horlogerie traditionnelle cherchait l’équilibre absolu, lui voyait une surface trop sage, presque silencieuse. Alors il a décidé d’y introduire du bruit, du récit, du doute. Sur cette Tsuyosa, son intervention prend la forme d’un katana pixelisé, transformant l’aiguille des minutes en geste radical. La lame semble traverser le cadran, trancher les index, perturber la lecture. Mais derrière l’humour apparent, il y a une idée plus profonde : le temps n’est pas toujours fluide ; il peut être heurté, fragmenté, imprévisible.
Un cadran bleu soleillé entre classicisme et rupture. Et pourtant, tout commence par la beauté. Ce cadran bleu soleillé capte immédiatement le regard. La lumière y glisse comme sur une surface d’eau, révélant des nuances changeantes, presque vivantes. Il y a quelque chose d’apaisant dans ce bleu, une profondeur calme, maîtrisée. Puis survient la rupture. Les index, altérés, semblent marqués par le passage du temps… ou par cette lame symbolique. Le contraste est saisissant : d’un côté, la perfection d’un cadran classique ; de l’autre, son altération volontaire. C’est peut-être là que réside l’émotion la plus juste : dans cette tension entre ce que l’on attend d’une montre : précision, lisibilité, harmonie. Et ce qu’elle propose ici : une expérience plus intime, presque narrative. Regarder l’heure devient alors un geste différent. Moins mécanique. Plus conscient.
Une base technique solide au service d’une idée. Sous cette approche artistique, la montre reste fidèle à son socle. Boîtier en acier de 40 mm, lignes intégrées, équilibre sport-chic : la Tsuyosa conserve son identité. Le mouvement automatique maison calibre 8210 assure fiabilité et constance, avec environ 42 heures de réserve de marche. Mais ici, la technique s’efface presque volontairement derrière le propos. Car cette édition limitée de 3 600 pièces, comme les secondes d’une heure, porte une réflexion discrète mais essentielle :mesurer le temps ne suffit pas toujours à le comprendre. Dans un monde où tout s’accélère, où chaque seconde est optimisée, cette montre introduit une forme de résistance douce. Elle rappelle que le temps peut aussi être imparfait, subjectif, parfois même désordonné. Et peut-être est-ce là, finalement, sa véritable élégance :nous inviter à ne plus seulement lire l’heure… mais à l’habiter.


