Le secteur de l’énergie française connaît une accalmie en 2025 avec une baisse de 10% des litiges selon le Médiateur de l’Energie. Malgré cette amélioration globale, certains fournisseurs comme Primagaz et JPME accumulent les dysfonctionnements, tandis qu’Enedis fait face à une dégradation de la qualité de son réseau électrique.
Le secteur de l’énergie enregistre une baisse notable des conflits en 2025
Le marché de l’énergie français traverse une période d’accalmie relative. Selon le rapport d’activité 2025 du Médiateur de l’Energie, publié le mardi 2 juin, les litiges entre consommateurs et fournisseurs ont reculé de 10% par rapport à l’année précédente. Cette embellie, bienvenue après plusieurs années de turbulences, dissimule pourtant des évolutions contrastées qui appellent une lecture attentive.
L’institution indépendante a enregistré 10 475 saisines en 2025, dont 6 545 ont été déclarées recevables, soit un recul de 8% par rapport à 2024. Cette amélioration prolonge une première diminution de 17% observée l’année précédente, confirmant une dynamique de pacification progressive du secteur énergétique français. Deux années consécutives de baisse constituent un signal encourageant, même si les observateurs se gardent de tout triomphalisme.
Une amélioration générale portée par la stabilisation des prix
L’explication centrale de cette décrue tient à l’évolution favorable des prix de gros de l’énergie. Les saisines liées à la contestation des tarifs du gaz et de l’électricité ont chuté de 62%, reflétant le reflux des tensions tarifaires qui avaient cristallisé les mécontentements lors de la crise énergétique de 2022-2023. Le retour à une certaine normalité sur les marchés de l’énergie s’est ainsi traduit, mécaniquement, par un apaisement des relations entre fournisseurs et abonnés.
La généralisation des compteurs communicants Linky constitue un second facteur d’apaisement. Ces dispositifs permettent des facturations plus précises et réduisent les erreurs de relevé qui alimentaient auparavant de nombreux différends. « Cette amélioration ne doit toutefois pas masquer quelques hausses notables de saisines recevables qui appellent à la vigilance », tempère néanmoins le rapport du médiateur, soulignant que la tendance globale ne doit pas occulter des foyers de tension persistants.
Enedis dans la tourmente : qualité du réseau électrique en question
Paradoxalement, alors que le nombre global de litiges s’inscrit en baisse, Enedis fait face à une progression préoccupante des réclamations. Le gestionnaire du réseau de distribution d’électricité voit les saisines le concernant augmenter de 17% en 2025. Comme le relève Selectra, cette dégradation touche trois domaines particulièrement sensibles.
Les problèmes de raccordement ont progressé de 24%, avec 354 saisines enregistrées. Les dysfonctionnements d’ouvrages du réseau augmentent de 11% (210 cas), tandis que les plaintes relatives à la qualité de fourniture s’envolent de 23% (444 dossiers). Ces trois catégories représentent ensemble 15% des saisines recevables et impliquent Enedis dans près de neuf cas sur dix.
« Les efforts affichés par l’entreprise au niveau national ne se traduisent toujours pas par des améliorations concrètes sur le terrain », déplore le Médiateur de l’Energie. Les régions Provence-Alpes du Sud et Île-de-France Ouest sont particulièrement exposées à ces défaillances opérationnelles, qui touchent des millions d’abonnés dans des zones à forte densité de population ou à réseau vieillissant.
Deux cartons rouges révélateurs de pratiques préoccupantes
Pour la deuxième année consécutive, le médiateur a attribué des sanctions symboliques à deux acteurs du marché de l’énergie : Primagaz et JPME. Comme le souligne Que Choisir, ces « cartons rouges » témoignent de la persistance de dysfonctionnements graves dans certains segments du secteur, malgré l’amélioration d’ensemble.
Primagaz, fournisseur de gaz de pétrole liquéfié (GPL), concentre les critiques les plus sévères. L’entreprise a généré 638 saisines en 2025, dont près de 500 déclarées recevables. Ses difficultés remontent à fin 2023, période de déploiement d’un nouveau système de facturation qui a provoqué des dysfonctionnements en cascade : des clients non facturés pendant plusieurs mois, des factures de rattrapage excessives engendrant de véritables chocs tarifaires, des prélèvements automatiques bloqués, et un service clientèle défaillant incapable de traiter les réclamations dans des délais raisonnables. MoneyVox rappelle que le nombre de litiges concernant Primagaz a été multiplié par cinq en deux ans, une trajectoire que l’institution juge particulièrement alarmante. « C’est le cas le plus préoccupant », confirme Bernard Doroszczuk, le Médiateur de l’Energie.
JPME, opérant sous l’enseigne de la société Actelios Solutions et spécialisée dans l’achat de production d’électricité photovoltaïque des particuliers, illustre les dérives auxquelles peut conduire un modèle commercial mal maîtrisé dans le secteur des énergies renouvelables. Cette entreprise concentre à elle seule 80% des litiges liés au photovoltaïque en 2025, avec 621 saisines enregistrées, soit plus du double par rapport à 2024.
Attirés par des tarifs de rachat attractifs et un dispositif de « batterie virtuelle », parfois assorti de frais d’entrée atteignant 800 euros, de nombreux producteurs particuliers ont été confrontés à un « défaut de paiement quasi généralisé ». Le médiateur dénonce également des modifications unilatérales et trompeuses des prix de rachat, opérées une fois les frais d’entrée encaissés, pratique qui relève d’une forme de captation déloyale. Le Figaro souligne que cette situation a conduit le ministère de l’Économie à retirer, début 2026, l’autorisation d’achat dont bénéficiait JPME, entraînant le basculement forcé de ses anciens clients vers EDF ou des distributeurs de dernier recours. La fin annoncée de 100 000 contrats solaires sous obligation d’achat fait craindre une explosion future des litiges dans ce secteur en pleine expansion.
La fraude aux compteurs Linky explose
Un phénomène émergent inquiète particulièrement le médiateur : la multiplication des fraudes aux compteurs Linky. Les saisines recevables liées à ces pratiques illégales ont été multipliées par quatre en 2025. Si le Médiateur de l’Energie confirme la réalité technique de ces fraudes dans plus de neuf cas sur dix, il critique vivement la lenteur de réaction d’Enedis. Des fraudes détectées dès 2022 ou 2023 n’ont été traitées qu’en 2025, révélant des lacunes profondes dans les procédures de surveillance et de redressement. La procédure de récupération financière pour l’énergie non payée est jugée « pas suffisamment robuste » par l’autorité de médiation, un constat qui engage la responsabilité du gestionnaire de réseau devant l’ensemble de la collectivité.

