« C’est fini. C’est derrière nous. » Le 22 juillet 2026, en marge de la présentation des résultats semestriels de Dassault Aviation, le PDG Éric Trappier a officialisé ce que Paris et Berlin avaient acté un mois plus tôt : la fin du programme NGF, le chasseur de nouvelle génération franco-allemand, et de la coopération avec Airbus qui lui était associée. L’arrêt contractuel et juridique du SCAF avait été notifié quelques jours seulement avant cette déclaration.
Ce dénouement, brutal dans sa formulation, était préparé de longue date. Deux fractures avaient paralysé le programme : Dassault réclamait la responsabilité industrielle principale sur le chasseur habité, quand Airbus Defence & Space, représentant les intérêts allemands et espagnols, exigeait une parité stricte.
Et au fond, les besoins des deux pays ne se recouvraient pas. Le chancelier Friedrich Merz l’avait dit sans détour dans un podcast en février 2026 : « Les Français ont besoin d’un avion capable de transporter des armes nucléaires et d’opérer à partir d’un porte-avions. Ce n’est pas ce dont nous avons besoin dans l’armée allemande. » Neuf ans de négociations, aucun prototype.
Paris relance seul, sur trois étages
Trappier s’est dit prêt à travailler avec des partenaires, à condition qu’ils acceptent le cadre des exigences françaises. Selon des informations rapportées par FlightGlobal, Dassault Aviation a annoncé lors de la même présentation semestrielle que « des discussions sont en cours avec l’État français pour lancer une alternative, soit sur une base purement française, soit en coopération, d’un démonstrateur pour un futur appareil de combat ». L’objectif affiché : faire voler ce démonstrateur en 2031 ou 2032.
La trajectoire française post-SCAF repose sur trois éléments. D’abord le Rafale F5, dont le lancement a été officialisé par le ministère des Armées en octobre 2024 et dont l’entrée en service est prévue à partir de 2033, pour une maturité opérationnelle visée autour de 2035. Ensuite un drone de combat lourd, associé à ce standard. Enfin un appareil désigné sous le nom de Super-Rafale, successeur à plus long terme.
Pour financer le F5 sans attendre, une décision budgétaire a été prise : 20 Rafale destinés aux forces françaises, initialement prévus en 2031-2032, seront livrés en 2033-2034. Ce report libère des marges pour développer le nouveau standard et le drone qui l’accompagnera.
Le 2 juin 2026, la Direction générale de l’armement a signé avec MBDA le contrat de développement de l’ASN4G, missile nucléaire hypersonique de quatrième génération destiné à remplacer l’ASMPA-R actuel. Le Rafale F5 en sera le porteur désigné, pour les Forces aériennes stratégiques et la composante aéronavale de la dissuasion, à l’horizon 2035.
La DGA ne communique pas sur les performances de l’arme, mais confirme officiellement une finalité : rendre le missile impossible à intercepter par les systèmes de défense antimissile les plus modernes.
Le F5 intégrera par ailleurs un nouveau radar, des capacités accrues de fusion de données et des briques d’intelligence artificielle souveraine, développées notamment via le partenariat Dassault-Thales lancé en novembre 2025 et l’investissement de Dassault dans Harmattan AI début 2026, dans le cadre d’une levée de fonds de 200 millions de dollars.
La dimension souveraine de cette IA n’est pas un choix marketing : les algorithmes et les données d’entraînement ne peuvent dépendre d’aucun fournisseur extérieur, contrainte imposée par la doctrine nucléaire française.
Le moteur suivra : au Salon du Bourget 2025, Safran a lancé le M88 T-REX, une version portée à neuf tonnes de poussée en postcombustion, soit environ 20 % de plus que le M88 actuel, pour absorber l’alourdissement prévu de l’appareil.
Sur la question du cloud de combat, l’autre pilier du SCAF, Trappier a été expéditif : « Cloud de combat ? Je ne sais pas ce que cela veut dire ! En revanche, il y aura une interopérabilité entre les avions français et les avions des pays avec lesquels la France est alliée. »
Cette ambition nationale a un coût. Les Émirats arabes unis, client historique du Rafale depuis le contrat de 80 appareils signé en 2021, ont renoncé à participer au financement du F5, selon plusieurs sources de presse spécialisée concordantes. Le schéma envisagé aurait représenté environ 3,5 milliards d’euros sur un total de développement estimé à cinq milliards.
Paris a refusé de céder sur les systèmes optiques avancés, les outils de brouillage électronique et les logiciels critiques. La France finance donc seule une facture nettement plus lourde que prévu, dans une LPM révisée portant l’enveloppe de défense 2024-2030 à 436 milliards d’euros, après un rehaussement de 36 milliards annoncé en 2026.







