Sylvie Ouziel : « Pour Blue Bridge Group AI, fini l’IA gadget : place au ROI »

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Sylvie Ouziel | journaldeleconomie.fr

Sylvie Ouziel est présidente de Blue Bridge Group société spécialisée dans le déploiement opérationnel de l’intelligence artificiel. Elle est diplômée de Central Paris et  a été dirigeante de différentes sociétés comme Accenture ou Allianz. Dans cet entretien exclusif avec le JDE elle nous sa vision de l’implémentation de l’IA dans les entreprises pour qu’elle crée rapidement une valeur mesurable. 

Depuis 2 ans, l’intelligence artificielle s’est invitée dans toutes les entreprises. Mais concrètement, est-ce que cela a vraiment changé leurs performances ?

Sylvie Ouziel : Pas pour l’immense majorité des entreprises. Beaucoup sont restées au stade des POC, sans impact réel. D’autres ont assimilé l’IA à des copilotes ou assistants déployés largement, en reproduisant les usages du grand public. Cela génère parfois un gain de productivité isolé, mais rarement des gains tangibles à l’échelle de l’entreprise. Par ailleurs, en privilégiant une facturation de l’IA à l’usage, cela fini par couter cher sans économies en face. Les success stories existent, mais elles restent rares et reposent sur une approche très différente.

Vous défendez une approche très centrée sur le retour sur investissement. Pourquoi est-ce devenu, selon vous, le vrai sujet ? Et est-ce que certaines entreprises investissent aujourd’hui dans l’IA sans idée de ROI ?

Sylvie Ouziel : Les POC ou les déploiements massifs d’outils génériques pour un nombre important de collaborateurs ne produisent pas de ROI tangible.  Les entreprises qui « pensent ROI » et réussissent partent d’un enjeu business : gains de productivité significatifs, nouveau marché, optimisation de coûts (transport, staffing des équipes de services…), amélioration de la relation client ou aide à la décision. L’IA générative ou agentique est une brique utile pour traiter des contenus (lire des contrats complexes, des factures, écouter des conversations, générer des réponses, produire des vidéos…) comme un humain l’aurait fait, mais elle doit être ensuite optimisée, intégrée aux systèmes et aux processus de l’entreprise pour réellement remplacer un utilisateur humain dans une tâche administrative quand elle est rébarbative ou l’épauler dans des tâches complexes et stratégiques. C’est cette intégration qui crée le ROI.

À l’inverse, qu’est-ce qui distingue une entreprise qui réussit vraiment à créer de la valeur avec l’IA ?

Sylvie Ouziel : L’approche gagnante est d’identifier une opportunité métier : comme optimiser le planning des équipes, ou automatiser le rapprochement de factures ou la relance client. Puis de passer à l’acte rapidement de manière pragmatique pour générer un retour sur investissement concret qui finance le projet et les suivants. Ces entreprises ne perdent pas de temps à spéculer sur le meilleur processus ou à imaginer ce que l’IA peut faire ou non mais elles passent à l’acte de manière pragmatique, avec un cadre business, stratégique et technique (en s’intégrant dans les systèmes actuels avec une approche industrielle). Elles n’attendent pas des conditions parfaites en termes de data ou de SI, car les « pré-requis » ne seront jamais réunis et ne sont, de toute manière, pas nécessaires. En résumé, l’IA ne génère de ROI que si l’on s’en sert, si elle est mise en production sur des usages ciblés et intégrée dans les opérations avec une approche industrielle.

Vous insistez sur le fait que l’IA ne doit pas seulement “aider”, mais transformer concrètement l’activité. Qu’est-ce que cela change dans le quotidien des entreprises ?

Sylvie Ouziel : On assiste à une transformation profonde des métiers tertiaires. Des tâches administratives complexes (comptabilité, gestion de sinistres, analyse de contrats) peuvent désormais être réalisées de bout en bout avec une forte fiabilité, une exécution rapide et une capacité à absorber les pics d’activité.nLes tâches d’optimisation (planification d’équipes, logistique) peuvent aussi être automatisées en combinant de la lecture documentaire et des calculs complexes. Une supervision humaine finale peut rester nécessaire, mais une grande partie du travail peut être prise en charge par des systèmes d’IA intégrés.

Votre parcours dans de grands groupes internationaux vous donne une vision assez large. Est-ce que les grandes entreprises sont mieux armées que les autres… ou pas forcément ?

La taille de l’entreprise ou son secteur ne sont pas décisifs. Ce qui compte, c’est l’existence d’un enjeu business clair. Qu’il s’agisse d’un acteur de l’externalisation, d’un hôpital ou d’une entreprise de services, l’IA est avant tout un outil au service d’un objectif qui déverrouille des possibilités d’automatisation et d’optimisation qui n’étaient pas disponibles auparavant. C’est l’ambition et la capacité à agir qui font toute la différence, plus que les moyens.

Vous avez lancé Blue Bridge Group AI avec un modèle différent, engagé sur les résultats. Pourquoi avoir voulu bousculer les approches traditionnelles ?

Dès 2022, nous avons considéré l’IA générative comme une technologie B2B nécessitant une forte intégration aux systèmes.  Les initiatives actuelles des grands acteurs (Palantir, Anthropic, OpenAI) vont dans ce sens, mais restent partielles : aucune solution unique ne peut couvrir tous les besoins d’une entreprise et encore moins au meilleur prix. Il faut combiner et arbitrer différentes briques technologiques, en tenant compte des coûts et des contraintes réglementaires. Par ailleurs, les modèles traditionnels d’intégration restent lourds et coûteux, en décalage avec les gains d’efficacité permis par l’IA. Blue Bridge a été conçue nativement dans cet environnement : équipes expertes, structure légère, focalisation sur des cas d’usage industrialisés, déployés à l’échelle et générant un impact mesurable. Les entreprises sont toutes en recherche de ROI aujourd’hui, et grâce à cette approche nous sommes en capacité de nous engager sur les résultats.

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