La Banque centrale européenne a retenu 36 prestataires de services de paiement pour conduire un pilote de l’euro numérique. Ces établissements ont été sélectionnés parmi 50 candidats et testeront une version bêta de la monnaie numérique à partir du second semestre 2027, pour une durée de douze mois.
La liste mêle banques traditionnelles et fintechs : on y trouve Deutsche Bank, le groupe BPCE (seul acteur français retenu), Revolut, Stripe, SumUp, Worldline ou encore la Banca Monte dei Paschi. L’Italie est le pays le plus représenté avec sept établissements sélectionnés, l’Allemagne en compte cinq.
Durant le pilote, le personnel des banques centrales de l’Eurosystème pourra effectuer des paiements entre particuliers, régler des achats en magasin ou en ligne, auprès de commerçants sélectionnés pour l’occasion. L’objectif : vérifier que le système tient la charge, reste simple à utiliser et peut fonctionner à grande échelle avant toute décision politique de lancement.
Une mise en circulation conditionnée à un accord législatif
Si les tests s’avèrent concluants, l’euro numérique ne sera pas accessible aux citoyens pour autant. La BCE a été claire : aucune émission ne pourra être décidée sans l’adoption définitive du cadre législatif européen. La mise en circulation effective n’est pas attendue avant 2029, et uniquement dans les 21 pays utilisant l’euro.
Le Parlement européen a toutefois voté en faveur de la phase d’expérimentation, à près de 70 % des suffrages. Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE, y a vu une légitimation forte : « Le Parlement représente les citoyens européens et il donne une légitimation très forte au projet », cite Ouest France.
Il a ajouté que ce processus démocratique avait permis d’entendre commerçants, citoyens, banques et banques centrales hors zone euro. Cipollone a précisé avoir aussi écouté ceux qui avaient voté contre, motivés principalement par des inquiétudes sur la confidentialité et la crainte d’une surveillance de type « Big Brother ».
Sur ce point, Cipollone a été précis : « Quand vous paierez hors ligne, l’euro numérique apportera une confidentialité similaire à celle des espèces : la transaction ne sera connue que de la personne qui paie et de celle qui reçoit le paiement. Et même quand vos paiements se feront à travers une connexion internet, la banque centrale ne saura pas que c’est vous qui les avez réalisés. »
Une infrastructure pour s’affranchir de Visa et Mastercard
L’euro numérique est une monnaie de banque centrale, au même titre que les billets et les pièces. Il ne viendra pas remplacer les espèces, mais les compléter pour les usages numériques. Ce que la BCE met en avant, c’est l’indépendance : en juillet 2026, une grande partie des paiements électroniques en Europe transite par des réseaux américains, Visa et Mastercard. L’euro numérique vise à offrir une alternative entièrement européenne, dans un secteur qualifié de hautement stratégique.
La BCE avance également un argument d’inclusion : environ 4 millions d’Européens sans compte bancaire pourraient bénéficier du dispositif, accessible gratuitement. Parmi les acteurs sélectionnés, Revolut a confirmé sa participation, en mettant en avant son infrastructure « opérant dans les 27 États membres de l’Union européenne ».
Les 27 États membres doivent encore s’accorder sur les dernières modalités avant le démarrage du test, prévu après la date de génération de cet article.





