SpaceX a publié hier soir des résultats qui, sur le papier, ressemblent à un triomphe : 7,81 milliards de dollars de revenus au deuxième trimestre 2026, soit une progression de 92% en un an. Pourtant, l’action a immédiatement chuté de 7% en séance prolongée, prolongeant une dégringolade de 42% depuis son pic de juin. Comment expliquer qu’une bonne nouvelle financière provoque une telle sanction boursière ? La réponse tient en un chiffre : 18,4 milliards de dollars. C’est le montant des dépenses en capital englouties par l’entreprise d’Elon Musk au même trimestre, un niveau qui terrifie les investisseurs malgré la croissance spectaculaire des revenus.
Les bons résultats qui ne rassurent personne : décryptage
Lorsqu’une entreprise cotée publie ses comptes trimestriels, les analystes de Wall Street comparent les chiffres réels aux prévisions qu’ils avaient formulées. SpaceX a dépassé les attentes sur le chiffre d’affaires : 7,81 milliards contre 6,93 milliards attendus. La perte nette s’est également réduite à 541 millions de dollars, contre un milliard un an plus tôt. Sur ces deux indicateurs, SpaceX bat donc les pronostics. Mais les marchés financiers ne se contentent jamais d’un seul angle de lecture. Ils scrutent aussi la trajectoire future, la rentabilité opérationnelle et surtout la capacité de l’entreprise à transformer ses revenus en profits durables.
7,81 milliards de revenus : pourquoi Wall Street ne crie pas victoire
La croissance de 92% impressionne, mais elle masque une réalité plus complexe. Une entreprise peut multiplier ses ventes tout en creusant ses pertes si ses coûts augmentent plus vite que ses recettes. Dans le cas de SpaceX, la division IA a enregistré une perte opérationnelle de 1,26 milliard de dollars au deuxième trimestre. Les activités spatiales traditionnelles restent également déficitaires. Seul Starlink génère des bénéfices. Résultat : malgré 7,81 milliards de revenus, l’entreprise affiche toujours une perte nette de 541 millions. Pour un investisseur, la question cruciale devient : quand SpaceX basculera-t-elle dans le vert de manière durable ?
Les dépenses en capital qui expliquent tout
Les dépenses en capital, ou capex (capital expenditures), désignent les investissements réalisés pour construire des infrastructures, acheter des équipements ou développer de nouvelles capacités productives. SpaceX a dépensé 18,4 milliards de dollars en capex au deuxième trimestre 2026, contre moins de 3 milliards un an auparavant. Cette explosion s’explique principalement par la construction de data centers spatiaux et d’infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle. Bret Johnsen, directeur financier de SpaceX, justifie ces montants en affirmant : « Tous les capex ne se valent pas. Sur le segment du calcul IA, nous déployons des capitaux avec un retour sur investissement inférieur à un an. » Mais les investisseurs restent sceptiques face à des promesses qui tardent à se concrétiser dans les comptes.
Voici la distinction fondamentale que tout investisseur doit maîtriser : le chiffre d’affaires mesure ce qu’une entreprise vend, le profit mesure ce qu’elle gagne réellement après avoir payé toutes ses charges. SpaceX illustre parfaitement cette différence. Avec 7,81 milliards de revenus mais 541 millions de pertes, l’entreprise prouve qu’on peut vendre beaucoup tout en perdant de l’argent. Les 18,4 milliards de capex ne figurent pas directement dans le compte de résultat, mais ils pèsent sur la trésorerie disponible. Pour financer ces investissements pharaoniques, SpaceX a levé 86 milliards lors de son introduction en Bourse en juin, le plus grand IPO de l’histoire. Mais cette manne s’épuise rapidement au rythme actuel des dépenses.
Starlink sauve la mise : le seul segment profitable
Au milieu de ce tableau contrasté, Starlink brille comme l’unique source de rentabilité. La constellation de satellites d’internet par orbite basse a généré 4,29 milliards de dollars de revenus au deuxième trimestre, avec un bénéfice opérationnel de 1,66 milliard. Le nombre d’abonnés a doublé en un an pour atteindre 12 millions. Elon Musk ne cache pas ses ambitions : « Il n’est pas exclu qu’à un moment donné, Starlink fournisse la majorité de l’internet mondial », a-t-il déclaré lors de la présentation des résultats. L’intégration de Starlink dans les véhicules Tesla illustre d’ailleurs cette stratégie d’expansion tous azimuts. Mais Starlink peut-il financer indéfiniment les pertes abyssales des divisions spatiales et IA ?





