Donald Trump a signé, vendredi 13 octobre 2026, un décret présidentiel suspendant un vaste programme de sanctions visant l’économie russe. Le président américain a indiqué au Congrès que cette mise en pause d’une législation pourtant votée par les deux chambres répondait à l’intérêt national des États-Unis, rapporte The Guardian. Le texte prévoit une dérogation à de nombreuses sanctions, restrictions et droits de douane qui devaient frapper Moscou.
La loi suspendue, le « Lindsey O. Graham Sanctioning Russia and Iran Act of 2026 », porte le nom du défunt sénateur de Caroline du Sud. Trump l’avait lui-même promulguée en septembre, après son adoption par le Congrès dans un rare geste de consensus bipartisan.
Le texte visait à accélérer les restrictions sur les flux financiers qui alimentent la guerre russe contre l’Ukraine, laquelle dure depuis quatre ans et demi. Il prévoyait de sanctionner des responsables russes, dont Vladimir Poutine, des banques russes, ainsi que la flotte fantôme de pétroliers utilisée par Moscou pour contourner les embargos.
La loi imposait aussi jusqu’à 100 % de droits de douane aux cinq premiers importateurs de pétrole ou de gaz russes, au premier rang desquels la Chine et l’Inde.
La mise en œuvre des sanctions était prévue deux jours après la signature du décret, vers le 15 octobre. Trump disposait jusqu’au 18 octobre pour les imposer ou en dispenser la Russie. Le secrétaire d’État Marco Rubio a précisé que la suspension durerait 60 jours, le temps pour l’administration d’évaluer l’effet des sanctions sur l’économie américaine et mondiale.
Des élus des deux bords dénoncent la mesure
Le sénateur Richard Blumenthal, co-rédacteur du texte, a dénoncé dans un communiqué une décision qui tourne le dos à « la majorité des Américains, leurs représentants dans les deux chambres du Congrès, et nos alliés européens ». Il a accusé Trump d’agir pour complaire à Vladimir Poutine plutôt que pour la sécurité nationale, affirmant que ces dérogations n’avaient rien à voir avec la sécurité nationale américaine et tout à voir avec le fait de flatter Vladimir Poutine.
La critique dépasse les lignes partisanes. Le sénateur du Texas Ted Cruz, pourtant allié de Trump, a jugé que la décision était une erreur lors d’un entretien à Fox News. Son collègue texan John Cornyn l’a qualifiée d’irresponsable, tandis que le sénateur de Caroline du Nord Thom Tillis a estimé qu’elle allait au-delà de l’irresponsable, accusant l’administration de rendre service à Poutine.
Côté démocrate, le représentant de Virginie Don Beyer a accusé Trump de capituler face à Moscou et de tourner le dos à Kiev.
Zelensky dénonce une décision regrettable
Le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy a jugé regrettable la décision américaine d’ignorer complètement le Lindsey Graham Act. Il a déclaré samedi 17 octobre sur les réseaux sociaux qu’une décision avait malheureusement été prise en Amérique d’ignorer complètement le Lindsey Graham Act, qui était censé imposer une pression véritablement efficace sur la Russie pour mettre fin à cette guerre.
Il a appelé ses soutiens à défendre publiquement les sanctions et averti que la pause encouragerait Moscou à poursuivre son offensive, estimant que limiter la capacité de riposte de l’Ukraine n’apporterait pas la paix. Dans des extraits audio destinés aux journalistes, il a ajouté espérer que Trump fasse tout son possible pour que Poutine arrête les tueries et cesse les attaques contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes.
Une nuit de frappes meurtrières en Ukraine
La suspension intervient alors que la Russie a mené, dans la nuit du 16 au 17 octobre, une frappe que Zelensky a qualifiée de massive contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes, visant plus de 15 sites à travers le pays. Les attaques ont tué au moins quatre personnes, dont un conducteur d’ambulance dans la région de Kherson, où 33 autres ont été blessées par des bombes guidées.
Trois personnes sont mortes à Sloviansk, où deux immeubles résidentiels ont été partiellement détruits. L’armée de l’air ukrainienne a recensé quatre missiles de croisière et 332 drones d’attaque lancés par la Russie dans la nuit ; tous les missiles et 289 drones ont été interceptés ou détruits.
Kiev a répliqué par ses propres frappes de drones. Une femme a été tuée dans la région frontalière russe de Belgorod, tandis que Moscou affirme avoir abattu 610 drones ukrainiens au-dessus de 15 régions, de la Crimée annexée et de la mer Noire.
Plus de 350 vols ont été annulés ou retardés dans les aéroports de la capitale russe, et le maire de Moscou, Sergei Sobyanin, a annoncé plus de 100 drones abattus en direction de la ville.
L’accord sur le diesel russe, en toile de fond
Cette suspension des sanctions fait suite à un autre revirement. Une semaine plus tôt, le 6 octobre, Trump avait annoncé l’achat par les États-Unis de diesel russe pour faire baisser les prix mondiaux de l’énergie : plus de 300 000 tonnes immédiatement, 500 000 tonnes supplémentaires en novembre, puis un million de tonnes immédiatement après.
Une douzaine de sénateurs, dont six républicains, avaient demandé dans une lettre datée du 10 octobre l’annulation de cet accord. L’émissaire présidentiel russe Kirill Dmitriev a salué sur les réseaux sociaux la suspension des sanctions, la qualifiant de moment important et véritablement historique.
Les tensions entre Washington et Kiev sont aussi nourries par des soupçons, non confirmés, selon lesquels l’administration Trump retiendrait des renseignements sur les tirs de missiles balistiques russes entrants et aurait bridé Starshield, la version militaire de Starlink, pour empêcher son usage sur des drones volant à plus de 161 km/h. Trump a nié avoir délibérément ralenti le réseau ainsi que toute rétention de renseignement.
Le Kremlin a annoncé samedi que Vladimir Poutine avait approuvé un programme gouvernemental destiné à aider à la restauration des installations commerciales et logistiques endommagées par les attaques de drones ukrainiennes.







