Alimentation : la Banque mondiale alerte sur une flambée des prix

La Banque mondiale prévoit une hausse de 18 % des prix de l’alimentation entre 2025 et 2027, dans un contexte de flambée générale des matières premières (+23 % en 2026).

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Alimentation : la Banque mondiale alerte sur une flambée des prix © journaldeleconomie.fr

La Banque mondiale tire la sonnette d’alarme. Selon son dernier rapport publié ce mardi 28 octobre 2026, les prix de l’alimentation devraient bondir de 18 % entre 2025 et 2027. Une hausse vertigineuse qui s’inscrit dans un contexte plus large : les matières premières mondiales enregistreront une augmentation de 23 % en 2026, portée par une flambée de 32 % des prix de l’énergie.

Qu’est-ce qui provoque cette hausse des prix de l’alimentation ?

Rarement les marchés des matières premières ont subi autant de pressions en même temps. « Le marché des produits de base a été touché par plusieurs chocs majeurs en même temps », résume Ayhan Kose, chef économiste adjoint de la Banque mondiale et directeur du Prospects Group. Trois facteurs se conjuguent pour créer ce que les économistes appellent une tempête parfaite. D’abord, les conflits géopolitiques au Moyen-Orient ont provoqué une chute des livraisons de pétrole de 5,2 %, la plus forte baisse en 40 ans hors période de récession. Ensuite, les perturbations en mer Noire continuent d’entraver les exportations de céréales. Enfin, El Niño, phénomène climatique exceptionnel, menace les récoltes mondiales.

El Niño, Moyen-Orient, mer Noire : comment ces trois facteurs se combinent

L’enchaînement est redoutable. Le conflit lancé en février 2026 par Israël et les États-Unis contre l’Iran a fait grimper le baril de Brent de 69 dollars en 2025 à une prévision de 91 à 92 dollars en 2026. Parallèlement, les routes d’approvisionnement en céréales depuis l’Ukraine restent fragiles, limitant l’offre mondiale de blé et de maïs. À cela s’ajoute El Niño, qui perturbe les précipitations en Asie du Sud-Est et en Amérique latine, deux régions clés pour la production de riz, de soja et de café. La Banque mondiale s’attend à une flambée des prix justement à cause de cette convergence inédite.

Les matières premières augmentent de 23 %, vos courses augmentent de 18 %

L’écart entre 23 % et 18 % peut sembler contre-intuitif. En réalité, l’inflation alimentaire ne reflète pas uniquement le coût des matières premières brutes. Elle intègre la transformation, le transport, la distribution et la marge commerciale. Lorsque le blé augmente de 20 %, le pain ne grimpe pas mécaniquement du même pourcentage. Les distributeurs absorbent une partie de la hausse pour rester compétitifs, tandis que les industriels optimisent leurs processus. Néanmoins, 18 % reste une augmentation massive qui pèsera lourdement sur le pouvoir d’achat, notamment dans les pays où l’alimentation représente 40 à 60 % du budget des ménages.

L’effet en cascade : de l’énergie (+32 %) à l’alimentation (+18 %)

L’énergie constitue le premier maillon de la chaîne. Avec une hausse de 32 % prévue en 2026, le coût du carburant pour les tracteurs, les camions de livraison et les usines de transformation explose. Les engrais, fortement dépendants du gaz naturel, devraient augmenter de 14 % en 2026. Résultat : chaque étape de la production agricole devient plus coûteuse. Les prix des métaux bondissent également de 25 %, renchérissant les équipements agricoles et les infrastructures de stockage. L’effet domino se propage jusqu’au consommateur final, qui voit ses factures gonfler inexorablement.

Pourquoi 40 millions de personnes risquent de basculer dans la pauvreté

Les pays à faibles revenus subissent un double choc. Non seulement ils importent massivement pétrole et denrées alimentaires, mais ils croulent sous une dette publique écrasante. Lorsque les prix mondiaux s’envolent, leurs déficits courants explosent, leurs devises se déprécient et l’inflation locale s’emballe. La Banque mondiale estime qu’une aggravation des conflits combinée à des chocs climatiques pourrait faire basculer plus de 40 millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté. « La priorité doit être donnée à la protection des populations les plus pauvres et au soutien des pays à faibles revenus, qui doivent déjà faire face à une dette qui pèse lourd », insiste Ayhan Kose.

L’aide de la Banque mondiale : 8,7 milliards, est-ce suffisant ?

Face à l’urgence, l’institution a mobilisé 8,7 milliards de dollars d’aides et de prêts concessionnels au profit de 25 pays touchés par les répercussions du conflit au Moyen-Orient. Mais cette somme paraît dérisoire au regard des besoins. Pour un pays comme le Bangladesh ou le Kenya, quelques centaines de millions permettent à peine de subventionner temporairement le pain ou le riz.

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