Journal de l'économie

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Bienvenue au 21e siècle ! (3)





Le 6 Juillet 2022, par Olivier de Maison Rouge

Cette contribution s’inscrit dans une large réflexion sur la place de l’Europe dans le monde qui se dessine.


Bienvenue au 21e siècle ! (3)
La première partie évoquait la guerre hybride à l’œuvre dans les nouveaux rapports de puissance : www.journaldeleconomie.fr/Bienvenue-au-21e-siecle%E2%80%89-1_a11199.html
La deuxième partie revenait sur les fondements de l’Europe millénaire pour aboutir à une technostructure sous influence www.journaldeleconomie.fr/Bienvenue-au-21e-siecle--2_a11297.html
 
Nous abordons ici la question de l’Europe à l’épreuve des tensions géopolitiques.
 
« On voit donc de reformer deux blocs à l’est et à l’ouest qui font inévitablement penser à la guerre froide. Seulement, l’histoire ne se répète pas, elle bégaie. Aujourd’hui, la rupture entre les blocs est beaucoup moins nette et les alternatives largement plus nombreuses. Si on assiste bel et bien à la mort du doux commerce, avec toutes les limites que ce concept comportait déjà, une diversité d’acteurs (États, entreprises, particuliers) disposera d’une plus grande liberté pour éviter la confrontation. » [1]
 
Bloc contre bloc
 
Depuis la première crise ukrainienne (2013-2014), largement instrumentalisée à son origine, la Russie a été rejetée vers l’Asie. Depuis lors, avec le coup de force de février 2022, toute velléité de puissance continentale de Brest à Vladivostok se trouve réduite à néant.
 
Sans aller vers un axe Paris-Berlin-Moscou, au moins à titre d’alliance de revers (le principe « Westphalien » demeurant toujours d’actualité), néanmoins il appartiendra ultérieurement à la France de réparer ce lien d’amitié historique et économique qu’elle avait auparavant noué avec la Russie plusieurs siècles durant. Mais ce travail est ardu et nécessite de recréer un climat de confiance dans le temps, ce qui n’est pas acquis à ce jour compte tenu de l’agression de l’Europe par l’ours russe. Les conditions ne sont pas réunies à ce jour, c’est une évidence, et entretemps il ne faudrait pas que la Russie ne soit définitivement arrimée à la Chine.
 
Ainsi, ce qui était alors quasi impensable durant la guerre froide – qui était un glacis – s’est réalisé dans la stupeur en 2022. Cette année décisive et malheureuse à bien des égards aura sans conteste marqué la fin d’un absurde 21e siècle qui n’en finissait pas de s’achever.
 
L’heure est désormais à la déglobalisation, et sans doute à un monde moins euro-centré, ce qu’il convient d’accepter.
 
Ce monde reste et demeurera interconnecté quoi qu’on en dise. Les ponts ne seront pas coupés du jour au lendemain. En revanche, il est certain que chaque pays va davantage se doter d’une doctrine de sécurité nationale, œuvrant à limiter les dépendances, énergétiques, industrielles, numériques, militaires, etc. Cela avait déjà été une des leçons de la crise sanitaire Covid-19.
 
 
Une Europe morcelée
 
À la lueur de ces nouvelles perspectives, l’Europe est de toute évidence à la croisée des chemins.
 
Son Brexit consommé, la Grande-Bretagne se désarrime de l’Europe, pour se tourner vers Commonwealth, sa sphère naturelle d’influence, liée au monde anglo-saxon (et five eyes du renseignement). Ce faisant, elle renoue avec ses relations privilégiées nées au 19e siècle. Mais c’est sans compter avec la rivalité ancestrale née avec la Chine, depuis la guerre de l’Opium et le statut de Hong-kong. Dès lors, cette puissance thalassocratique va inévitablement se heurter aux intérêts de l’Empire du Milieu et va dorénavant se retrouver très exposée dans des zones de frictions de haute intensité. Ce sera là très certainement l’une des tensions à venir de ce début du 22e siècle. Ces accrochages seront instrumentalisés et exploités par les États-Unis d’Amérique, tout à leur stratégie d’endiguement.
 
Et effectivement, ce n’est rien de dire que la Chine monte incontestablement en puissance, tissant sa nouvelle route de la soie (qu’elle nomme en réalité « ceinture », c’est tout dire) vers l’Europe, à coup d’investissements en infrastructures plus conséquents encore que ne furent ceux du Plan Marshall. Elle tient sa revanche sur l’Histoire, tandis que les États-Unis d’Amérique renforcent de manière très défensive leur domination sur l’Europe de l’Est, d’une part, et la relance de la négociation des accords de libre-échange transatlantiques, d’autre part.
 
Dès lors, quelle est la place d’une Europe divisée, délibérément privée de vision stratégique et prise en étau entre deux blocs rivaux ?
 
Bien que le terme de « Renaissance » ait été imposé, c’est davantage un néo Moyen-Âge dans lequel l’Europe va être plongée. Loin d’être un corps monolithique, nous avions vu que le vieux continent était traversé d’intérêts souvent divergents, disparates, agissant au gré d’alliances tactiques et d’expositions face à l’extérieur de cette sphère. Dès lors, ce sont de nouvelles baronnies, principautés, lands et autres régions qui s’affirment comme autant de compartiments en compétition.
 
Cela traduit un déclassement d’une Europe-institution, en plein délitement. Bruxelles est actuellement assiégée par des représentants d’influence, tout à la fois synthèse de Babel et d’une Rome à la veille de son effondrement. Les plus européistes conviennent d’une impasse, tentant de trouver une solution honorable, en renouant avec l’esprit d’une confédération à « plusieurs vitesses ». Les eurosceptiques jouent de leurs dissensions pour paralyser l’institution.
 
L’Europe est prisonnière d’un carcan qui fait d’elle une superstructure administrative, sans autre finalité et dépourvue de vision stratégique comme en témoigne les tensions énergétiques et les débats sur la taxonomie.

Par Olivier de MAISON ROUGE
Avocat – Docteur en droit
Dernier ouvrage publié : « Gagner la guerre économique. Plaidoyer pour une souveraineté économique & une indépendance stratégique » VA Editions, mars 2022
 
[1] GEAB n°165, 15 mai 2022


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