Laurent Aubigny, voulez-vous nous présenter en quelques mots la société, et notamment sa filiale française, CAVOK ?
Les années 1990 voient la diversification de nos prestations : surveillance maritime, soutien logistique, pour le rallye Paris-Dakar par exemple, relais TV pour de grand rendez-vous sportifs comme le Tour de France, et largage de parachutistes.
En 1997, CAE-Aviation franchit un cap symbolique avec l’acquisition de terrains et d’infrastructures sur l’aérodrome de Lapalisse et, précisément, la création de “CAVOK”, notre filiale initialement dédiée au parachutisme militaire.
Dans les années 2000, nous nous lançons dans ce qui fait aujourd’hui notre expertise : l’acquisition d’informations de toute nature à partir de vecteurs aériens : premier contrat de surveillance aérienne en 2005, début des activités de levés géophysiques en 2007.
À l’heure actuelle, qu’est-ce que représente CAE Aviation ?
En matière d’activités, CAE-Aviation est un opérateur de travail aérien pleinement mature dans trois domaines d’excellence : la surveillance aérienne, les levés aériens géophysiques, l’entraînement d’unités militaires parachutistes. Ses clients sont principalement des organisations internationales (UE, ONU), les administrations régaliennes de différents pays, ainsi que des partenaires industriels.
Pour réaliser ces missions, nous disposons au plan matériel d’une flotte de 30 appareils, et, au plan humain, d’une grande famille de 250 personnes, avec notamment nos deux filiales 100% françaises, CAVOK et Vérité, installées à Lapalisse.
Précisément, quelle est la spécificité de CAVOK ?
Précisons pour les non initiés que CAVOK, en langage aéronautique, signifie « Clouds And Visibility OK », en d’autres termes : beau temps, pas de restriction aux activités aériennes.
On a vu que la crise sanitaire a remis sur les devants de la scène la notion de territoire, que pouvez-vous nous dire sur les relations de Cavok avec son écosystème auvergnat ?
CAE-Aviation a investi plus de 12 M€ à Lapalisse depuis 2013, en construisant le bâtiment de maintenance pour CAVOK en 2013-2014, en devenant propriétaire de l’aérodrome de Périgny-Lapalisse (84 hectares et piste de 1200m) en 2017, et en modernisant les locaux de sa filiale Vérité en 2020. Et notre assise locale va encore se renforcer, puisque CAVOK va investir environ 3 M€ pour la construction d’un nouveau hangar qui sera livré à l’été 2022.
CAVOK est un vecteur fort de la formation professionnelle régionale avec l’intégration d’alternants allant du bac professionnel au diplôme d’ingénieur. Ses partenaires en matière de formation sont le lycée professionnel Roger Claustres, de Clermont-Ferrand, le campus des métiers et des qualifications aéronautiques Auvergne-Rhône-Alpes, et des organismes comme MFR IMAA-Cruseilles, Sigma Clermont ou encore ISAE Supaéro.
CAVOK a recours également à plusieurs sous-traitants régionaux : Don Foster, à Seuillet, pour la peinture, la soudure et l’assemblage, le Groupe RJ à Clermont- Ferrand, pour la chaudronnerie et la structure, Allier Découpe, à Creuzier le Neuf, pour la découpe. Les travaux de notre futur bâtiment ont été confiés au cabinet d’architecture Alvergnat de Vichy et tous les postulants aux projets doivent être régionaux et sans acte de sous-traitance.
Votre société exerce ses activités dans le secteur aérien, qui est aujourd’hui sinistré. Quel est l’impact de la crise sur l’activité de CAVOK ?
En raison de la pandémie, il y a eu une diminution dans l’activité parachutiste, puisque les contraintes sanitaires limitaient les rassemblements et le déplacement des unités, ainsi que dans les levés aériens, avec le ralentissement des campagnes de prospection. Mais nous sommes dans un retour progressif à la normale pour ces secteurs, avec par exemple le retour des paras néerlandais au mois de juin.
Dans le secteur de la surveillance aérienne, il n’y a pas eu de ralentissement, car c’est une activité régalienne peu sensible à ce genre d’aléas sanitaires. Nous voyons en revanche à moyen terme une augmentation de la concurrence car de nouveaux acteurs tentent de s’y positionner pour compenser leurs difficultés dans le secteur du transport aérien, sans détenir une expertise qui légitime initialement leur démarche. Par ailleurs, les sociétés américaines fortement impliqués en Irak et en Afghanistan, pourraient également chercher à se repositionner suite aux récentes décisions de retrait des forces américaines et des contractors de ces deux pays et venir nous concurrencer sur ce segment particulier de la surveillance, dans les pays où elles n’étaient pour le moment pas présentes.
C’est donc un défi pour votre société, comment l’envisagez-vous ?
Nous sommes présents dans le secteur de la surveillance depuis plus de 15 ans et restons le leader européen à partir d’aéronefs à voilure fixe. Nos clients nous apprécient pour notre capacité à fournir un service ISR de bout en bout, y compris pour des opérations classifiées, avec toutes les contraintes que cela représente en termes d’habilitation du personnel, de procédures et d’équipements.
Cette expertise est reconnue par l’UE, par Frontex, par les armées de nombreux pays européens aussi bien que par des administrations françaises, comme par exemple le SDIS 13 lorsqu’il s’agit de surveiller les feux de forêts l’été, ou le SHOM, le service hydrographique et océanographique de la Marine nationale, lorsqu’il s’agit de réaliser la cartographie 3D des côtes par laser aéroporté, ou encore la Direction Générale de l’Armement pour la surveillance de zones en mer lors de campagne d’essais.
Dans ce contexte exigeant, comment voyez-vous l’avenir à court et moyen terme ?


