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CAVOK, une pépite de l'aéronautique française





Le 31 Mai 2021, par La Rédaction

CAVOK est la filiale française de CAE Aviation, une société luxembourgeoise… très européenne par ses missions. Spécialisée dans la prestation intégrée de service aéroporté, elle a sa principale base au cœur des territoires, près de Vichy dans l’Allier. Alors qu’elle va fêter cette année 50 ans de succès, son Directeur général, Laurent Aubigny, a bien voulu répondre à nos questions.


Beechcraft, Cessna 208, Merlin III, un échantillon des 30 avions mis en oeuvre par CAE, et dont CAVOK assure la transformation, la maintenance, mais aussi la formation du personnel opérationnel
Beechcraft, Cessna 208, Merlin III, un échantillon des 30 avions mis en oeuvre par CAE, et dont CAVOK assure la transformation, la maintenance, mais aussi la formation du personnel opérationnel
Laurent Aubigny, voulez-vous nous présenter en quelques mots la société, et notamment sa filiale française, CAVOK ?
 
CAE Aviation a été fondée en 1971 puis développée par un mosellan passionné d’aéronautique, Bernard Zeler. À l’origine spécialisée dans la vente de pièces détachées et dans la maintenance, la société se lance ensuite dans l’activité aérienne à proprement parler, en commençant par la lutte contre les criquets en Afrique, dans les années 80.
Les années 1990 voient la diversification de nos prestations : surveillance maritime, soutien logistique, pour le rallye Paris-Dakar par exemple, relais TV pour de grand rendez-vous sportifs comme le Tour de France, et largage de parachutistes.
En 1997, CAE-Aviation franchit un cap symbolique avec l’acquisition de terrains et d’infrastructures sur l’aérodrome de Lapalisse et, précisément, la création de “CAVOK”, notre filiale initialement dédiée au parachutisme militaire.
Dans les années 2000, nous nous lançons dans ce qui fait aujourd’hui notre expertise : l’acquisition d’informations de toute nature à partir de vecteurs aériens : premier contrat de surveillance aérienne en 2005, début des activités de levés géophysiques en 2007.
 

À l’heure actuelle, qu’est-ce que représente CAE Aviation ?
 
Aujourd’hui, CAE Aviation demeure une société privée à actionnariat exclusivement familial, ce qui lui procure stabilité et prédilection pour le développement de long terme. Depuis 2018, notre chiffre d’affaires annuel s’affiche fièrement au-dessus de 50M €.
En matière d’activités, CAE-Aviation est un opérateur de travail aérien pleinement mature dans trois domaines d’excellence : la surveillance aérienne, les levés aériens géophysiques, l’entraînement d’unités militaires parachutistes. Ses clients sont principalement des organisations internationales (UE, ONU), les administrations régaliennes de différents pays, ainsi que des partenaires industriels.
Pour réaliser ces missions, nous disposons au plan matériel d’une flotte de 30 appareils, et, au plan humain, d’une grande famille de 250 personnes, avec notamment nos deux filiales 100% françaises, CAVOK et Vérité, installées à Lapalisse.
 

Précisément, quelle est la spécificité de CAVOK ?
 
CAVOK, c’est en quelque sorte le cœur industriel et de R&D de nos activités. Outre l’entrainement parachutiste, CAVOK réalise en effet les activités aéronautiques de pointe : transformation et maintenance d’aéronefs, maintenance de caméra optronique, études technico-opérationnelles d’équipements embarqués, formation de personnel aéronautique : nos pilotes, nos opérateurs et nos techniciens passent tous par ici.
Précisons pour les non initiés que CAVOK, en langage aéronautique, signifie "Clouds And Visibility OK", en d'autres termes : beau temps, pas de restriction aux activités aériennes.
                 

On a vu que la crise sanitaire a remis sur les devants de la scène la notion de territoire, que pouvez-vous nous dire sur les relations de Cavok avec son écosystème auvergnat ?
 
CAVOK est une entreprise française qui vit en totale symbiose avec son territoire d’implantation. Cela s’exprime par nos investissements, par les partenariats que nous avons tissés dans l’écosystème local et par le fait que nos collaborateurs vivent sur place, avec leurs familles.
CAE-Aviation a investi plus de 12 M€ à Lapalisse depuis 2013, en construisant le bâtiment de maintenance pour CAVOK en 2013-2014, en devenant propriétaire de l’aérodrome de Périgny-Lapalisse (84 hectares et piste de 1200m) en 2017, et en modernisant les locaux de sa filiale Vérité en 2020. Et notre assise locale va encore se renforcer, puisque CAVOK va investir environ 3 M€ pour la construction d’un nouveau hangar qui sera livré à l’été 2022.
CAVOK est un vecteur fort de la formation professionnelle régionale avec l’intégration d’alternants allant du bac professionnel au diplôme d’ingénieur. Ses partenaires en matière de formation sont le lycée professionnel Roger Claustres, de Clermont-Ferrand, le campus des métiers et des qualifications aéronautiques Auvergne-Rhône-Alpes, et des organismes comme MFR IMAA-Cruseilles, Sigma Clermont ou encore ISAE Supaéro.
CAVOK a recours également à plusieurs sous-traitants régionaux : Don Foster, à Seuillet, pour la peinture, la soudure et l’assemblage, le Groupe RJ à Clermont- Ferrand, pour la chaudronnerie et la structure, Allier Découpe, à Creuzier le Neuf, pour la découpe. Les travaux de notre futur bâtiment ont été confiés au cabinet d’architecture Alvergnat de Vichy et tous les postulants aux projets doivent être régionaux et sans acte de sous-traitance.
CAVOK est donc un acteur majeur dans l’économie locale par son réseau de partenaires, mais aussi par son effectif, qui la positionne 4ème entreprise privée de la communauté de communes du Pays de Lapalisse, avec une politique de recrutement ciblée sur des projets d’intégration professionnelle et sociale. Nos effectifs ont connu une croissance très forte en passant de 18 personnes en 2014 à 75 personnes aujourd’hui, avec une cible de 90 en 2022. Aujourd’hui, notre personnel, dont 70% a moins de 40 ans, représente une masse salariale de 7,2 M€. Une part importante bénéficie à l’économie locale, puisque nos collaborateurs s’installent ici dans le cadre d’un projet de vie : ils accèdent pour la majorité d’entre eux à la propriété et participent directement au dynamisme des communes dans lesquelles ils s’intègrent. 75% d’entre eux sont installés dans l’Allier, et les autres à proximité.
 

Votre société exerce ses activités dans le secteur aérien, qui est aujourd’hui sinistré. Quel est l’impact de la crise sur l’activité de CAVOK ?
 
CAVOK est une entreprise en bonne santé, capable d’honorer ses engagements dans la durée, ce qui effectivement, dans la crise actuelle que connait le secteur aéronautique, fait figure d’exception.
En raison de la pandémie, il y a eu une diminution dans l’activité parachutiste, puisque les contraintes sanitaires limitaient les rassemblements et le déplacement des unités, ainsi que dans les levés aériens, avec le ralentissement des campagnes de prospection. Mais nous sommes dans un retour progressif à la normale pour ces secteurs, avec par exemple le retour des paras néerlandais au mois de juin.
Dans le secteur de la surveillance aérienne, il n’y a pas eu de ralentissement, car c’est une activité régalienne peu sensible à ce genre d’aléas sanitaires. Nous voyons en revanche à moyen terme une augmentation de la concurrence car de nouveaux acteurs tentent de s’y positionner pour compenser leurs difficultés dans le secteur du transport aérien, sans détenir une expertise qui légitime initialement leur démarche. Par ailleurs, les sociétés américaines fortement impliqués en Irak et en Afghanistan, pourraient également chercher à se repositionner suite aux récentes décisions de retrait des forces américaines et des contractors de ces deux pays et venir nous concurrencer sur ce segment particulier de la surveillance, dans les pays où elles n’étaient pour le moment pas présentes.
 

C’est donc un défi pour votre société, comment l’envisagez-vous ?
 
Sereinement et avec détermination : rien n’est gagné d’avance, mais nous avons pour nous la solidité des compétences et une expérience unique.
Nous sommes présents dans le secteur de la surveillance depuis plus de 15 ans et restons le leader européen à partir d'aéronefs à voilure fixe. Nos clients nous apprécient pour notre capacité à fournir un service ISR de bout en bout, y compris pour des opérations classifiées, avec toutes les contraintes que cela représente en termes d’habilitation du personnel, de procédures et d’équipements.
Je crois pouvoir dire aussi que nous faisons la différence par la compréhension en profondeur que nous avons des attentes de nos clients, de leur façon de fonctionner, et des effets à obtenir… Mais aussi par le sens de la mission qui anime nos collaborateurs et qui permet à la fois d’offrir une très grande réactivité dans nos déploiements, un taux de disponibilité de nos moyens aériens supérieur à 95%, malgré une très faible empreinte logistique. Avec à la clé une grande qualité du service rendu. Enfin, nous avons montré que nous savons être rustiques, en nous déployant dans des conditions sommaires dans des zones géographiques très éloignées.
Cette expertise est reconnue par l’UE, par Frontex, par les armées de nombreux pays européens aussi bien que par des administrations françaises, comme par exemple le SDIS 13 lorsqu’il s’agit de surveiller les feux de forêts l’été, ou le SHOM, le service hydrographique et océanographique de la Marine nationale, lorsqu’il s’agit de réaliser la cartographie 3D des côtes par laser aéroporté, ou encore la Direction Générale de l’Armement pour la surveillance de zones en mer lors de campagne d’essais.
 

Dans ce contexte exigeant, comment voyez-vous l’avenir à court et moyen terme ?
 
Bien entendu, nous voulons consolider notre position de leader européen et chercher une croissance dans les pays où nous n’avons pas encore été amenés à opérer. Nous pensons que nos moyens sont plus abordables pour certains États, qu’une acquisition accompagnée d’une montée capacitaire, ou qu’un recours à l’utilisation de drones. Nous devons pour cela maintenir notre avance technologique vis-à-vis des offres concurrentes et poursuivre nos investissements en matière de recherche et développement, en liens avec nos partenaires industriels, tout ceci à partir de nos installations de Lapalisse essentiellement. J’insiste encore sur ce point : nous avons fait de ces activités le cœur de notre métier et nous offrons une prestation intégrée supérieure à celles que peuvent offrir des industriels aéronautiques généralistes, ne disposant pas de l’expérience acquise par notre société depuis plus de 15 ans dans le domaine.
Nous avons donc répondu à un certain nombre d’appels d’offre dont nous attendons les résultats. Deux exemples parmi d’autres : nous sommes en attente de la réponse de Frontex mais également de la DGA, cette dernière ayant lancé le projet ABE-L, Avions Bancs d’Essais Légers autour d’avions Beechcraft King Air, qui constituent aujourd’hui le fer de lance de notre propre flotte.
Mais nous cherchons également à diversifier notre activité en faisant valoir nos offres dans le cadre de la protection de l’environnement et des activités humaines : c’est déjà le cas avec la surveillance des feux de forêt ou de l’érosion des côtes mais cela peut aussi s’étendre à la surveillance de la pollution maritime, des activités halieutiques, à la prévention des catastrophes naturelles ou industrielles… Non seulement au profit d’États mais également pour les organisations internationales ou les organismes privés œuvrant pour le développement durable.




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