Journal de l'économie

Envoyer à un ami
Version imprimable

Coronavirus et marchés immobilier : rhume ou grippe ?





Le 1 Avril 2020, par Nicolas Lerègle

Il est certain que cette année 2020 va avoir besoin de mois mirifiques d’ici à décembre pour gommer les conséquences du confinement qui s’est imposé depuis le 15 mars. Que cela soit en immobilier d’habitation ou en immobilier d’entreprise et commercial le marché est pour le moment gelé.


Pixabay
Pixabay
Les agents immobiliers ne peuvent pas faire visiter les biens qu’ils auraient en portefeuilles.
Les particuliers, confinés chez eux, ne peuvent de toute façon pas se déplacer et encore le pourraient-ils ils seraient bien en peine de trouver une banque accessible pour leur consentir un prêt immobilier et un notaire à même de les recevoir dans son étude.

Ce qui est vrai pour l’acquisition l’est aussi pour la location à quelques différences près, mais nous nous acheminons vers une période sans transaction. Ce qui est, on en conviendra tout à fait exceptionnel.

Le secteur de l’immobilier d’entreprises n’est pas mieux loti. Si le report du MIPIM de mars en juin était prévisible on peut s’avancer à penser que son annulation définitive pour l’année 2020 est certainement possible. Au-delà de l’aspect événementiel réunissant plusieurs dizaines de milliers de professionnels internationaux venant tout autant travailler que se détendre cela aura assurément des répercussions pour les commerçants cannois qui avaient pris l’habitude de ce Noël au mois de mars et pour l’organisateur de ce salon qui va perdre plusieurs millions d’€, entre 15 et 20 selon les données qui circulent, de chiffre d’affaires.

Maintenant est-ce que cela aura des répercussions sur le marché immobilier ? On peut penser que non, si ce n’est à la marge, ce rendez-vous annuel permettant de finaliser des transactions ou de présenter des projets ; autant d’actions qui pourront reprendre leurs cours d’ici à quelques mois.

Les transactions sont gelées certes, mais elles n’attendent que le retour à une vie normale pour pouvoir reprendre leur dynamique.
Des particuliers vont différer leurs achats ou locations mais les besoins initiaux qui existaient avant le 15 mars seront toujours existants après la sortie du confinement. Il va en être de même pour les entreprises qui décaleront dans le temps leurs prises à bail ou acquisitions.

Des secteurs d’activités sont plus impactés que d’autres comme le commerce et l’hôtellerie qui, après les gilets jaunes et les grèves de décembre dernier, ont vu la manne touristique disparaitre au fur et à mesure que le virus Covid-19 marquait ses territoires. Des défaillances d’entreprises sont à craindre pour celles qui n’auront pas eu les moyens de se financer pendant cette période mais les mécanismes mis en place par le gouvernement devraient permettre d’assurer la continuité de l’essentiel de celles-ci. Donc, là aussi, l’impact sur le marché devrait être absorbable.

Là où les conséquences pourraient être plus visibles ce sont pour les bailleurs qui vont être confrontés à des demandes nombreuses de report de quelques mois du paiement des loyers.

Les foncières comme les SCPI/OPCI et autres institutionnels, devraient être en mesure d’encaisser cette situation délicate. La valeur de leurs titres ou le rendement de leurs parts pourront en être affectés mais les marchés boursiers et immobiliers étant ce qu’ils sont, cela devrait être gommé assez promptement.

L’investissement immobilier est de moyen/long terme, encaisser les soubresauts de la société et de son économie fait partie de l’ADN de ceux qui y interviennent.
Il n’en est pas de même pour de nombreux bailleurs particuliers, qui louant leurs biens, se voient ainsi privés, ex-abrupto, de revenus, souvent essentiels, pour eux.

Si leurs banques se montrent compréhensives une partie de cette perte pourra être absorbée mais certainement pas la totalité avec pour conséquence la mise sur le marché, dès que cela sera possible, de nombreux locaux. Mais on peut redouter que leur sort ne suscitera que peu d’empathie et en tout cas peu de mesures gouvernementales qui seraient de nature à les aider. Même si, dans quelques mois ou années, on regrettera, en s’en étonnant, la faiblesse ou l’absence de bailleurs privés à même de contribuer à résoudre les problématiques de logements qui affectent encore nombre de nos concitoyens.

La question qui se pose n’est donc pas de savoir si les marchés immobiliers sont gelés, ils le sont, l’arrêt de très nombreux chantiers en cours ne va pas non plus simplifier la donne, mais pour combien de temps va-t-il en être ainsi ?

Deux scenarii peuvent se détacher.

Ce covid-19 aussi dramatique soit-il est-il un épiphénomène qui s’effacera dans ses conséquences économiques pour les intervenants sur les marchés immobiliers, particuliers et professionnels, aussi rapidement qu’il s’est propagé ? En somme un léger rhume qui passera de lui-même.

Ou, est-il, et les tenants des cycles économiques s’y accorderont, le phénomène déclenchant, comme c’est le cas tous les 10/15 ans une crise immobilière ? Crise dont le fait générateur est généralement exogène à l’immobilier stricto sensu.

La crise sanitaire que nous connaissons aujourd’hui par son ampleur et ses impacts économiques remplit en tout cas tous les critères pour être un vecteur de déstabilisation. La dernière « crise » remonte à 2008 nous serions donc dans le bon timing cyclique. Il s’agirait alors non plus d’un rhume mais d’une grippe carabinée qui affectera l’ensemble de l’organisme.
Il est encore trop tôt pour avoir un avis définitif, celui-ci s’établira dans quelques mois mais il est d’ores et déjà temps de se poser la question.
 


France | International | Entreprises | Management | Lifestyle | Blogs de la rédaction | Divers | Native Advertising | Juris | Art & Marché | Prospective | Industrie immobilière | Intelligence et sécurité économique - "Les carnets de Vauban"














Rss
Twitter
Facebook