Journal de l'économie

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Rencontre avec Hervé Aaron, fondateur du Salon du Dessin





Le 26 Mars 2019, par Yadira Castellanos Estrabao, Expert

​Le 27 mars s’ouvre la 28e édition le Salon du Dessin. Durant cette semaine, Paris se transforme en capitale mondiale du dessin de collection. Des invités de marque, des rencontres internationales, des prix, des expositions dédiées dans les musées, galeries et ventes spécialisées aux enchères accompagnent l’évènement. Le succès du Salon du Dessin ne se dément pas. À cette occasion nous avons rencontré Hervé Aaron, fondateur du Salon en 1991 et qui l’a présidé pendant 17 ans, avant de céder la place à Louis de Bayser actuel président.


YC : Vous avez été le président pendant 17 ans du Salon du Dessin et vous restez une figure incontournable du Commissariat du Salon et aussi un exposant très actif. Comment se porte le marché du dessin ?
 
HA : Le marché du dessin se porte plutôt bien. On remarque le même phénomène que dans les autres secteurs du Marché de l’art, à savoir, un écart de plus en plus important entre les œuvres de bonne qualité qui font des prix considérables, et les dessins de qualité moyenne pour lesquels la demande stagne.
 
YC : Quelles sont les tendances actuelles qui se dégagent ?
 
HA : Les dessins du XVIe italien se raréfient, donc des feuilles importantes de grands maîtres comme Raphaël, Leonard de Vinci font des prix record et restent au sommet. L’évolution du goût actuel est portée vers le XVIIe italien et français. Le XIXe français et allemand se portent bien aussi, ainsi que les symbolistes. En revanche, nous constatons un désintérêt pour le XVIIIe. Cela s’explique par le fait que d’une manière générale les goûts ont changé. Avant, les collectionneurs cherchaient des feuilles très finies, presque comme des tableaux, tel qu’on les retrouve facilement au XVIIIe. À ce moment-là, le XVIIIe était au sommet.
Aujourd’hui, la préférence est à l’esquisse, aux études, où on voit davantage le processus d’élaboration artistique. 
 
 
YC : Il y a des transactions record ces derniers mois ?
 
HA : La feuille qui a fait un record des enchères est « Un homme debout » de Lucas de Leyden totalisant 11 209 870 € ! (1) Puis une étude de tête de Picasso environ 4 000 000 € (2) et une encre de Zhu Da, 4 millions d’euros aussi (3).
 
  
YC : Le marché du dessin souffre un peu moins des faussaires que les autres secteurs, pouvez-vous nous expliquer ?
 
HA : Je vois deux raisons à cela. La première est qu’il y a moins d’enjeux économiques, d’une manière générale les transactions sont moins importantes donc les faussaires s’y intéressent moins. Là, où il a beaucoup d’argent, ils poussent comme des plantes !
La deuxième raison est que le dessin est plus difficile à imiter et les spécialistes peuvent détecter plus facilement les gestes qui ne vont pas.
Ceci dit, nous ne sommes pas totalement à l’abri et on a des faussaires qui imitent de grandes signatures. Il y a encore beaucoup de travail à faire dans le catalogage des artistes, par exemple un artiste comme Simon de Vouet reste encore à cataloguer. D’autres comme Rubens sont très étudiés, le catalogue est assuré par le Rubenanium qui fait autorité. Mais pour d’autres artistes, la diversité d’experts faisant autorité complique la tâche et ce sont ces types des failles qu’aiment les faussaires par-dessus tout.
 
 
 YC : Comme pour d’autres foires, existe-t-il un Commissariat de sélection qui apporte des garanties pour les acheteurs ?
 
HA : Au Salon du Dessin il y a un veeting comitee composé par les consultants extérieurs du Salon. La sélection se fait sur base de critères qualitatifs des œuvres et sur la probité des exposants. Néanmoins, le Comité ne fait pas de rapports d’expertises qui pourraient être considérés comme des garanties juridiques. Notre rôle est de conforter les acheteurs et les participants au Salon.
Nous attendons l’ouverture du Veeting le 26 pour examiner les feuilles proposées par les exposants et par le même coup choisir notre coup de cœur.
 
Entretien, Yadira Castellanos, Expert
 
 
  1. Lucas van Leyden (1494-1533) « A young man standing », pierre noire sur papier, 279x132mm Prix au marteau : 11 209 870 €, prix avec frais : 12 973 134 €, Christie’s Londres, 04/12/18, lot : 60
  2. Pablo Picasso (1881-1973) « Tête (étude pour Nu à la draperie), aquarelle gouache/papier, 313x242mm, prix au marteau : 4 289 615 €, prix avec frais : 5 088 660 €, Christie’s NY, 08/05/18, lot : 16
  3. Zhu Da (1626-1705) “Plum”, 1690, 1250x340mm, prix au marteau : 4 013 160 €, prix avec frais : 4 615 134 €, China Guardian Auctions Co., Ldt., Pekin, 18/06/18, lot : 409
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