Journal de l'économie

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Zemmour : embarras du choix ou choix embarrassant





Le 30 Juin 2021, par Nicolas Lerègle

Après Coluche voici Zemmour. Si le comique ne peut pas être comparé au journaliste, on ne peut s’empêcher de noter cependant quelques similitudes entre ces deux candidatures qu’elles soient avortées avant terme ou pas.


Image Pixabay
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La renommée publique et médiatique de l’un, fondée essentiellement sur les médias radiophoniques et télévisuels était couplée avec des spectacles.
La renommée publique et médiatique de l’autre se fonde, aujourd’hui, quasi exclusivement sur la télévision renforcée par les réseaux sociaux.
Au spectacle de scène s’est substitué le show en studio.

Le moment n’est pas non plus anodin.

La fin des années « Giscard » correspondait à la fin d’un cycle économique, celui des Trente Glorieuses, aux attentes des soixante-huitards, à l’apogée d’une guerre froide, en un mot à un monde qui suscitait une envie de changement. Quoi de mieux alors qu’un comique engagé qui savait faire rire de tout, s’adressant à un très large public, en humant mieux que d’autres l’air du temps et les aspirations sociales de nombreuses classes de la population.

Les années 2021/2022 coïncident, elles aussi, avec la fin de beaucoup d’illusions et la persistance de mécontentements et frustrations qui, pour être parfois infondés, n’en sont pas moins attribués au gouvernement en place et révélateurs d’un mal-être de la société. La pandémie a cassé pour un temps une mécanique économique. La guerre froide se joue aujourd’hui non plus en duo, mais en groupe. États-Unis, Chine, Russie, Europe, Inde ont chacun des prétentions et des craintes, sur une multitude de territoires où la guerre gagne en chaleur (Libye, Syrie, Asie du Sud-Est, Indopacifique…).

Des temps distincts entre une Turquie qui se rêve de nouvelle Grande Porte, une Chine qui se voit Empire et pas que du Milieu et des moyens qui s’équilibrent entre les grandes puissances.

Ces considérations géopolitiques, si elles ne concernent que modérément l’électeur français, n’en ont pas moins des répercussions sur nos entreprises et notre économie et l’impactent donc d’une façon ou d’une autre. L’immigration (clandestine) qui est, elle aussi, une conséquence de ces bouleversements mondiaux est par contre devenue un sujet persistant et clivant de notre environnement politique.

Les lignes de partage se floutent entre une droite qui se durcie, mais se disperse, une extrême droite qui se « dédiabolise » et s’étiole, une gauche qui se « droitise », sur certains points, et se divise, une extrême gauche qui se  « bolivarise » et souvent se ridiculise et des écologistes assez rapidement en surchauffe qui se décrédibilisent.

Dans les années 80 il était courant de dire qu’en France nous avions « la droite la plus bête du monde », rassurons-nous elle n’est plus seule à prétendre au titre.

Dans ce contexte post-gilets-jaunes, avec une abstention importante et un gouvernement qui n’arrive pas à faire reconnaitre ses mérites, la tentation de l’homme providentiel se fait jour.

Plusieurs concourent au trône. Marine le Pen, Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand, Nicolas Dupont-Aignan (eh oui !), Jean-Luc Mélanchon (eh oui aussi !), Yannick Jadot, Éric Piolle (le maire de Grenoble NDLR), Anne Hidalgo, Nicolas Sarkozy se verrait bien en réserve de même que François Hollande ou Édouard Philippe, voire le taiseux François Baroin, Jean-Marie Bigard qui s’est tâté de même que Francis Lalanne. Alors, quand on sait que le film présentant les Tuche à l’Élysée a cartonné, l’hypothèse Zemmour n’est pas à prendre à la légère.

Comme on le voit, les électeurs risquent d’avoir l’embarras du choix ce qui n’interdit pas de se demander si certains choix ne sont pas embarrassants.
Toutes les personnes qui aiment les restaurants chinois savent à quel point trop de choix devient anxiogène et amène naturellement à prendre toujours la même chose par sécurité et éviter d’être déçu ou malade.
Cela peut être un réflexe salvateur au moment de voter.

Toutefois évitons trop de désinvolture dans la considération qui peut être accordée à telle ou telle candidature au motif que vraiment non elle n’est pas sérieuse.

Eric Zemmour vaut mieux que la caricature qu’il s’emploie parfois à dessiner de lui-même. Maintenant, s’il le fait, c’est qu’il a compris que, dans un paysage politique ramollit, celui qui occupe le terrain que Marine le Pen a laissé, dans l’espoir de ratisser plus large électoralement, sera très audible et pourra s’imposer, dans une frange de l’électorat, comme celui qui dit tout haut ce que beaucoup expriment plus bas. Cela ne permettra assurément pas, même sur un malentendu, de fédérer plus de 50% des électeurs, mais peut contribuer à semer une belle zizanie à droite comme à gauche. D’autant plus qu’Éric Zemmour est un bon bretteur et débatteur sachant parfaitement manier l’onctuosité du ton et la manipulation des faits. Il n’est pas sans rappeler, de l’autre côté de l’échiquier politique, Daniel Cohn-Bendit qui n’avait pas son pareil pour déstabiliser son contradicteur.

Ajoutons qu’Éric Zemmour a pour le moment des appuis politico-économiques certains faisant le jeu de l’audience de CNews. Il est, dans sa catégorie, aussi intouchable que Cyril Hanouna, car il rapporte et, tant qu’il rapporte, il sera là.

En se déclarant réellement, comme en son temps Coluche, cela ne va - t -il pas avoir un effet d’inversion d’une dynamique aisée, celle où on allume sans s’engager, pour constater que le roi est nu, dépourvu de programme et de parti, entouré d’affidés qui ont une conception personnelle de l’intérêt général, ce qui dégonflera simultanément la crédibilité du candidat et ses audiences.

La question qui se pose, les candidatures de Coluche et de Zemmour ayant de fortes chances d’aboutir au même résultat, est de savoir ce que fera ensuite Éric Zemmour.

Coluche avait créé les « restos du cœur ».
Eric Zemmour aura, si on tient compte des descriptions qu’il livre quotidiennement quant à l’état du pays et des besoins des Français, l’embarras du choix pour initier une action forte visant à témoigner de compassion, générosité et empathie à l’égard de ses prochains.
 




1.Posté par marsaud de labouygue le 22/07/2021 11:35 | Alerter
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je ne fais pas exactement la même analyse que vous sur une candidature Zemmour. Enfin un candidat qui aime la France et qui connaît son Histoire. Un stratège à qui il manque peu pour acquérir la dimension de l'homme politique qu'il saura être. Ses références sont prouvées et démontrées : c'est un homme de droite, celle que nous aimons, pas celle qui cherche à se justifier dans l'opinion gauchiste largement répandue chez les élus de droite ou se disant tels, et les médias. Zemmour a la tête bien faite, il lui manque la logistique pour l'élection présidentielle. Je suis sûr qu'il trouvera . Avec lui, la France renaîtra et les Français aussi.

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