Salariés aidants : 6 sur 10 n’informent ni leur manager ni les RH

Une majorité de salariés qui accompagnent un proche dépendant choisissent de ne rien dire à leur employeur. Pourtant, l’impact sur leur activité est bien réel et l’attente d’un cadre clair en entreprise est massive. Une enquête nationale met en lumière un sujet encore largement tabou dans le monde du travail.

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Près de 5 millions de salariés aidants en France accompagnent un proche dépendant. | journaldeleconomie.fr

En France, aider régulièrement un parent âgé, un conjoint malade ou un enfant en situation de handicap n’a plus rien d’exceptionnel. Selon une enquête nationale réalisée par l’agence HOW MUCH auprès de 3.204 personnes, 22% des Français déclarent avoir soutenu un proche au cours des douze derniers mois, dont 18% encore actuellement. Parmi eux, une part importante exerce une activité salariée. Pourtant, dans l’entreprise, la situation reste souvent tue : 61% des salariés aidants n’ont informé ni leur manager ni les ressources humaines.

Ce décalage entre réalité personnelle et expression professionnelle révèle un malaise profond. Car derrière le silence, les ajustements sont nombreux.

Proches aidants : un engagement familial qui déborde sur le travail

Loin d’être marginale ou ponctuelle, l’aide apportée à un proche représente un investissement significatif. Près des deux tiers des aidants consacrent au moins 6 heures par semaine à cette mission, trajets compris. 36% y passent même plus de 10 heures hebdomadaires. À cela s’ajoute la complexité des situations : 35% déclarent accompagner plusieurs proches simultanément.

La configuration la plus fréquente concerne l’aide à un parent (23%), mais les conjoints (16%) et les enfants (12%) figurent aussi parmi les personnes soutenues. Plus d’un tiers des aidants (36%) ont en parallèle un ou plusieurs enfants à charge. Cette « double journée » familiale accroît mécaniquement la pression sur l’équilibre professionnel.

Les conséquences ne tardent pas à apparaître. Parmi les salariés aidants, 57% évoquent une baisse de disponibilité ou de productivité au cours des douze derniers mois. 29% ont connu des retards ou absences imprévues, tandis que 33% ont sollicité davantage de télétravail. Certains arbitrages sont plus lourds : 17% ont réduit leur temps de travail, et 12% déclarent avoir renoncé à une opportunité de carrière en raison de leurs contraintes personnelles.

La situation reste toutefois hétérogène : 38% estiment ne constater aucun effet notable sur leur activité. Une polarisation qui traduit des intensités d’aidance très variables.

Un coût financier souvent sous-estimé

Au-delà du temps consacré, l’accompagnement d’un proche a également une dimension économique. 57% des aidants déclarent avoir supporté des dépenses ou subi une diminution de leurs ressources sur l’année écoulée. Pour 21%, ces coûts sont jugés significatifs (transport, soins, aide à domicile). 41% affirment en revanche ne pas avoir engagé de frais particuliers.

Cette disparité dépend de la situation du proche, du recours à des dispositifs publics et de la possibilité – ou non – de déléguer certaines tâches. Mais elle pèse directement sur la stabilité financière des ménages concernés.

Pourquoi tant de salariés préfèrent se taire

Le chiffre le plus marquant demeure celui de la non-déclaration : 61% des salariés aidants n’ont partagé leur situation avec personne dans leur environnement professionnel.

Les raisons invoquées sont multiples. 34% souhaitent maintenir une séparation stricte entre vie privée et vie professionnelle. 24% ne se considèrent pas pleinement comme « aidants » et ne se sentent donc pas légitimes pour en parler. 28% ignorent l’existence de dispositifs spécifiques, et 21% ne savaient pas que cette situation pouvait être reconnue en entreprise.

Les craintes liées à la carrière sont également présentes : 25% redoutent un impact sur leur évolution, 23% ont peur d’être jugés, 19% craignent d’être perçus comme moins fiables. La question de la confidentialité nourrit aussi les réticences.

Pour Sandrine Dorbes, fondatrice de HOW MUCH, l’enjeu dépasse la sphère individuelle : « Les estimations parlent d’environ 5 millions de salariés aidants en France. Cela représente environ 7% de la population française (sources Observatoire OCIRP 2025). Dans ce contexte, l’entreprise ne peut plus traiter l’aidance comme un sujet privé : c’est un enjeu d’organisation du travail, de prévention et de performance durable. »

Une attente forte d’un cadre formalisé

Malgré cette prudence, les salariés concernés expriment une demande claire. 81% se déclarent favorables à la mise en place d’un « accord aidants » dans leur entreprise (46% absolument, 35% peut-être).

Les mesures jugées prioritaires privilégient la flexibilité : 55% citent le télétravail et les horaires adaptables activables rapidement, 45% évoquent des congés spécifiques ou une banque de jours. 32% souhaitent un temps partiel temporaire sans pénalité, et 25% la présence d’un référent RH capable d’accompagner les démarches administratives.

Sandrine Dorbes souligne cette attente opérationnelle : « Notre enquête montre une majorité de salariés aidants encore silencieux, mais une attente massive de solutions simples et activables vite — horaires flexibles, télétravail, congés et banque de jours. Un “accord aidants”, c’est d’abord un cadre clair, protecteur et confidentiel, pour éviter que l’aidance ne se transforme en décrochage professionnel. »

À ce stade, la diffusion des dispositifs reste inégale. 22% des salariés déclarent ne connaître aucune mesure spécifique dans leur entreprise, et 10% affirment qu’il n’en existe aucune.

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