La Banque centrale européenne conduit un processus de révision de l’apparence des billets en euros. L’objectif est de renforcer leur dimension symbolique dans un contexte de transition monétaire.
Le 5 juin 2025, Christine Lagarde a annoncé la mise en circulation progressive de nouveaux billets en euros à l’horizon 2028. L’information, révélée lors d’une intervention télévisée, s’inscrit dans un programme engagé depuis 2021 par la Banque centrale européenne (BCE), destiné à renouveler le design des coupures tout en impliquant davantage les citoyens européens dans leur élaboration. Le processus est encore en cours, mais les thématiques principales ont été définies.
Une réforme esthétique attendue, intégrée à une logique d’identité monétaire
L’idée de changer les visuels des billets remonte à décembre 2021, lorsque la BCE a annoncé son intention de réviser le thème graphique en vigueur depuis l’introduction de la monnaie unique en 2002. Celui-ci, baptisé « Époques et styles », se fondait sur des représentations fictives de styles architecturaux européens. Jugé neutre et consensuel, ce concept est aujourd’hui considéré comme trop impersonnel.
La BCE a donc mis en place une démarche consultative en plusieurs étapes. En 2023, un premier sondage a permis de sélectionner deux thématiques finalistes. Une consultation publique supplémentaire est prévue en 2026, précédant le choix final du design par les gouverneurs des banques centrales nationales.
Christine Lagarde a indiqué que « de nouveaux billets verront le jour d’ici deux à trois ans, avec un nouveau format et de nouveaux dessins ». Ces déclarations confirment que le calendrier reste aligné sur une mise en production au plus tôt en 2028, après validation des autorités monétaires de la zone euro.
Deux axes visuels finalistes : figures culturelles et diversité naturelle
À ce stade, deux propositions ont été retenues pour incarner les futurs billets. La première thématique s’intitule « La culture européenne : un héritage commun ». Elle repose sur la mise en avant de personnalités historiques ayant marqué la vie culturelle du continent. Plusieurs figures ont été présélectionnées, comme Miguel de Cervantes, Maria Callas, James Baldwin, Ludwig van Beethoven ou encore Marie Curie. Le principe est d’associer chaque coupure à une personnalité différente, accompagnée au verso d’une scène illustrant une activité culturelle (lecture, concert, représentation théâtrale, etc.).
La seconde proposition, intitulée « Fleuves et oiseaux : force et diversité », met en valeur la richesse géographique et environnementale de l’Europe. Chaque billet représenterait un élément naturel (source, chute d’eau, rivière) et une espèce d’oiseau typique du continent. Le verso inclurait des représentations de bâtiments institutionnels de l’Union européenne, comme la Banque centrale européenne ou le Parlement.
Ces deux orientations ont été conçues pour refléter des dimensions complémentaires du projet européen : la transmission culturelle d’une part, la diversité naturelle et institutionnelle d’autre part.
Enjeux économiques et symboliques d’un changement de billets
Au-delà de l’aspect esthétique, cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de communication monétaire. L’enjeu est de renforcer la visibilité de l’euro en tant que monnaie partagée, porteuse de valeurs collectives. Dans un contexte de baisse progressive de l’usage du liquide dans plusieurs pays membres, et alors que l’euro numérique est en cours d’expérimentation, la BCE réaffirme son attachement à l’accessibilité de la monnaie fiduciaire.
D’après les documents publiés par l’institution, cette nouvelle série sera la troisième dans l’histoire de l’euro, après la série originale de 2002 et la série dite « Europe » déployée entre 2013 et 2019. L’ensemble des nouveaux billets intégrera les dernières avancées en matière de sécurité, comme les éléments optiques dynamiques et les encres à changement de couleur, tout en poursuivant l’objectif de lisibilité et d’universalité.
L’implication du public dans le choix des visuels permet également à la BCE de répondre aux critiques récurrentes sur le manque de transparence et de proximité de ses décisions. En optant pour un processus participatif, l’institution cherche à réaffirmer son ancrage démocratique tout en stimulant l’intérêt pour la monnaie commune.
Prochaines étapes : consultation et concours graphique
Le prochain jalon sera la consultation publique prévue pour 2026. Les citoyens des 20 pays membres de la zone euro pourront voter pour leur thématique préférée, en ligne ou via les réseaux partenaires de la BCE. Une fois ce choix arrêté, un concours sera lancé à l’échelle européenne pour sélectionner les artistes et graphistes chargés de concevoir les nouveaux visuels.
Le processus final d’approbation reposera sur le Conseil des gouverneurs de la BCE, qui devra valider la maquette définitive avant le lancement de la production et la distribution dans les circuits bancaires.
À l’issue de ce cycle, les nouveaux billets seront progressivement introduits à partir de 2028. La BCE n’a pas encore précisé si l’ensemble des coupures (de 5 à 500 euros) seront concernées simultanément, ou si un déploiement par phases sera privilégié.

