Les militants rassemblés devant la salle Pleyel le 26 mai 2023 dans le but de bloquer l’Assemblée Générale de Total auront su faire réagir immédiatement mais pas sur le long terme. En effet si les forces de l’ordre ont été prompte à les déloger, la réputation de Total semble s’en être est échappé sans encombre
Le 26 mai 2023, au petit matin, des militants écologistes se rassemblent dans les environs de la salle Pleyel où doit se tenir une Assemblée Générale de Total Energie. La coalition de 8 associations différentes dont Greenpeace, Extinction Rébellion ou encore Amis de la Terre, a pour objectif de bloquer l’accès à la salle pour rendre impossible la tenue de l’assemblée. Les militants, non violents, et tous formés en amont sur les conduites à adopter lors de ce type d’actions, ont très vite été dispersés par les forces de l’ordre.
Total a en effet eu recours aux forces policières pour mettre fin à l’action. Dès leur installation à l’aube, les militants ont été confrontés à des représentants de la police déterminés à les chasser. Les premiers gaz lacrymogènes ont été lancés dès leur arrivée, dans un objectif, visiblement, de tuer dans l’œuf ce début de manifestation. L’assemblée générale a donc bien pu avoir lieu et s’est tenue durant la matinée tandis que le périmètre terminait d’être évacué.
Puisque Total Energie a promptement fait appel aux forces de l’ordre, l’État a donc lui aussi eu à gérer cette crise, et à se positionner dans le débat qui oppose les deux parties. On assiste donc ici à une confrontation à 3 facettes. Elle oppose un groupe de militants se targuant de représenter les intérêts globaux de la société et une entreprise privée et, au milieu, l’État se trouve également impliqué et forcé de réagir.
Total a économisé ses mots dans la gestion de cette crise. Évidemment il a dû falloir réfléchir rapidement, comme dans le cadre de toute crise, évaluer les risques, fixer des objectifs, élaborer des scénarios… L’objectif fut clairement d’assurer le maintien de l’Assemblée Générale, et de ne pas laisser l’action militante aboutir. Devant l’hypothèse d’un blocage effectif, l’entreprise s’exposait en effet à de réelles conséquences en termes de crédibilité. On comprend donc aisément le recours si rapide aux forces de l’ordre.
Ce fut la principale action de Total, qui ne s’est pas exprimé pendant toute la durée de la tentative de blocage. En ouvrant l’Assemblée Générale, Patrick Pouyanné a seulement dit regretter avoir été obligé d’avoir recours à des « mesures exceptionnelles » pour garantir le bonne tenue de la réunion. Mais le PDG de TotalEnergie n’a autrement pas mentionné l’incident.
Le crise a donc majoritairement revêtu l’apparence d’une crise « dure » (c’est-à-dire dont la gestion immédiate est cruciale), les conséquences n’ayant été que minimes. Total n’a eu qu’à essuyer une légère baisse du cours de son action (environ 3%) durant les trois derniers jours de mai, avant qu’il ne retrouve son niveau originel. Des membres du gouvernement ont tout de même exprimé des remontrances à Total au regard de cette journée, endossant ainsi une position ambiguë pour l’État. Elisabeth Borne, alors première ministre a par exemple jugé que les manifestants étaient « dans leur rôle d’alerter », tandis qu’on se rappelle la virulence des membres de la police dans le délogement des militants. Quoi qu’il en soit, rien n’a pour autant mené à un durcissement de réglementation, ou à une condamnation assumée des activités de Total. La gestion de crise, pour l’entreprise, s’est donc limitée à l’organisation mise en place le jour du 26 mai. Aucune autre action n’a ensuite été publiquement menées
Total n’a donc que très peu d’efforts à fournir pour se protéger d’une crise de cette nature. L’autorité tacite d’un tel géant a suffi à faire taire les contestations, et à limiter – voire annihiler – les conséquences potentielles, en termes de crédibilité ou de cours de bourse. Au sein du milieu militant bien entendu, la forte répression des forces de l’ordre et le manque de dialogue de la part de Total a entériné le mécontentement, mais un mécontentement déjà depuis longtemps présent. En revanche, TotalEnergie n’a depuis pas opéré de grand changement, et n’a pas été forcé de le faire. En 2023 leur profit a continué de croître, basés majoritairement sur des projets polluants, s’élevant ainsi à vingt milliards d’euros.
Anne Lambot
