Carburants : les mécanismes qui provoqueront la hausse des prix en 2027

L’Institut Montaigne anticipe une hausse du prix des carburants comprise entre 10 et 17 centimes par litre à partir de 2027. En cause : la mise en place du système européen d’échange de quotas carbone, dit ETS 2, qui intégrera les secteurs du transport routier et du bâtiment.

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Le 9 octobre 2025, le think tank Institut Montaigne a publié sa note Transition des mobilités : anatomie d’une impasse. L’étude souligne un risque concret : une augmentation du prix des carburants dès l’entrée en vigueur du système européen d’échange de quotas carbone ETS 2 en 2027.

Selon les projections reprises par TF1 Info, cette réforme, pourtant inscrite dans la stratégie de décarbonation de l’Union européenne, pourrait majorer le prix du litre d’essence de 15 centimes et celui du diesel de 17 centimes, hors TVA.

L’extension du marché carbone européen : une nouvelle étape structurelle

Le Système européen d’échange de quotas d’émissions (ETS), instauré en 2005, couvre aujourd’hui environ 40 % des émissions de gaz à effet de serre de l’Union européenne : centrales électriques, industrie lourde et aviation intra-européenne. Le nouveau mécanisme ETS 2 (pour Emissions Trading System 2) constitue une extension de ce marché aux carburants routiers, au chauffage des bâtiments et à d’autres activités diffusant des émissions non encore régulées.

L’article 30 de la directive européenne 2023/959 prévoit que, dès 2027, les distributeurs d’énergie et de carburants devront acquérir des quotas d’émissions correspondant au CO₂ émis par les volumes qu’ils mettent sur le marché. Ces quotas, exprimés en tonnes de CO₂ équivalent, seront attribués ou achetés sur une bourse carbone parallèle à l’ETS 1, mais régie par des règles similaires :

  • un plafond global (cap) d’émissions sera fixé à 1 036 288 784 quotas pour la première année ;
  • ce plafond sera réduit annuellement selon une trajectoire de –5,1 % par an ;
  • chaque quota sera négocié sur le marché en fonction de l’offre et de la demande.

L’ETS 2 introduit ainsi un prix du carbone dans des secteurs auparavant exempts de signal économique explicite. Le principe : plus les émissions sont élevées, plus le coût du quota augmente, incitant les acteurs à investir dans des technologies bas-carbone.

Comment le coût des quotas se répercutera sur le prix du carburant

Dans le système ETS 2, les fournisseurs de carburant deviennent les assujettis directs. Ce sont eux — et non les particuliers — qui devront acheter les quotas correspondant à la quantité de CO₂ émise par chaque litre d’essence ou de diesel vendu.
Or, la marge de ces acteurs étant limitée, le surcoût lié à l’achat de quotas sera intégré dans le prix final du carburant.

La note de l’Institut Montaigne précisse que le prix du quota carbone est la variable clé :
– Pour un prix du quota à 45 €/tCO₂, la hausse se situe autour de 10 centimes/litre.
– Pour 70 €/tCO₂, elle atteint environ 15 à 17 centimes/litre, selon la densité du carburant et la teneur en carbone. Ces montants sont cohérents avec les estimations de la Commission européenne et de l’ONG Transport & Environment, qui prévoient un coût additionnel de 8 à 16 centimes/litre selon les hypothèses de prix du carbone.

Le rôle du plafond d’émissions et du marché secondaire

Le prix du quota découlera du plafond d’émissions et du marché secondaire. En 2027, un nombre fixe de quotas sera mis aux enchères pour les opérateurs. Les distributeurs de carburant (TotalEnergies, Esso, Dyneff, etc.) devront estimer leurs besoins annuels et acheter en conséquence. Le plafond dégressif impose une rareté croissante des quotas, incitant à la réduction d’émissions. Si la demande dépasse l’offre, le prix augmente mécaniquement, entraînant une hausse du prix du litre pour les consommateurs.

L’Union européenne a toutefois introduit une “Réserve de stabilité du marché” (MSR). Ce mécanisme ajustera automatiquement le volume de quotas disponibles pour éviter des fluctuations excessives. Un second filet de sécurité est prévu : si le prix du quota dépasse 45 €/tCO₂ durant plus de six mois consécutifs, la Commission pourra libérer des quotas supplémentaires ou reporter l’entrée en vigueur du système à 2028.

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