L’Insee anticipe un taux de chômage de 8,1% à mi-2026, après 7,9% au quatrième trimestre 2025. Cette remontée s’explique par des recrutements plus rares, un emploi privé orienté à la baisse et une population active qui continue d’augmenter.
Un marché du travail moins porteur qu’en 2024
Le diagnostic de l’Insee est celui d’un net changement d’ambiance. À la fin de 2025, le taux de chômage au sens du BIT a atteint 7,9%, soit 0,2 point de plus sur le trimestre et 0,6 point de plus sur un an. En niveau, cela représente 2,5 millions de chômeurs en France hors Mayotte. L’institut souligne en outre qu’il s’agit du niveau le plus élevé depuis le troisième trimestre 2021.
Ce mouvement ne ressemble pas à une rupture brutale, mais plutôt à un enlisement progressif. La note de conjoncture publiée par l’Insee le 24 mars 2026 indique que le marché du travail « ne profiterait pas de cette timide embellie ». L’économie française reste en croissance, mais cette croissance ne suffit plus à soutenir durablement les embauches.
Le point important, pour 2026, est que l’Insee ne voit pas d’inversion rapide. Sa prévision table sur un taux de chômage à 8,1% à mi-2026. Autrement dit, la hausse observée fin 2025 ne serait pas un simple accident statistique, mais le prolongement d’un marché du travail qui s’est nettement refroidi.
Des recrutements plus lents, et un emploi privé sous pression
La dégradation tient d’abord au rythme des créations d’emplois. L’Insee rappelle que la hausse du chômage sur un an vient d’un « emploi peu dynamique », avec seulement 25.000 emplois nets créés sur un an fin 2025, contre 181.000 un an plus tôt. Dans le même temps, la population active a progressé de 249.000 personnes, contre 110.000 auparavant. Le déséquilibre est là : l’offre de travail augmente plus vite que les débouchés.
Le secteur privé envoie lui aussi un signal défavorable. L’Insee écrit que, « Après avoir déjà perdu 60.000 postes salariés privés en 2025, l’économie française en détruirait de nouveau 22.000 d’ici juin ». Cela ne signifie pas un effondrement généralisé de l’emploi, mais cela confirme que les entreprises réduisent ou différencient davantage leurs recrutements.
Les indicateurs avancés vont dans le même sens. Dans le tableau de bord de la conjoncture, l’Insee fait apparaître un emploi salarié privé en baisse de 0,3% sur un an au quatrième trimestre 2025. Le climat de l’emploi, lui, s’établit à 93 en février 2026, sous sa moyenne de longue période. Cela traduit une prudence persistante dans les intentions d’embauche.
Pour les candidats à l’embauche, cela change concrètement la donne : les créations de postes ne disparaissent pas, mais les marges se réduisent. Les entreprises arbitrent davantage, les remplacements peuvent être retardés et les profils en début de parcours ou en reconversion se retrouvent plus exposés lorsque l’activité ralentit sans s’effondrer. Cette dernière phrase est une lecture du diagnostic de l’Insee, fondée sur la combinaison de créations d’emplois faibles, d’un emploi privé en recul et d’un climat de l’emploi dégradé.
Jeunes et seniors : deux catégories au cœur de la hausse
La remontée du chômage ne touche pas tous les actifs de la même façon. Fin 2025, elle a d’abord été visible chez les plus jeunes. Selon l’Insee, « La hausse du chômage au quatrième trimestre 2025 est entièrement portée par les jeunes de 15 à 24 ans ». Leur taux de chômage a gagné 2,4 points sur le trimestre pour atteindre 21,5%, quand celui des 25-49 ans a légèrement reculé à 6,9%.
L’autre sujet majeur concerne les seniors. L’Insee estime que la population active continuerait d’augmenter en 2026, « notamment pour les seniors, sous l’effet de la réforme des retraites de 2023 ». Ce point pèse sur les statistiques du chômage, car davantage de personnes restent présentes sur le marché du travail, ce qui est structurellement favorable à l’activité, mais peut faire monter le chômage à court terme quand les embauches ne suivent pas au même rythme.
C’est là l’un des aspects les plus importants de la séquence actuelle. Une hausse du chômage ne traduit pas uniquement une détérioration économique pure. Elle peut aussi refléter une population active plus nombreuse. L’Insee prévoit ainsi qu’au deuxième trimestre 2026, la population active augmenterait de 178.000 sur un an, alors que l’emploi ne progresserait que de 15.000 en glissement annuel.
Une hausse du chômage qui dit aussi quelque chose des réformes en cours
La montée du chômage attendue en 2026 ne se résume donc pas à un simple trou d’air conjoncturel. Elle s’inscrit aussi dans un moment où les réformes élargissent le nombre de personnes comptées comme actives. L’Insee estime ainsi que, après une première année de mise en œuvre, l’effet de l’inscription des bénéficiaires du RSA et de certains jeunes à France Travail aurait une contribution « légèrement haussière sur le taux de chômage et le taux d’activité, de l’ordre de +20.000 sur un an ».
Cette précision est essentielle pour éviter les contresens. La hausse du chômage annoncée ne signifie pas nécessairement un basculement général du marché du travail français. Elle révèle plutôt trois mouvements simultanés : moins d’embauches dans le privé, davantage de personnes présentes sur le marché du travail, et une fragilité particulière pour les jeunes. Dans ce contexte, le passage de 7,9% à 8,1% prend la forme d’une montée graduelle, mais suffisamment nette pour confirmer que 2026 s’ouvre sous de moins bons auspices pour l’emploi.



