Comment l’énergie renouvelable a limité la hausse du gaz

Les nouvelles capacités éoliennes et solaires ont permis d’économiser environ 7 millions de livres sterling par jour en achats de gaz pendant les quatre premières semaines de la crise.

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Comment l’énergie renouvelable a limité la hausse du gaz © journaldeleconomie.fr


La crise géopolitique de mars 2026 a fait bondir les prix du gaz de 42% au Royaume-Uni. Grâce aux investissements massifs dans l’énergie renouvelable depuis 2021, le pays a limité l’impact économique en réduisant sa dépendance au gaz de 39% et en économisant 7 millions de livres par jour.

L’énergie renouvelable britannique face à la crise du gaz de 2026

La récente flambée des prix du gaz en mars 2026 a confirmé l’importance stratégique de l’énergie renouvelable pour l’économie britannique. Suite au déclenchement de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran le 28 février 2026, les prix internationaux du gaz ont bondi de 42%, atteignant 110,42 livres sterling par MWh contre 77,75 livres la semaine précédente.

Cette crise géopolitique majeure a paralysé le détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié. L’Iran a également lancé des attaques contre des États voisins, fermant des dizaines d’installations pétrolières et gazières dans la région, notamment l’installation de Ras Laffan au Qatar qui produit environ un cinquième du GNL mondial.

Dans ce contexte, le Royaume-Uni démontre qu’une stratégie énergétique bien pensée peut considérablement limiter l’exposition aux chocs externes.

Une capacité renouvelable renforcée depuis 2021

L’analyse des données britanniques révèle des investissements massifs dans les énergies propres depuis la crise énergétique de 2021-2023. Plus d’un quart (28%) de la capacité éolienne et solaire actuelle du pays a été construite depuis le début de cette précédente crise.

Les chiffres sont éloquents :

  • 7,7 GW de nouvelle capacité éolienne déployée
  • 7,6 GW de nouvelle capacité solaire installée
  • Plus de 130 projets éoliens et solaires livrés depuis octobre 2021
  • Une capacité totale atteignant désormais près de 55 GW

Cette montée en puissance de l’énergie renouvelable a permis au Royaume-Uni de réduire sa dépendance au gaz de manière spectaculaire. Entre le 28 février et le 28 mars 2026, la production d’électricité à partir du gaz a chuté de 39% par rapport à la même période en 2021.

Des économies substantielles pour les consommateurs

L’impact économique de cette transition énergétique se mesure concrètement. Les nouvelles capacités éoliennes et solaires ont permis d’économiser environ 7 millions de livres sterling par jour en achats de gaz pendant les quatre premières semaines de la crise.

Durant cette période critique, les sources d’énergie renouvelable ont couvert 40% de la demande électrique britannique, tandis que le gaz est tombé sous la barre des 25%. À huit reprises entre le 28 février et le 28 mars, l’éolien seul a fourni plus de la moitié de l’électricité quotidienne du pays.

Ce contraste est saisissant avec la même période en 2021, quand le gaz générait 38% de l’électricité britannique, exposant davantage le pays aux fluctuations des prix internationaux.

Un pipeline prometteur pour l’avenir

La stratégie britannique ne s’arrête pas là. Plus de 750 projets éoliens et solaires ont obtenu leur permis de construire ou démarré leur construction depuis octobre 2021, représentant un potentiel de 60 GW supplémentaires.

Suite à l’enchère record des Contrats pour la Différence (CfD) du début 2026, le Royaume-Uni s’est engagé à déployer 45 GW de capacité éolienne et solaire soutenue par ces contrats d’ici 2031 en Angleterre, Écosse et Pays de Galles.

Face aux récents chocs des marchés des combustibles fossiles, le gouvernement a annoncé l’avancement du prochain cycle d’attribution des CfD pour sécuriser plus rapidement des capacités renouvelables supplémentaires.

Les leçons d’une crise maîtrisée

Cette crise de 2026 illustre parfaitement les bénéfices de la diversification énergétique dans un monde où les tensions géopolitiques peuvent bouleverser les marchés en quelques heures. Comme l’explique Josie Murdoch, analyste énergétique chez Ember : « La dernière crise des combustibles fossiles prouve que l’éolien et le solaire ont déjà réduit notre dépendance au gaz et généré de véritables économies. »

L’annonce d’un cessez-le-feu de deux semaines le 7 avril 2026 a certes fait chuter les prix du pétrole et du gaz, mais l’évolution des prix après ce cessez-le-feu reste incertaine. Cette volatilité rappelle l’importance de disposer d’un mix énergétique résilient.

Pour la France et l’Europe, l’exemple britannique démontre qu’une politique énergétique ambitieuse en matière d’énergies renouvelables peut constituer un véritable bouclier économique. Dans cette ère d’interdépendance planétaire, où les chocs se propagent instantanément d’un continent à l’autre, la souveraineté énergétique devient un enjeu de sécurité nationale et de compétitivité économique.

L’investissement dans les énergies renouvelables ne relève plus seulement de préoccupations environnementales, mais constitue une stratégie économique rationnelle face à l’instabilité chronique des marchés fossiles. Cette leçon britannique mérite d’être méditée par l’ensemble des décideurs européens, alors que les tensions géopolitiques ne semblent pas prêtes de s’apaiser.

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