Le 11 juin 2025, la Banque de France a publié son enquête mensuelle de conjoncture, dans laquelle elle ajuste à la baisse ses prévisions de croissance pour l’année. L’économie française ne progresserait que de 0,6 % en 2025, contre encore 0,7 % envisagé en mars dernier. Ce nouvel abaissement, le troisième consécutif, s’inscrit dans une dynamique d’essoufflement déjà amorcée depuis fin 2023.
France : Une croissance nominale sous contrainte en 2025
La Banque de France s’inscrit désormais dans un scénario central très prudent : +0,6 % de croissance annuelle en 2025. Il y a à peine six mois, l’hypothèse retenue était encore de +0,9 %. Fin 2024, elle était encore de 1,2 %. Depuis, la dégradation de l’investissement productif, le ralentissement de la demande intérieure et l’absence de dynamique industrielle ont imposé une correction.
Selon les termes de l’institution, cette prévision est compatible avec une progression modeste de la consommation des ménages (+0,7 %), un léger rebond de l’emploi privé, et un secteur exportateur atone. Le principal moteur de l’économie française, la demande intérieure finale, reste freiné par l’inflation passée et par une politique budgétaire contrainte.
Une dynamique molle devenue structurelle
Le problème dépasse la seule arithmétique conjoncturelle. La faiblesse de la croissance semble désormais structurelle, voire installée. La Banque de France évoque, sans détour, une croissance potentielle affaiblie, qui limiterait les marges de manœuvre de l’économie française pour les années à venir.
Les causes sont multiples :
- épuisement des soutiens publics post-Covid ;
- frilosité des entreprises en matière d’investissement productif ;
- ralentissement de la productivité dans les services marchands ;
- désindustrialisation persistante.
À cela s’ajoutent des tensions géopolitiques globales (guerre commerciale latente entre les États-Unis et l’Europe, incertitudes liées au cycle électoral américain), qui pèsent sur les exportations.
Risque budgétaire : déficit élevé et croissance faible
Cette faiblesse de la croissance a des conséquences immédiates sur les équilibres budgétaires. Une progression du PIB inférieure à 1 % limite mécaniquement les recettes fiscales, tout en aggravant l’effet de levier sur la dette, souligne Le Figaro.
Ainsi, pour 2025 :
- le déficit public est anticipé à 5,4 % du PIB (contre 4,9 % initialement visé) ;
- la dette brute atteindrait 112,8 % du PIB à fin décembre ;
- la charge de la dette s’élèverait à plus de 73 milliards d’euros, soit l’équivalent du budget du ministère de l’Éducation nationale.
La Banque de France alerte sur le manque de marges de sécurité budgétaire : en cas de choc exogène — crise énergétique, tensions sur les marchés obligataires ou accident politique —, la France ne disposerait pas d’amortisseur.
Scénarios alternatifs : risques accrus, croissance potentielle affaiblie
Le scénario de base (0,6 %) repose sur l’hypothèse d’un maintien de la stabilité politique et d’un contexte monétaire stable. Mais la Banque de France a également publié un scénario dégradé : si les tensions commerciales avec les États-Unis s’intensifient, ou si le ralentissement allemand s’accentue, la croissance française pourrait tomber à 0,3 % en 2025.
Dans ce cas, les effets multiplicateurs sur les comptes publics seraient amplifiés : déficit proche de 6 %, dette au-delà de 115 % du PIB, et déclenchement potentiel d’une procédure de correction européenne.

