Démission de Sébastien Lecornu : la crise politique française fait grimper le coût de la dette

La démission surprise de Sébastien Lecornu, moins d’un mois après sa nomination à Matignon, a provoqué une onde de choc sur les marchés financiers. Dans la foulée, le rendement de l’OAT française à 10 ans a dépassé celui de l’Italie, à 3,591 % contre 3,584 %, un symbole inquiétant d’une défiance grandissante envers la signature française.

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Lundi 6 octobre 2025, la France s’est retrouvée sans Premier ministre après la démission soudaine de Sébastien Lecornu. Ce départ, survenu à peine quatre semaines après sa prise de fonctions et moins de 24 heures après la nomination de son gouvernement, a immédiatement secoué les marchés obligataires. Les investisseurs ont réagi en exigeant des rendements plus élevés sur la dette française, poussant le taux de l’OAT 10 ans au-delà de celui du BTP italien.

L’inversion historique entre l’OAT et le BTP

L’écart est mince — sept points de base — mais il marque une rupture majeure dans la perception du risque souverain européen. Selon Investing.com, le rendement de l’OAT 10 ans s’est établi ce lundi à 3,591 %, tandis que le BTP italien atteignait 3,584 % à la même échéance. Ce glissement a culminé dans la foulée de la démission du chef du gouvernement. Comme le note Reuters, « la dette française a subi une tension inhabituelle sur les marchés, conséquence directe du vide politique à Paris ».

Sur le marché secondaire, les investisseurs se sont rapidement détournés des titres français jugés plus risqués dans le court terme. Les analystes d’Agefi-Dow Jones soulignent que le « spread OAT-Bund a atteint son plus haut niveau depuis dix mois » après l’annonce du départ de Lecornu.

Pourquoi la démission de Lecornu a-t-elle fait trembler les marchés ?

La démission du Premier ministre, confirmée dans la matinée par l’Élysée, a pris de court la place financière. Cette issue soudaine, survenue alors que le projet de budget 2026 devait être présenté au Parlement, a accentué les craintes d’un blocage institutionnel. Pour les investisseurs, cette situation reflète un manque de continuité et de prévisibilité dans la conduite des affaires publiques.

Au-delà de la crise politique, c’est la perspective d’un vide budgétaire qui inquiète. En l’absence d’un gouvernement stable, le calendrier d’adoption du budget pourrait être repoussé, et la trajectoire de déficit — déjà critique — encore assombrie. Les investisseurs redoutent que le déficit public, attendu autour de 5,4 % du PIB cette année selon l’INSEE, ne s’aggrave faute de réformes.

Un effet d’arbitrage en faveur de l’Italie

La comparaison avec Rome s’impose naturellement. Si l’Italie reste l’un des États les plus endettés d’Europe, les marchés perçoivent actuellement une meilleure stabilité politique sous le gouvernement de Giorgia Meloni. Le Financial Times souligne que « les investisseurs considèrent désormais la dette italienne comme au moins aussi fiable que la dette française », un renversement inédit depuis la création de la zone euro. En d’autres termes, la France perd sa prime de crédibilité : le risque politique français est désormais jugé plus élevé que celui de l’Italie, un comble pour un pays longtemps considéré comme pilier du marché obligataire européen.

Plus le pays inspire la méfiance, plus il doit offrir de rendement pour emprunter. Et plus il emprunte cher, plus il fragilise son équilibre budgétaire. Ce cercle vicieux, bien connu des observateurs, pourrait contraindre Paris à adopter des mesures de rigueur pour rassurer les marchés, ou à solliciter un soutien renforcé de la Banque centrale européenne. Cependant, la BCE n’intervient qu’en cas de tensions systémiques. À ce stade, le basculement France-Italie reste modéré, mais il agit comme un avertissement.

Ce basculement ne signifie pas que la France est en difficulté de financement. Les adjudications récentes de l’Agence France Trésor continuent de rencontrer une forte demande, preuve que la signature française conserve un statut solide. Mais les investisseurs internationaux observent désormais le pays avec davantage de prudence.

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