Dévoilé par France Inter, le baromètre annuel de la SCET, filiale de la Caisse des Dépôts, mené avec Ancoris, fait apparaître un net recul des projets d’implantation d’entreprises en France en 2025. Leur nombre tombe à 1.305, contre 1.595 en 2024, soit une baisse de 18%, avec un repli dans l’industrie, la logistique et le tertiaire. Cette tendance renvoie à un climat d’investissement plus incertain, mais aussi à des difficultés très concrètes d’accès au foncier et à l’immobilier économique.
Moins d’entreprises, c’est aussi moins de perspectives pour l’emploi local
Quand les projets d’implantation d’entreprises reculent, ce sont aussi des embauches potentielles, des mètres carrés d’activité et des recettes locales qui s’éloignent. Le baromètre SCET-Ancoris recense 1.305 projets détectés en 2025, contre 1.595 un an plus tôt. Le repli touche l’ensemble des grands secteurs suivis, avec 295 projets industriels, 288 dans la logistique et 411 dans le tertiaire. Cette dégradation intervient alors même que les territoires continuent de faire de l’accueil des entreprises un axe prioritaire.
Une implantation d’entreprise, ce n’est pas seulement une ligne dans un bilan d’attractivité : ce sont des emplois, de l’activité pour les sous-traitants, des besoins en transport, en formation, en services, parfois même en logement. Quand les projets se raréfient, la dynamique locale se tasse. Or le baromètre montre aussi que les projets les plus modestes deviennent plus nombreux : ceux qui créent moins de cinq emplois représentent désormais 41% du total, contre 30% en 2024. Cela signifie que les entreprises continuent d’examiner la France, mais sur des formats plus petits et moins engageants.
Ce comportement rejoint l’analyse de la Banque de France, qui écrivait en décembre 2025 que « l’incertitude fiscale et budgétaire pèse sur la reprise de l’investissement des entreprises ». Dans le même document, l’institution estime que cette incertitude a déjà eu un effet négatif d’environ 0,9 point sur l’investissement agrégé des entreprises en 2025. Pour les ménages comme pour les élus locaux, cela se traduit par une économie qui hésite davantage à ouvrir de nouveaux sites ou à lancer des projets d’envergure.
Le vrai sujet, pour les entreprises, reste souvent très concret : trouver où s’installer
Le premier frein à l’implantation d’entreprises cité par les décideurs territoriaux n’est pas la fiscalité ni le coût du travail : c’est le foncier. Selon l’enquête menée auprès de 156 acteurs territoriaux entre octobre et décembre 2025, 60% pointent l’indisponibilité ou l’inadéquation du foncier économique. L’instabilité politique nationale arrive ensuite à 52%, devant l’inadéquation de l’offre immobilière à 41%.
Dit plus simplement, beaucoup d’entreprises ne butent pas d’abord sur l’envie d’investir, mais sur la difficulté à trouver un terrain, un bâtiment ou un local adapté dans des délais et à un coût acceptables. Cela se voit aussi dans les choix immobiliers : la location représente 50% des projets en 2025, tandis que la recherche de locaux existants reste majoritaire. Les entreprises veulent garder de la souplesse, limiter leur engagement financier initial et aller vite lorsque c’est possible.
Dans un entretien publié dans le baromètre SCET-Ancoris, Thomas Huriez, président de 1083, résume cette réalité de façon très directe : « Les investissements ne se sont pas arrêtés, ils ont simplement changé de territoire. » Ainsi, un projet ne disparaît pas forcément ; il peut simplement partir là où l’accueil est plus simple, plus rapide ou moins coûteux. Le même dirigeant ajoute : « On peut faire de l’industrie partout. Mais pas à n’importe quel prix. » Pour un lecteur, cela veut dire qu’aujourd’hui l’attractivité économique d’un territoire dépend autant de sa capacité d’accueil que de ses promesses.
Des collectivités toujours volontaires, mais plus prudentes dans leurs moyens
La baisse des implantations ne signifie pas que les territoires renoncent. Selon le baromètre, 80% des décideurs locaux se disent encore optimistes ou très optimistes pour le développement de leur territoire. Mais cet optimisme est moins affirmé qu’auparavant, et les budgets dédiés à l’attractivité sont le plus souvent stables. Les hausses se concentrent sur la structuration de l’offre foncière et immobilière, la promotion territoriale et l’accompagnement des prospects ; à l’inverse, l’événementiel, la prospection exogène et le financement direct des projets reculent plus souvent.
Ce recentrage n’a rien d’anecdotique. Il montre que les collectivités cherchent d’abord à sécuriser l’essentiel : disposer de sites, préparer le foncier, mieux accompagner les entreprises intéressées. Quand une collectivité investit dans l’offre foncière ou immobilière, elle ne finance pas seulement du béton ; elle tente de rendre possible l’arrivée future d’activités et d’emplois. À l’inverse, quand ces capacités manquent, le territoire peut perdre des projets avant même d’avoir pu défendre sa candidature.
Le message adressé à l’État est, de ce point de vue, très clair. Huit répondants sur dix attendent avant tout une simplification du cadre réglementaire. Pour les territoires, attirer des entreprises ne dépend plus seulement de la communication économique ou de l’image de marque française. Cela passe par des procédures plus lisibles, des délais moins lourds et une meilleure stabilité des règles. C’est cette chaîne, très concrète, qui conditionne aujourd’hui une partie des décisions d’implantation.
Une alerte économique qui parle aussi au quotidien des Français
Les entreprises ne désertent donc pas le pays, mais elles prennent moins de risques. Elles privilégient les projets les plus flexibles, les surfaces déjà disponibles, les montages moins lourds. Pour les territoires, cela signifie qu’il faut convaincre plus vite, mieux préparer l’accueil et éviter que l’incertitude nationale ne bloque des décisions locales.
Moins de nouvelles entreprises, c’est potentiellement moins d’emplois, moins de services autour des zones d’activité et moins de dynamisme dans certains bassins de vie. L’attractivité touche directement la vie économique locale, de la PME qui cherche à s’agrandir jusqu’au territoire qui espère capter une activité créatrice d’emplois.

