Espérance de vie en France : ce que révèlent les écarts de revenus

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L’espérance de vie varie fortement en France selon le niveau de vie, le sexe et la région de résidence. | journaldeleconomie.fr

En France, l’espérance de vie reste l’un des indicateurs majeurs de l’état de santé de la population. Mais les derniers chiffres de l’Insee montrent que cette longévité varie fortement selon le niveau de vie, le sexe et le territoire. Des écarts persistants qui interrogent l’efficacité des politiques de prévention et d’accès aux soins.

Espérance de vie : des écarts persistants selon les revenus et le sexe

L’espérance de vie progresse lentement en France, mais cette amélioration ne bénéficie pas à tous de la même manière. Selon une étude récente de l’Insee publiée le 15 décembre dernier et portant sur la période 2020-2024, le niveau de vie demeure un facteur déterminant de la durée de vie, avec des différences marquées entre ménages modestes et aisés, et entre hommes et femmes.

Les données sont sans équivoque. « Sur la période 2020-2024, l’écart d’espérance de vie à la naissance entre les 5% les plus modestes et les 5% les plus aisés est de 13 ans chez les hommes et de 9 ans chez les femmes », rapporte l’Insee. Autrement dit, tous les Français ne bénéficient pas de la même probabilité de vivre longtemps, malgré un système de santé universel.

Hommes modestes : une espérance de vie nettement plus faible

L’un des enseignements majeurs de l’étude concerne les hommes aux revenus les plus faibles. Parmi les 5% les plus modestes, leur espérance de vie à la naissance s’établit à 72 ans, contre 85 ans pour les hommes appartenant aux 5% les plus aisés. L’écart est considérable et dépasse celui observé chez les femmes.

Ces différences s’accentuent à l’âge adulte. « À 50 ans, le risque de décès dans l’année des hommes est sept fois plus élevé chez les plus modestes que chez les plus aisés », souligne l’Insee. À cet âge, la mortalité reflète déjà les effets cumulés des conditions de travail, des comportements de santé et de l’accès aux soins.

Les chercheurs rappellent que les hommes modestes sont davantage exposés aux risques professionnels, aux maladies chroniques et à certains comportements à risque, notamment le tabagisme et la consommation d’alcool. Ces facteurs, combinés sur plusieurs décennies, finissent par peser lourdement sur la longévité.

Revenus et longévité : des gains de plus en plus limités

L’étude met également en évidence un phénomène moins intuitif : l’espérance de vie augmente avec le niveau de vie, mais de moins en moins rapidement lorsque les revenus sont déjà élevés. Autour de 1.200 euros mensuels, un gain de 100 euros de niveau de vie est associé à une hausse d’un an d’espérance de vie chez les hommes et de 0,8 an chez les femmes. En revanche, autour de 3.000 euros par mois, ce même gain n’apporte plus que 0,2 an supplémentaire chez les hommes et 0,1 an chez les femmes.

Autrement dit, quand le niveau de vie est déjà élevé, gagner davantage améliore peu l’espérance de vieEn revanche, les personnes les plus favorisées restent celles dont la durée de vie progresse le plus, ce qui contribue à maintenir, voire à accentuer, les écarts avec les ménages modestes.

Un accès aux soins toujours inégal

Au-delà des revenus, l’Insee souligne le rôle central de l’accès aux soins. « Les difficultés financières peuvent limiter l’accès aux soins », rappelle l’étude, en citant des données de la Direction de la Sécurité sociale. Ainsi, 3,2% des personnes appartenant aux 20% les plus modestes déclarent avoir renoncé à des examens médicaux pour des raisons financières, contre 1,8% en moyenne dans la population.

Les différences de diplôme et de catégorie socioprofessionnelle jouent également un rôle. « Les cadres sont moins soumis aux risques professionnels que les ouvriers », note l’Insee, tandis que la littératie en santé, c’est-à-dire la capacité à comprendre et utiliser l’information médicale, reste plus faible chez les personnes les moins diplômées.

Des disparités territoriales qui s’ajoutent aux inégalités sociales

À niveau de vie comparable, la région de résidence influe elle aussi sur l’espérance de vie. Les Pays de la Loire et l’Occitanie figurent parmi les territoires où l’on vit le plus longtemps, tandis que les Hauts-de-France enregistrent une mortalité plus élevée« À âge, sexe et niveau de vie donnés, les personnes résidant dans les Hauts-de-France présentent un risque de décès significativement supérieur à la moyenne », observe l’Insee.

Ces écarts régionaux s’expliquent en partie par des facteurs environnementaux, comportementaux et par des disparités dans l’offre de soins, qui viennent s’ajouter aux inégalités de revenus.

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