Une faille dans les outils utilisés par France Travail et les Missions Locales a permis d’accéder à des données personnelles de jeunes suivis dans leur parcours d’insertion. L’affaire soulève des inquiétudes bien réelles, car elle touche des informations suffisamment sensibles pour créer des risques pour les usagers.
1,6 million de dossiers concernés
Selon le communiqué publié par France Travail et l’Union nationale des Missions Locales (UNML), cette faille a permis la consultation non autorisée des données de 1,6 million de jeunes accompagnés par les Missions Locales. l’incident provient de la compromission du compte d’un « responsable gestion de compte », un agent habilité à créer et gérer les accès pour les professionnels du réseau. Grâce à cette usurpation, le pirate a pu créer deux comptes supplémentaires via ProConnect, l’outil interne de gestion des identités.
Ces comptes frauduleux ont ensuite permis de se connecter aux outils métiers utilisés au quotidien pour suivre les jeunes. C’est par ce biais que des dossiers ont été consultés sans autorisation. L’accès illégitime a été repéré grâce aux dispositifs internes de surveillance, et les comptes ont été suspendus dès la détection du problème.
L’ensemble des éléments techniques figurant dans le communiqué montre qu’il ne s’agit pas d’une attaque informatique “classique”, mais d’un détournement d’habilitation. Ce point explique en grande partie l’ampleur potentielle de l’accès, car un compte destiné à gérer des droits internes bénéficie d’une portée plus large qu’un accès standard.
Données personnelles exposées
Les informations vues par les comptes frauduleux concernent des données d’identité : nom, prénom, date de naissance, numéro de Sécurité sociale, identifiant France Travail, adresse postale, adresse électronique et numéro de téléphone. Le communiqué précise explicitement que « les identifiants de connexion et les mots de passe des usagers ne sont pas concernés ». De même, aucun élément bancaire n’apparaît dans la liste.
Même si ces exclusions limitent certains risques immédiats, les données exposées restent sensibles. Le numéro de Sécurité sociale et la date de naissance font partie des informations les plus couramment utilisées dans les démarches administratives françaises. Leur consultation non autorisée peut faciliter des tentatives de fraude ou d’usurpation d’identité, surtout si ces données sont recoupées avec d’autres informations disponibles en ligne.
Le communiqué insiste sur ce point en indiquant que « les usagers doivent faire preuve de la plus grande vigilance face aux sollicitations suspectes ». France Travail rappelle que ses services ne demandent jamais de mot de passe, code ou information bancaire par mail ou par téléphone. Cette précision vise à éviter que la fuite ne serve de prétexte à des arnaques exploitant la confiance des jeunes concernés.
Conséquences pour les jeunes et les usagers
La fuite concerne les jeunes suivis par le réseau des Missions Locales, qu’ils soient inscrits à France Travail ou orientés vers une formation à travers l’outil Ouiform. Cela inclut des personnes accompagnées récemment mais aussi des jeunes suivis dans les années passées. Le périmètre est donc large, ce qui renforce la nécessité d’une communication claire envers les usagers.
France Travail annonce que les personnes potentiellement touchées seront informées individuellement. Chaque usager recevra des consignes adaptées, afin de repérer d’éventuelles tentatives frauduleuses. Le communiqué rappelle que des signaux comme un mail inattendu, une demande inhabituelle ou un appel pressant doivent inciter à la prudence.
La situation peut également impacter des démarches en cours. Un changement d’adresse non sollicité, une mise à jour de dossier jamais demandée ou une notification inconnue doivent être vérifiés. Les jeunes concernés doivent vérifier régulièrement leur boîte mail et les services administratifs auxquels ils sont inscrits.
Le communiqué oriente également les usagers vers le dispositif national d’assistance Cybermalveillance.gouv.fr, qui fournit un guide de réaction en cas de fraude ou d’usurpation d’identité. Cela permet d’agir rapidement en cas de tentative avérée.
Données personnelles exposées
Cet incident met en lumière une fragilité structurelle du système d’habilitation partagé par France Travail et les Missions Locales. Le réseau repose sur de nombreux collaborateurs répartis sur tout le territoire, chacun utilisant les mêmes outils, mais pas toujours avec les mêmes niveaux de maîtrise ou de formation.
C’est précisément ce point que les mesures annoncées cherchent à corriger. Le communiqué annonce l’imposition d’une authentification forte, qui renforce l’identification des professionnels, ainsi qu’une formation obligatoire et renouvelée tous les six mois pour les responsables gestionnaires de comptes. Le but est d’assurer un cadre homogène de sécurité pour l’ensemble du réseau.
Le renforcement des processus internes doit aussi s’accompagner d’un suivi plus strict des droits attribués. Cette révision vise à limiter la propagation d’un incident similaire à l’avenir, en rendant plus difficile l’utilisation discrète d’un compte privilégié.
France Travail précise également qu’une plainte va être déposée, et que l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) ainsi que la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) ont été saisies. Ce protocole montre que l’incident est traité comme un acte de cybermalveillance et non comme une simple anomalie interne.


