Ce 26 septembre, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs coordonnent des actions décentralisées sur l’ensemble du territoire. Les agriculteurs annoncent des blocages ponctuels, des opérations escargot et des actions pédagogiques dans la distribution. Le message vise l’exécutif et Bruxelles : il réclame des garanties sur la concurrence des importations, des simplifications normatives et une visibilité pluriannuelle sur le revenu, autant d’axes déjà mis en avant lors des mobilisations précédentes.
Où les blocages s’annoncent et comment ils s’organisent
Dès l’aube, des agriculteurs ont ciblé des points symboliques et des axes structurants. À Versailles, autour du château, des convois se sont rangés pour frapper les esprits, avec une centaine d’agriculteurs et une quinzaine de tracteurs. Ce choix vise la plus forte exposition médiatique possible sans immobiliser durablement l’outil de production. En parallèle, les fédérations départementales orchestrent des ralentissements et des blocages filtrants dans plusieurs régions, avec une attention particulière aux grands nœuds de circulation et aux zones commerciales, où des actions d’explication sur l’origine des produits sont planifiées.
La journée se déroule en grappes locales, sous pilotage syndical, afin de rester réactifs et de limiter le coût agronomique des arrêts. Les agriculteurs alternent temps courts très visibles et ancrage territorial. En Occitanie, des groupes ont ressorti les modalités familières : bottes de fourrage, pneus, tracteurs positionnés sur des ronds-points. On recense autour d’une centaine d’actions prévues ou en cours, ce qui confirme la capillarité de la mobilisation, malgré la période culturale et les contraintes d’élevage.
Importations, normes et revenus — le triptyque des revendications
Les agriculteurs dénoncent d’abord la concurrence des importations non soumises aux mêmes exigences sanitaires, environnementales et sociales. L’accord UE-Mercosur cristallise cette inquiétude, symbole d’un « dumping réglementaire » qui exposerait les filières sensibles (élevage, sucre, éthanol) et brouillerait la doctrine des « clauses miroirs ». « Le sens de cette mobilisation, c’est évidemment attirer l’attention du chef de l’État », a déclaré Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, présent au rassemblement francilien. Le même a appelé l’exécutif à réagir rapidement, tout en laissant ouverte une reconduction de la pression si nécessaire. Ces messages, désormais récurrents, visent à ancrer la question commerciale au premier plan des politiques agricoles.
Vient ensuite la question du revenu. Deux ans après la rébellion de 2023-2024, nombre d’exploitants décrivent des marges contraintes par l’énergie, les intrants, les amortissements et un empilement normatif jugé chronophage. Les syndicats demandent moins des exemptions que de la cohérence : équivalence des standards pour les importations, proportionnalité des contrôles et visibilité pluriannuelle. « On ne veut plus d’ajustements à la marge », martèle la FNSEA.
Parallèlement, la relation avec la distribution reste un angle mort, entre prix planchers promis et vérification de leur transmission jusqu’aux producteurs. Sur ce terrain, les agriculteurs multiplient les opérations d’étiquetage et de pédagogie en magasin pour reconnecter le consommateur au coût réel des normes. « Il y aura forcément des barrages… et je sais qu’il y aura des cibles. » a prévenu l’éleveur Didier Giraud, assumant une tactique plus offensive sur certains secteurs.
Deux années de mobilisations et un contexte économique dégradé
De l’automne 2023 au début 2024, les agriculteurs ont jalonné l’espace public : « panneaux retournés » en Occitanie, blocages d’axes, opérations « péage gratuit », tensions au Salon de l’agriculture. La mobilisation s’est ensuite reconfigurée autour de l’UE-Mercosur et, plus largement, des importations perçues comme non équivalentes. Cette séquence a façonné des réflexes : ancrage local, médiatisation forte et messages resserrés autour de la concurrence et des normes. En 2025, le calendrier politique européen, les ratifications commerciales et les arbitrages budgétaires raniment ce répertoire d’actions, avec un front syndical qui module ses tempos : la Coordination rurale n’a pas appelé nationalement, quand la FNSEA et les JA pilotent le 26 septembre.
Selon l’ANIA, l’excédent cumulé du commerce extérieur alimentaire plafonne à 361 M€ sur les sept premiers mois de 2025, plus bas en vingt-cinq ans. Ces chiffres nourrissent la stratégie des agriculteurs : documenter un décrochage de compétitivité, exiger l’équivalence normative pour les importations et revendiquer une trajectoire de revenu crédible pour financer la transition. Dans l’opinion, la sympathie demeure élevée : 72 % des Français approuveraient la journée d’action (soutien + sympathie). À court terme, ce soutien limite les marges d’une réponse strictement répressive et pousse à des sorties « par le haut ».


