Le 15 décembre 2025, les résultats de l’étude Somnibruit sont rendus publics. Pour la première fois en France, des scientifiques démontrent à grande échelle le lien entre exposition au bruit la nuit et troubles chroniques du sommeil en Île-de-France. En croisant données de pollution sonore et remboursements de médicaments contre l’insomnie, ils dressent un constat préoccupant pour Paris et sa région.
Le bruit s’invite dans les nuits des Franciliens
En Île-de-France, le bruit ne s’éteint jamais vraiment. La nuit, pourtant censée offrir un temps de récupération, reste marquée par le trafic routier, les passages de trains, les vols aériens ou encore les activités nocturnes. Selon les chercheurs, près de 76 % des Franciliens, soit environ 8 millions de personnes, sont exposés la nuit à des niveaux sonores supérieurs aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, fixées à 45 décibels, selon l’Université Paris Cité.
Cette exposition massive affecte directement le sommeil. Les scientifiques ont analysé les données de 432 communes et des 20 arrondissements de Paris, couvrant plus de 10,5 millions d’habitants. En croisant ces cartes de bruit avec les remboursements de médicaments hypnotiques, ils observent une relation claire : plus le niveau sonore nocturne est élevé, plus les troubles du sommeil sont fréquents. « Être exposé au bruit environnemental la nuit est associé à une augmentation des remboursements de médicaments pour lutter contre l’insomnie », alerte Nathalie Beltzer, directrice de l’Observatoire régional de santé d’Île-de-France, citée par l’Université Paris Cité.
Des chiffres qui inquiètent les chercheurs sur la santé
Chaque année, 510 000 Franciliens bénéficient d’un remboursement de médicaments pour des troubles chroniques du sommeil, selon l’étude Somnibruit. Cela représente 65,4 personnes pour 1 000 habitants, un niveau jugé élevé par les auteurs, notamment dans un territoire déjà soumis à de multiples facteurs de stress.
Le bruit routier apparaît comme le principal responsable de cette situation. Toutefois, les chercheurs soulignent que d’autres sources contribuent aussi à la dégradation du sommeil. Environ 1,2 million de personnes sont exposées la nuit à des niveaux excessifs de bruit ferroviaire ou liés aux activités récréatives, tandis qu’environ 1 million d’habitants subissent le bruit aérien, selon l’étude publiée dans Environmental Health. Ces nuisances fragmentent le sommeil, réduisent les phases de sommeil profond et augmentent, à terme, les risques cardiovasculaires, rappellent les scientifiques.
Comment limiter l’impact du bruit sur le sommeil au quotidien
Le bruit n’est pas une simple gêne. Il constitue un risque pour la santé, au même titre que d’autres pollutions environnementales. « C’est la première fois en France qu’un lien aussi net est établi entre exposition au bruit nocturne et consommation d’hypnotiques », souligne Nathalie Beltzer, selon l’Université Paris Cité. Une alerte qui interpelle les pouvoirs publics, mais aussi les habitants.
À l’échelle individuelle, les spécialistes rappellent toutefois que certains gestes peuvent limiter l’impact du bruit sur le sommeil, même s’ils ne remplacent pas des politiques publiques ambitieuses :
- renforcer l’isolation phonique des chambres, notamment au niveau des fenêtres ;
- privilégier des heures de coucher régulières pour stabiliser le sommeil ;
- limiter l’exposition aux écrans avant la nuit, qui accentue la sensibilité au bruit ;
- utiliser des solutions temporaires comme des bouchons d’oreilles, avec prudence ;
- consulter en cas de troubles persistants plutôt que recourir systématiquement aux somnifères.
Pour les chercheurs, ces conseils ne suffisent pas à eux seuls. Ils appellent à intégrer pleinement la lutte contre le bruit dans les politiques de santé publique. L’Agence européenne pour l’environnement rappelle d’ailleurs que le bruit des transports contribue chaque année à des dizaines de milliers de décès prématurés.


